Journal Pékin Paris (2013-2014) : 6 - en Turquie et après

Suite de Journal Pékin Paris (2013-2014) : 5 - en Iran

Interrompu tragiquement, notre voyage commencé à Pékin six mois plus tôt aurait pu s’arrêter à Téhéran le 5 mars. Tel n’a pas été le cas.

D’abord pour une raison pratique : expédiée de Bombay, notre voiture est arrivée début mars en Turquie, il fallait bien aller la chercher. Mais aussi pour une raison plus profonde : mieux valait malgré tout ne pas laisser inachevé ce grand périple, rêvé depuis si longtemps, si bien commencé et auquel Clément avait pris sa part.

183ème jour, 23 mars, Paris - Istanbul : Départ pour Istanbul. Il faut avancer les montres d’une heure : la Turquie est actuellement à TU + 2, en retard de 6 heures sur la Chine, de 1 h 30 sur l’Iran, en avance d’une heure sur l’heure française d’hiver. Installation provisoire dans un quartier sans charme proche de l’aéroport Atatürk , car la priorité est le dédouanement de notre voiture.

184ème au 186ème jour, 24 au 26 mars, Istanbul, Gebze, Derince : une journée de formalités à Istanbul, puis deux jours avec la douane de Derince et le port d’Evyap, sur la mer de Marmara. Dire que ces trois jours furent stimulants serait inexact, mais il se sont passés sans difficulté véritable. Le rituel douanier déjà expérimenté en Inde s’est à peu près reproduit : de longues heures d’attente le temps que le chef arrive, pendant lesquelles la seule activité visible est la préparation et la dégustation d’innombrables verres de thé. Puis, soudain, pour une raison mystérieuse pour le profane, tout se débloque en quelques minutes, jusqu’à l’étape suivante où l’attente recommence.

Deux difficultés particulières cette fois-ci : la dispersion des sites de ces démarches sur quelque 120 km d’ouest en est, avec de nombreux va-et-vient entre les sites ; et la barrière linguistique, la quasi-totalité des interlocuteurs rencontrés ne parlant que le turc. Cette barrière a cependant été compensée par une réelle gentillesse et une volonté de tous de rendre service. Grâce à quoi la voiture a finalement émergé de son conteneur le 26 mars après-midi, prête à reprendre la route.

Les  trajets en ville sont l’occasion de constater les progrès de la Turquie, sa prospérité et la différence avec l’Iran dont nous arrivions. Istanbul est doté d’un excellent réseau d’autoroutes urbaines, de tours modernes, d'un métro et d'un tramway neufs, de centres commerciaux à l’américaine. Beaucoup de quartiers suburbains pourraient ressembler à l’Amérique du nord, s’il n’y avait les nombreuses mosquées avec leurs minarets à la turque, beaucoup plus minces que ceux du monde arabe.

L’extrême est de la mer de Marmara, entre Istanbul et Izmit, est très industrialisé, pollué et, pour tout dire, franchement laid. Quand on sait que la Turquie est si belle par ailleurs, cela rend le séjour bien austère. Mais il n’est pas sans intérêt de regarder ainsi l’envers du décor, la Turquie industrielle.

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187ème et 188ème jours, 27 et 28 mars, Ani, Kars : ces formalités douanières achevées, la voiture est restée sagement sur un parking d’aéroport à Istanbul. Deux petites heures d’avion et une petite heure de voiture ont permis de rejoindre l’extrême est de la Turquie. Loin d’Istanbul, au point que le jour se lève ici dès 4 heures 30, le décor est austère dans ce nord-est de l’Anatolie : l’altitude est comprise entre 1 500 et 2 000 m, un plateau un peu cultivé mais encore brun au sortir de l’hiver, de rares troupeaux de vaches et de moutons, de la neige sur les montagnes environnantes, pourtant pas très élevées (entre 2 et 3 000 m). Cela évoque le printemps mongol vu l’an dernier.

Au bout de la route se trouve Ani (43° 34’E, 40° 30’N, alt. 1500 m), sur la frontière turco-arménienne. C’est un site archéologique remarquable, que nous n’aurions pas manqué si nous étions arrivés directement d'Iran par la route (nous sommes à 1 200 km de Téhéran où nous avions interrompu notre voyage). Tout au bout de la Turquie, c’est est donc le véritable point de départ de cette nouvelle partie du voyage. Voyez notre article séparé sur Ani, le choc des empires.

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Kars ; l'ex-église des Saints Apôtres est visible en bas à gauche

La ville voisine, 45 km plus à l ‘ouest, est Kars (43° 06’E, 40° 37’N, alt. 1770 m), chef lieu de la province d’Anatolie orientale. Le petit musée archéologique témoigne de l’ancienneté de l’occupation humaine du nord-est anatolien qui remonte au paléolithique, il y a près de 7 000 ans.

