Journal Pékin Paris (2013-2014) : 1 - en Chine

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Premier jour – 5 septembre – Pékin (116° 24’ E, 39° 56’ N) – Hunyuan (Shanxi), 374 km : Le 5 septembre, notre jour J arrive enfin.  Nous n’avons guère dormi mais la pluie de la nuit a nettoyé le ciel et la pollution de Pékin. Il fait frais, pour la première fois depuis des mois, sous un grand  ciel bleu bien inhabituel ici. Après une grande séance d’emballage de nos volumineux bagages, nous quittons la rue Liangmaqiao à 11 h 05. C’est parti !

La sortie de Pékin est lente à cause de la circulation. Comme pour les départs vers la Mandchourie (été 2010)  et le long du Fleuve jaune (juin-août 2012) , l’impression est un peu étrange de parcourir le troisième périphérique puis l’autoroute G6 « Pékin Tibet » comme nous l’avons fait des centaines de fois, mais en se disant que cette fois, c’est du sérieux. Un petit arrêt à Juyonggguan pour dire au revoir à la muraille pékinoise, même si nous retrouverons la muraille plus à l’ouest.

La traversée du Hebei se passe sans fait notable. Un peu avant Xuanhua, nous quittons notre route habituelle vers Zhangjiakou   et bifurquons ouest sud-ouest par l’autoroute « Xuanda », de très bonne qualité et presque déserte, le flux des camions poursuivant par la G6 vers Hohot  et Baotou. Nous empruntons un couloir naturel, bordé au sud par les montages du Shanxi où nous arrivons dans l’après-midi. L’autoroute s’élève un peu dans les premières collines de lœss, verdoyantes en ce début d’automne, quand le maïs sera bientôt récolté.

Nous quittons l’autoroute un peu avant Datong et gagnons Hunyuan (113° 40’ E, 39° 41’ N) par  de petites routes. Avec le vert de l’été et la lumière de la fin d’après-midi, ce sont des paysages bucoliques qui nous changent, par anticipation, des déserts qui nous attendent. A Hanyuan, nous passons voir le célèbre « temple suspendu », spectaculaire à flanc de falaise