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De sa brève occupation russe, de 1878 à 1918, la ville a gardé un plan d’urbanisme en damier, des avenues pavées et plantées d’arbres et quelques bâtiments de style russe (on parle ici de "style balte") avec leurs façades en stuc et leurs couleurs vives. Ce n’est pas Saint Petersbourg ou Irkoutsk, bien sûr, mais cela peut donner par endroits l’impression d’une petite préfecture lointaine de l’empire russe. Quand elles ne sont pas trop écaillées, les couleurs vives égaient un peu la pierre noire dominante dans la région. Le corps consulaire est représenté par un consulat d’Azerbaïdjan, mais pas de consulat d’Arménie bien sûr, en raison des lourds contentieux entre les deux pays.

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La ville est austère dans l’ensemble à cause de son climat – pas plus de 10° ces jours-ci aux heures chaudes - de l’odeur de charbon que l’on respire un peu partout et de la roche noire basaltique dans laquelle sont construites nombre de bâtiments : la citadelle qui domine la ville et soutint naguère nombre de sièges, le pont de pierre reconstruit au 18ème siècle à l’emplacement d’un précédent, l’église arménienne des Saints Apôtres qui présente la particularité d’avoir été successivement église, puis mosquée, puis église, puis musée et enfin à nouveau mosquée depuis 1994. Ce passé  compliqué symbolise bien celui de Kars et de toute la province, qui furent ballottées des siècles durant entre plusieurs empires – ottoman, perse, russe, sans compter les Arméniens et même … les Britanniques - et ne fut rattachée finalement à la Turquie qu’en 1921.

Dans la rue, les visages sont souvent rudes chez les hommes et voilés chez les femmes. Les mosquées sont nombreuses et déversent une cacophonie compétitive à l’heure de la prière. Cette région austère est productive cependant : les spécialités locales sont une sorte de gruyère vendu en grosses meules, du miel et des gâteaux de cire d’abeille.

Le lecteur aura compris que Kars n’est pas une ville riante, mais un point d’observation intéressant d’un nord-est anatolien turc et kurde, tiraillé historiquement entre l’Empire ottoman, la Russie, l’Arménie et la Géorgie voisines.

189ème jour, 29 mars, Kars Trébizonde 500 km : cette longue étape (9 h 30 de trajet) se décompose en plusieurs parties très différentes :

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Au départ de Kars, la route  parcourt le plateau gris parcouru la veille jusqu’à un col à 2344 m ; Göle, à 78 km, est une  petite localité sans charme (alt. 2 000 m) ; une flèche vers la droite, assez tentante, indique « Gürcistan », c’est-à-dire la Géorgie proche; l’altitude diminue rapidement après Göle car on descend une vallée et les forêts se font  plus fréquentes ; des arbres à feuilles caduques succèdent aux conifères et de premiers arbres en fleurs apparaissent.

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En milieu de journée, la route devient étroite et traverse longuement une région de montagnes grises avec des vallées encaissées ; c’est la plus belle partie de la route, une région de vallées sauvages qui étaient géorgiennes dans le passé (la frontière actuelle a été fixée en 1921) ; la neige n’est pas loin sur les hauteurs ; ce décor austère est adouci par quelques arbres déjà verts et de petit champs dans les fonds de vallées; passage à 15 heures à Artvin, à 270 km de Kars ; la ville est escarpée à flanc de montagne.

Juste après Artvin , le paysage change brusquement ; on est maintenant à moins de 500 m d’altitude ; la vallée s’élargit et devient très verdoyante; le temps se met à la pluie pour le reste de la journée ; les premières plantations de thé apparaissent, les premières depuis Bagdogra, en contrebas de Darjeeling, où nous étions passés les 24 et  29 décembre.

A 16 h 15, on atteint Hopa, le port le plus à l’est de la Turquie sur la Mer noire, le Pont Euxin des anciens; la frontière géorgienne n’est qu’à 30 km à l’est ; à partir de maintenant , l’itinéraire suit la route côtière vers l’ouest ; avec la pluie et le brouillard, la Mer noire mérite presque son nom et cette côte escarpée est assez sinistre; les petites villes traversés (Ardeşen, Rize) sont sans charme avec leurs immeubles en front de mer. La nuit tombe à l’arrivée à Rize, ville connue pour la production et la recherche sur le thé. Arrivée à Trébizonde (en turc Trabzon, 39° 44’E , 41° 00’N) à 19 h 40. Il pleut toujours et le vent est glacial.

190ème au 192ème jours, 30 mars au 1er avril, Trébizonde Sinop et excursion à Abana, 726  km : il a neigé le 30 mars sur Trébizonde.

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C’est la première chute de neige du voyage, qui a couvert d’une mince couche les toits et les arbres déjà en fleurs. Il est heureux que la côte ait été atteinte la veille, car la traversée des montagnes aurait pu être compliquée.

Trébizonde est chargée d’histoire. Ancienne colonie grecque satellite de Sinop, on y a retrouvé de nombreux vestiges grecs et romains. Après la prise de Constantinople par la quatrième croisade, elle fut, de 1204 à 1461, la capitale de l’empire des Comnène, qui se voulait le continuateur légitime de l’Empire romain d’Orient.

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Les remparts de Trébizonde

Bien que la ville soit aujourd’hui moderne, avec beaucoup d’immeubles gris et laids, ce passé a laissé des traces: le bazar, largement désert en ce dimanche matin, la mosquée du marché (Carsi Camii), l’ancienne église Saint Christophe transformée en mosquée, l’église Sainte Anne, l’ancienne église Saint Eugène également transformée en mosquée (Saint Eugène fut tué dans la région), la mosquée Gülbahar Hatun. La vieille ville reste entourée de remparts, avec une citadelle qui domine la mer. Le consulat russe y occupe une imposante demeure en pierre basaltique. En revenant vers le centre, un hôtel particulier (Kostaki Konagi) montre ses salons, décoré au goût local du 19ème siècle et un petit musée archéologique (vestiges antiques, icônes orthodoxes).

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A l’ouest de la ville se trouve le monument le plus beau : la mosquée Sainte Sophie (photo ci-dessus). L’église grecque orthodoxe fut construite au 13ème siècle sur l’emplacement d’un ancien temple. Elle porte la marque de l’architecture seldjoukide avec ses portails à colonnes et sa frise sud représentant des scènes de la Genèse. Les fresques tirées de l’Evangile sont belles et bien conservées (ci-dessus : la présentation de Jésus au temple).

Convertie en mosquée après la conquête ottomane, utilisée comme infirmerie et dépôt sous l’occupation russe, elle redevint une mosquée jusqu’en 1964. Restaurée, elle fut alors transformée en musée jusqu’en 2013. Elle est alors redevenue mosquée après que les autorités religieuses eurent remporté un procès contre le ministère de la culture. Certaines fresques ont à nouveau été masquées, pas toutes heureusement. La bataille juridique se poursuit.

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Giresun (38° 23’E, 40° 55’N), l’ancienne Kérassonte, est une petite ville pas désagréable, réputée pour ses cerises et ses noisettes. Elle compte plusieurs minorités venues du Caucase proche. De la citadelle, perchée sur une colline en bord de mer, belle vue sur les deux baies sur lesquelles la ville est construite. Forte animation le soir (30 mars) à l’annonce des résultats des élections municipales, les vainqueurs manifestant bruyamment. Alors que le parti du Premier ministre l’emporte largement dans le pays, Giresun et sa province ont voté pour l’opposition (CHP).

Samsun la grande ville de la côte, ne présente guère d’intérêt pour le voyageur.

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Sinop (35° 09’N, 42° 02’N), ancienne colonie grecque de l’antiquité – ici naquit Diogène – est construite sur un isthme. Elle eut longtemps un rôle portuaire important et fut le lieu d’une attaque navale russe meurtrière en 1853. Les monuments les plus visibles sont les anciens remparts qui dominent la mer (photo ci-dessus). Avec le beau temps revenu, le spectacle en vaut la peine. Sinop est aussi un petit port de pêche qui doit être touristique l’été.

Ces villes mises à part, la côte reste peu intéressante jusqu’à Samsun : fortement urbanisée et bétonnée. Cela s’améliore entre Samsun et Sinop, car elle est beaucoup moins construite. La plus belle portion est cependant à l’ouest de Sinop. Il n’y a plus qu’une route étroite et sinueuse qui s’écarte souvent de la côte pour passer par les collines. La circulation y est très réduite. Le temps disponible a permis d’aller jusqu’à la  bourgade d’Abana (34° 01’E, 41° 59’N), dans la province de Kastamonu, à 122 km de Sinop.

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L’agrément de cette excursion réside dans la beauté des paysages. Belle côte sauvage bordée de forêt, aussi agréable que la côte bétonnée plus à l’est était décevante, jolie campagne vallonnée dans l’intérieur avec les fleurs du printemps. 12 km de marche, sur le chemin du retour, ont permis de bien profiter du paysage et du beau temps retrouvé.

La Turquie est passée le 31 mars à l’heure d’été, un jour après la plupart des pays (peut-être pour ne pas perturber les élections municipales du 30). L’heure est désormais TU+3, en retard de 5 heures sur la Chine, de 30 minutes sur l’Iran, en avance d’une heure sur l’heure française d’été. Ce changement d’heure est bienvenu, car il permet d’avoir du jour en Anatolie centrale jusqu’à 19 heures.

193ème et 194ème jours, 2 et 3 avril, Sinop Ankara Istanbul, 981 km : visite avant le départ du petit musée de Sinop avec ses antiquités grecques et romaines (statues, stèles, amphores) et ses icônes. A côté se trouve le monument à la mémoire des soldats tués lors de  l’attaque russe de 1853.

Au départ de Sinop, la route quitte la côte et se dirige vers le sud-ouest (Boyabat, Kastamonu) puis vers le sud (Ilgaz, çankisi et Ankara). Elle est de qualité convenable, souvent à quatre voies, circulation assez réduite.

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La journée se passe à traverser le plateau anatolien, tantôt cultivé, tantôt plus pierreux et aride. On franchit quelques  petites montagnes, la plus importante entre Kastamonu et Ilgaz : col à 1650 m, vaste forêt d’épicéas, neige sur le versant nord du col.

Etape à Ankara (32° 50’E, 39° 57’N) , trop brève pour visiter, puis départ vers l’ouest le 3 avril par la route déjà empruntée lors du voyage familial de l’été 2000, à ceci près que la construction de l’autoroute est désormais achevée. Cette partie de l’Anatolie est plus verte et plus cultivée. Les paysages sont de ce fait plus banals, comme déjà relevé lors d’un premier voyage, en 1979.

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derniers mètres en Asie, avant le Bosphore

En approchant d’Istanbul, il faut d’abord récupérer notre voiture à l’aéroport Sabiha Gökcen. C’est ensuite, au volant, la traversée du Bosphore par le pont nord, qui clôt la partie asiatique du voyage, qui a dépassé aujourd’hui 30 000 km. La vue est très belle mais la police interdit les arrêts photos. Une pancarte souhaite la « bienvenue en Europe ». Je me dirige vers l’aéroport Atatürk pour retrouver Elisabeth qui arrive de Paris.

Nous trouvons enfin notre hôtel dans le quartier de Sultanahmet (28° 58’E, 41° 00’N), heureux malgré tout de nous retrouver ainsi au cœur d’Istanbul.

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la Mosquée bleue

195ème jour, 4 avril, Istanbul : journée de promenade à Istanbul, centrée sur ce quartier de Sultanahmet et ses abords où sont concentrés les sites les plus connus : Mosquée bleue, Sainte Sophie, Mosquée Nuruosmaniye, Mosquée de Soliman le magnifique, Grand Bazar, etc. 

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la Corne d'or

Nous retrouvons non sans nostalgie les traces de nos voyages précédents : 1979, puis 2000 en famille (notre dernier voyage tous les cinq). Ces quartiers centraux d’Istanbul sont encore plus touristiques qu’à l’époque, ce qui ne les empêche pas d’être très beaux et agréables. Il faut aller dans des quartiers plus populaires et plus excentrés pour voir les traces les plus visibles de l’islamisation de la société et notamment la progression du port du voile, y compris du voile noir à l'iranienne.

196ème jour, 5 avril, Istanbul Alexandroupolis (Grèce), 323 km : nous quittons Istanbul par temps gris vers 11 heures, en direction de l’ouest. La ville étant très étendue, il faut du temps pour en sortir. On longe la côte nord de la mer de Marmara, qui est très urbanisée et assez laide. Déjeuner au bord d’une petite plage, peu avant Tekirdag.

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Après Tekirdag, ville réputée pour ses vignobles, la route passe dans l’intérieur du pays. Cette partie de la Thrace est vallonnée et intensément cultivée, donc très verte, bien différente du plateau anatolien à l’est d’Ankara. Nous nous arrêtons à Keşan, petite ville animée mais sans intérêt touristique. Les derniers kilomètres de Turquie se font dans une campagne presque déserte.

Nous nous présentons au poste frontière d’Ipsala à 17 heures 45. Les formalités douanières de sortie de la voiture sont un peu complexes, car le personnel est rare et nul ne parle un mot d’anglais. Nous parvenons néanmoins à faire viser notre carnet de passages. La voiture est passée aux rayons X. L’entrée en Grèce se fait sans difficulté aucune. L’ensemble du passage de la frontière a pris un peu plus d’une heure trente.

Dès notre entrée en Grèce, nous trouvons une autoroute et une campagne boisée verdoyante, presque désertes. Nous arrivons à la nuit tombante à Alexandroupolis (25° 53’E, 40° 52’N), ville universitaire et petit port, bien calme hors saison.

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197ème jour, 6 avril, Alexandroupolis Thessalonique, 315 km : une autoroute avec une circulation minimale nous conduit à Thessalonique. Elle ne longe la mer Egée que sur quelques kilomètres. La plupart du temps, on fait route sur une plaine littorale bien cultivée ou au flanc des premières montagnes. Curieusement, il nous semble apercevoir des minarets dans certains villages, sans qu’il soit possible de le vérifier.

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Thessalonique (22° 57’E, 40° 38’N), où nous arrivons à 14 heures, est une ville plutôt agréable construite sur des collines partant de la mer, avec beaucoup d’étudiants et de cafés. Le forum romain se trouve juste sous les fenêtres de notre hôtel. Quelques églises byzantines demeurent, dont Saint George est peut-être la plus spectaculaire. Dans les quartiers centraux, quelques immeubles art-déco ont survécu au bétonnage général des années 60 et 70.

198ème jour, 7 avril, Thessalonique Bitola (Macédoine), 216 km : la matinée se passe dans un garage de banlieue, à réparer plusieurs petites avaries de la voiture, y compris dans le circuit électrique dont un câble avait été rongé par une souris (authentique).

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Nous quittons Thessalonique à midi vers le nord-ouest, par une route nationale assez étroite. Notre premier arrêt, 50 km plus loin, est à Pella, ancienne capitale du Royaume de Macédoine à l’époque d’Alexandre. Le musée archéologique est assez intéressant, avec statues, amphores et mosaïques retrouvées dans la ville ancienne. Le site lui-même, sans être très vaste, est aussi évocateur avec son forum, les fondations des anciennes maisons et des sépultures.

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Nous poursuivons vers le nord-ouest. Peu avant Edessa, la plaine côtière prend fin. La route devient plus étroite et commence à s’élever dans les cerisiers en fleurs. Une chaîne de montagnes enneigées est visible vers l’ouest, vers la frontière albanaise. Après une première ligne de collines, la route contourne le lac Vegoritida par le nord, offrant une assez jolie vue. Encore quelques collines et l’on traverse la plaine peu peuplée de Pélagonie, à l’est des montagnes précitées. C’est là, au nord du village de Niki, que passe la frontière entre la Grèce et la Macédoine (« l’ancienne république yougoslave de Macédoine », disent toujours les Grecs qui revendiquent la Macédoine comme leur). Nous franchissons cette frontière sans difficulté ni retard. Nous retardons nos montres d’une heure, pour la dernière fois du voyage : la Macédoine est à TU +2, en retard de 6 heures sur la Chine, identique à l’heure française d’été.

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Bitola, dans le quartier des anciens consulats

Bitola (21° 20’E, 41° 02’N, alt. 575 m), où nous faisons étape, a eu son heure de gloire il y a un siècle, à la fin de l’Empire ottoman. Toutes les puissances dont la France y avaient ouvert des consulats et l’on y menait une vie diplomatique et mondaine active, dans ces Balkans qui aillaient bientôt déchirer l’Europe. Quelques anciennes demeures avec leurs façades en stuc, restaurées ou à l’abandon, évoquent cet autre temps. Eglises orthodoxes et catholiques et mosquées se font face dans un voisinage que l’on n’imaginerait ni en Grèce ni en Turquie. La ville compte une université, baptisée Saint Clément d’Ohrid.

Quelques rues commerçantes donnent l’impression d’une prospérité un peu factice de même que les casinos, mais il est visible que Bitola n’est pas riche. Les logements sociaux gris et les vieilles Fiat Zastava construites jadis sous licence rappellent la petite ville sans doute bien morne que fut Bitola, dominée par sa montagne (2 601 m), à l’extrême sud de la Yougoslavie.

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199ème jour, 8 avril, Bitola Berat (Albanie), 246 km : nous reprenons la route vers l’ouest et franchissons deux petits cols (1150 et 1190 m) avant de redescendre vers Ohrid, au nord du lac éponyme. Belle vue sur le lac et les montagnes qui l’entourent (certaines sont enneigées). Ohrid est une petite ville touristique agréable, avec un fort, un petit théâtre antique et plusieurs églises (il y en avait jadis 365, dit-on). Deux d’entre elles sont consacrées à Saint Clément d’Ohrid (v. 840 – 916), disciple de Saints Cyril et Méthode, qui est très vénéré ici. Nous montons jusqu’à l’une de ces églises et y admirons de belles fresques.

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Saint Clément d'Ohrid

La route longe ensuite la rive orientale du lac et devient presque déserte. Elle s‘élève jusqu’à un petit seuil (1 000 m) où passe la frontière. Nous quittons la Macédoine et entrons en Albanie où nous prenons la route de Tirana, toujours vers l’ouest. Le paysage est montagneux jusqu’à Elbasan, 60 km plus loin. La route est sinueuse et lente à cause des camions.

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A Elbasan, nous bifurquons au sud-ouest par une petite route en très mauvais état, avec des nids de poule comme nous n’en avions pas vu depuis l’Inde. On traverse une campagne vallonnée, intensivement cultivée. Les travaux des champs se font pour l’essentiel à la main, les charges sont souvent portées à dos d’âne ou  sur des carrioles. Les maisons sont malheureusement modernes et laides.

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Nous faisons étape à Berat (19° 57’E, 40° 42’N), qui est une des plus vieilles villes d’Albanie avec sa citadelle et ses maisons bien conservées de l’époque ottomane. C’est une petite ville touristique mais agréable, avec une belle vue sur la montagne enneigée qui la domine.

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200ème jour, 9 avril, Berat Shköder, 237 km : nous poursuivons le matin la visite de Berat, avec de belles maisons, églises et mosquées, tant à l’intérieur de la citadelle que dans la ville basse.

Nous prenons la route vers le nord peu après 11 heures. Toute la journée, nous roulons lentement sur de mauvaises routes, souvent encombrées, avec des limitations de vitesse et des radars. Les campagnes sont peu pittoresques, avec des constructions bon marché disparates fort laides.

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Nous déjeunons sur la plage de Durrës. Ce site a dû être beau jadis avec sa baie sur l’Adriatique mais l’urbanisation anarchique l’a complètement gâché.

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Nous gagnons ensuite Tirana, à 30 km dans l’intérieur. Sans grand attrait, la capitale albanaise présente tout de même quelques points d’intérêt, notamment ce qui subsiste de l’ère communiste : statue équestre du héros national, palais de la culture avec une fresque façon réalisme socialiste, pyramide de béton due à l’imagination de la fille du dictateur (photos ci-dessus). Signe des temps, une grande mosquée est en construction dans le centre.

Sur la route, toujours très lente, vers le nord du pays, deux forteresses perchées sur des rocs : à Lezhe, puis à Shköder (19° 30’E, 42° 04’N) où nous faisons étape. Comme hier à Berat, nous trouvons un hôtel plein de charme, aménagé dans une demeure vieille de plusieurs siècles.

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201ème jour, 10 avril, Shköder Kotor (Monténégro), 160 km : nous commençons la journée par la visite de la citadelle Rozafa, à 3 km au sud de Shköder (photo ci-dessus). Bel ouvrage défensif construit par les Vénitiens et complété par les Turcs, avec un arsenal et une cathédrale ancienne convertie en mosquée. Belle vue sur le lac Skadar et les montagnes enneigées qui dominent la ville à l’est.

Nous reprenons la route vers le nord, jusqu’à la pointe nord-est du lac que nous contournons. Juste après, nous quittons l’Albanie pour le Monténégro. Les pneus de la voiture sont inspectés à la recherche de stupéfiants.

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Podgorica, capitale du Monténégro où nous nous arrêtons peu après, n’a guère changé depuis une première visite en 2006. C’est un gros village dans une cuvette avec un minuscule centre ville commerçant, quelques quartiers de HLM hérités de l’ère yougoslave et, très vite, des petites maisons villageoises.

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Nous repartons sans tarder vers les montagnes de l’ouest. 32 km plus tard, nous nous arrêtons à Cetinje, qui fut l’éphémère capitale du Monténégro au début du siècle dernier. La ville est touristique mais les touristes sont rares en ce moment. C’est un spectacle un peu nostalgique avec les bâtiments publics et les anciennes ambassades, bien préservées. L’ancienne légation de France est l’une des plus remarquables (voir photo ci-contre), la légende voulant – à tort, semble-t-il – qu’elle ait été destinée à un autre pays et construite par erreur à Cetinje.

Nous partons ensuite vers l’ouest, dans le parc national Lovćen qui est encore assez hivernal et quasiment vide de visiteurs. Les petites routes s’élèvent jusque vers 1 300 m. Malgré une visite en 2006, l’orientation est un peu difficile faute de carte, sur ces petites routes de montagne.

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La récompense arrive lorsqu’on arrive sur la ligne de crête : vue spectaculaire sur les bouches de Kotor, encaissées comme un fjord, et le grand large. La descente en lacets dans les pins, avec la vue sur Kotor et Tivat est très belle.

Nous faisons étape à Kotor (anciennement connue sous le nom italien de Cattaro, 18° 46’E, 42° 26’N), au cœur de la vieille ville fortifiée. Les touristes ne sont pas encore trop nombreux, nombre d’entre eux viennent de Russie. Nous marchons désormais sur les traces de Matthias Sandorf, le héros de Jules Verne, puisqu’un chapitre du roman a pour cadre les bouches de Cattaro (voir la page un voyage extraordinaire).

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202ème jour, 11 avril, Kotor Dubrovnik (Croatie), 108 km : nous complétons la visite de Kotor par très beau temps. La ville ancienne, très petite, a beaucoup de caractère avec ses maisons et ses nombreuses églises, sans aucune fausse note. Comme nous avons franchi hier, dans la montagne, la frontière qui séparait jadis les empires ottoman et austro-hongrois, aucune mosquée n’est plus visible alors qu’elles étaient nombreuses à Podgorica. Il y a beaucoup de monde en ville, car un paquebot a déversé ses passagers ce matin.

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Nous longeons ensuite la rive orientale de la baie, qui est très belle. Les villages au bord de l’eau sont très pittoresques, surtout Perast, à 14 km de Kotor, avec ses vieilles rues et ses églises (photos ci-dessus).

Nous quittons ensuite la baie par le nord. Les vues sur la mer restent belles mais la construction redevient moderne lorsque l’on quitte le périmètre protégé. Nous nous arrêtons brièvement à Herceg Novi, ville moderne mais qui a conservé des monuments et de vieilles fortifications. Quelques kilomètres plus loin, nous quittons le Monténégro et entrons en Croatie.

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L’arrivée à Dubrovnik est très belle, car la route de falaise domine la mer et offre une vue spectaculaire sur celle-ci et sur la vieille ville. Nous commençons à découvrir celle-ci, mais devons nous loger assez loin, dans la ville moderne (18° 04’E, 42° 39’N).

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203ème jour, 12 avril, Dubrovnik : nous avons le privilège de visiter l’ancienne Raguse par très beau temps, avec des vues superbes sur la mer. Il y a du monde, certes, mais certainement beaucoup moins que l’été. Un peu comme à Venise, que Dubrovnik nous rappelle à beaucoup d’égards, il n’est pas rare de se trouver seul dans une ruelle dès que l’on s’éloigne un peu des rues centrales envahies par les touristes. La ville a souffert des bombardements de l’armée yougoslave en 1991 et 1992 (des éclats d’obus sont encore visibles) mais elle a été remarquablement reconstruite. Seuls les remparts, dont la ville est si fière ont été un peu trop restaurés, refaits à neuf un peu comme les tronçons restaurés de la grande muraille.

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Nous arpentons donc la rue Placa, l’ancien Stradone qui parcourt la vieille ville d’ouest en est, avec ses belles demeures. Nous parcourons aussi les deux rues parallèles beaucoup plus étroites, Prijeko et Od Puča.

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Puis nous montons est descendons les petites rues de traverse, dont beaucoup sont des rues en escaliers. Si nombreux que soient les commerces destinés aux touristes, la vie des habitants reprend ses droits dans ces venelles.

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Eglises et couvents abondent : de belles églises baroques (les dernières que nous avions visitées étaient à Daman, en Inde, voir journal des 24 au 26 janvier) et des couvents aux cloîtres remarquables, transformés en musées.

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C’est bien sûr la vieille ville, à l’intérieur des murailles, qui attire les touristes en foule. Le quartier situé un peu plus à l’ouest, autour de la rue Branitelja Dubrovnika offre aussi un intérêt réel avec l’hôtel Imperial, les très belles demeures qui dominent la mer avec des vues plongeantes et deux vieux cimetières que nous visitons après avoir passé un peu de temps à les trouver.

Sandorf hetzel

Comme à Kotor, nous avons en effet cheminé dans Dubrovnik sur les pas de Mathias Sandorf, le héros du Jules Verne grâce auquel l’ancienne Raguse nous était presque familière, et sur ceux des membres de notre famille qui avaient fait ce pèlerinage à Jules Verne avant nous. Nous avons essayé de retrouver autant que possible les lieux où se passait le roman. Nous y revenons dans une page séparée : un voyage extraordinaire.

204ème jour, 13 avril, Dubrovnik Mostar (Bosnie Herzégovine) Kastel Luksic (Croatie), 362,2 km : nous quittons Dubrovnik à 8 heures vers le nord-ouest, par la route côtière. Très belle route avec la vue sur l’Adriatique et les îles qui frangent la côte. Celle-ci est dans l’ensemble bien préservée.

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Dubrovnik est en fait une enclave croate. En longeant la côte, il faut franchir un petit tronçon de route en Bosnie Herzégovine, autour de la petite ville côtière de Neum, puis retrouver la Croatie après quelques kilomètres.

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Un peu plus tard, à Metkovic, nous obliquons vers l’intérieur, entrons à nouveau en Bosnie Herzégovine et remontons la jolie rivière Neretva jusqu’à Mostar, avec deux monuments intéressants en chemin ((Počitelj et le monastère de Žitomislić, ce dernier représenté sur la photo ci-dessus).

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Rendue célèbre par les affrontements entre Croates et Bosniaques en 1993, Mostar a été en grande partie reconstruite mais les traces de la guerre civile restent très visibles : maisons détruites, façades criblées de balles et d’éclats d’obus.

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La ville est néanmoins très touristique, son attraction principale étant son célèbre pont construit par les Turcs en 1566, détruit en 1993 mais rebâti depuis à l’identique, en utilisant les techniques anciennes. Il faudra tout de même attendre quelques siècles pour retrouver la patine d’antan, mais les touristes s’y pressent par milliers.

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Nous visitons aussi plusieurs mosquées anciennes (17ème siècle), assez jolies avec leurs toits de lauzes. Ce seront les dernières du voyage, la Croatie étant terre catholique. La compétition entre les religions est d’ailleurs visible à Mostar, avec des clochers et des croix de grande taille, récemment construits ou reconstruits.

Nous regagnons la côte (donc la Croatie) et reprenons la route de ce matin. Bien que le temps soit couvert, les paysages sont plus imposants, car des montagnes escarpées longent la mer.

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Nous nous arrêtons à Split en fin d’après-midi. Le centre de la ville présente le spectacle unique d’un palais romain – construit par Dioclétien – en front de mer, phagocyté si l’on peut dire par la ville. Le résultat est étonnant, avec des colonnes et des arches romaines intégrés un peu partout dans les constructions médiévales, maisons, cathédrale et autres. Surprenant, mais très réussi.

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Nous faisons étape un peu plus loin, dans une petite localité en bord de mer.

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205ème jour, 14 avril, Kastel Luksic Karlobag, 271 km : nous continuons à longer la côte dalmate, toujours très belle avec ses criques bleu  turquoise et les îles qui donnent l’impression de longer un lac plutôt que la mer.

Plusieurs arrêts ponctuent la journée :

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- Trogir, très jolie petite ville vénitienne  avec ses remparts, sa cathédrale et ses petites rues.

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- Primošten, village sans grand intérêt sur le plan architectural mais jolie du fait de sa situation en presqu’île.

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- Šibenik, avec sa cathédrale Saint Jacques des 15ème et 16ème siècles construite par montage d’éléments pré-sculptés, ses couvents et ses petites rues en pente.

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- Les lacs et le très bel estuaire de la rivière Krka, dans le parc national du même nom.

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- Zadar avec sa vieille ville sur une presqu’île, ses nombreuses églises et une curiosité unique : l’orgue marin construit par l’architecte  Nikola Bašic sous un qui du front de mer, qui est actionné par l’énergie des vagues.

 

Journal Pékin Paris (2013-2014) : 6 - en Turquie et après

Nous faisons étape à Karlobag (15° 04’E, 44°32’N), très petite station balnéaire à 80 km après Zadar.

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206ème jour, 15 avril, Karlobag Kostrena, 282 km : nous quittons Karlobag et la côte par une route en lacets qui offre de très belles vues. Contrairement aux autres, l’île située en face est très aride, presque désertique.

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En route vers Gospic et Korenica nous franchissons deux chaînes de montagnes qui culminent vers 1300 m, couvertes d’une mince couche de neige tombée cette nuit. Entre les deux, une plaine cultivée avec quelques maisons détruites par la guerre au début des années 90.

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De Korenica, nous poursuivons vers le nord dans le parc national de Plitvice, très près de la frontière avec la Bosnie. Dans une région de collines vers 6-800 mètres d’altitude, le parc comporte une belle forêt, où les arbres à feuilles caduques prédominent, et seize lacs qui sont reliés entre eux par une myriade de cascades grandes et petites.

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Malgré un temps très couvert, le spectacle est très beau avec les lacs verts dont certains sont au fond de gorges encaissées. Arrivés à 11 heures, nous nous promenons jusqu’à 15 heures 30. Il est alors temps de partir, car la neige tombe à gros flocons et ne tarde pas à tenir au sol.

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Nous repartons vers le nord-ouest, vers Otočac et Senj. La neige cesse bientôt et le printemps revient. Cette région agricole et verdoyante est bien paisible, mais les traces de la guerre, il y a une vingtaine d’années, sont très visibles : maisons en ruines, façades criblées de balles et d’éclats d’obus, monuments aux morts.

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La côte dalmate (premier plan), l'île de Krk (à gauche, plan intemédiaire) et l'Istrie (arrière plan)

A Senj, nous retrouvons pour la dernière fois la côte dalmate. Celle-ci reste belle, mais il n’y a plus de beaux villages. Juste après Senj, une pancarte indique que nous coupons le 45ème parallèle. Nous n’étions pas montés aussi au nord depuis le début du voyage.

Nous arrivons à 19 h 15 à Rijeka, l’ancienne Fiume, où nous tournons assez longuement en cherchant un gîte. La ville présente un mélange d’immeubles chics du 19ème siècle (héritage austro-hongrois, photo ci-dessous), de belles villas dominant la mer et de quartiers industriels autour du port. Ne trouvant pas à nous loger (la même mésaventure nous était arrivée en 2001), nous repartons quelques kilomètres en arrière et logeons près de la mer, à Kostrena (14° 29’E, 45° 18’N).

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207ème au 210ème jour, 16 au 19 avril, Kostrena Coublevie (France), 1049 km : à Rijeka, nous retrouvons les traces de notre voyage familial de 2001 avec Caroline et Clément. Après quelques kilomètres en Slovénie, nous traversons l’Italie du nord jusqu’aux Alpes, ce qui est aisé sinon toujours très agréable grâce aux autoroutes italiennes.

Quelques arrêts et visites ponctuent cette partie du voyage :

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- A Trieste, un court pèlerinage à la cathédrale Saint Just, à côté de la citadelle qui domine la ville (photo ci-dessus), en mémoire de Mathias Sandorf, héros déjà cité de Jules Verne (le premier chapitre du roman s’y déroule), de notre oncle Jean-Marc et de notre propre voyage de 2001 (voir la page un voyage extraordinaire).

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- A Mezzomonte, en Frioul Vénétie Julienne, où nous revivons nos souvenirs heureux de 2010 et sommes comblés par la chaleur de l’accueil familial.

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- A Venise où il y a, comme il se doit, beaucoup de monde, mais qui reste un très beau spectacle. Nous retrouvons l’architecture déjà admirée sur la côte dalmate.

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- A Padoue, où nous retournons à la basilique Saint Antoine déjà visitée en famille en 2001.

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- A Bergame, où nous visitons la ville haute qui n’a guère changé depuis une première visite en 1973. Nous parcourons les petites rues et visitons quelques unes des belles églises, où il y a du monde en ce vendredi saint.

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- A Turin, que nous connaissions déjà bien, en cherchant l’abri des arcades contre la pluie et le vent. Nous visitons en particulier la très belle église Christine, sur la place San Carlo.

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- au col du Mongenèvre, que nous franchissons sous les flocons le 19 avril. Il est 13 heures 10, nous sommes de retour en France.

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- à Val des prés enfin, à l’entrée de la vallée de la Clarée, en mémoire d’Asselin Barruol, un lointain ancêtre d’Elisabeth (13ème siècle).

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De là, nous gagnons Coublevie (5° 37’ E, 45° 22’N), près de Voiron. Une belle lumière éclaire la Chartreuse et le Vercors pour notre arrivée.

211ème jour, 24 avril, Coublevie Paris, 573 km : après quatre jours à Coublevie, en famille au pied de la Chartreuse, nous reprenons la route à 8 h 45 pour une ultime étape.

Une formalité restait à accomplir. N’ayant pas trouvé de poste de douane à la frontière franco-italienne le 19 avril, nous nous rendons au bureau de douane de l’Isle d’Abeau, à Saint Quentin Fallavier (Isère), pour faire viser notre carnet de passages. Cette demande a provoqué la surprise de douaniers aussi peu familiers de la procédure du carnet  que leurs collègues indiens et turcs, mais n’a pas soulevé de difficulté.

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Ceci fait, l’autoroute nous ramène sans encombres chez nous à Paris (2° 17’E, 48° 51’N) à 16 h 30. Nous avons parcouru  4 141 km depuis Istanbul et 34 553 depuis Pékin.

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Ainsi s’achève ce journal de voyage. Deux articles le complètent : l’un résumant notre voyage en Europe, l’autre en conclusion générale du voyage à notre retour.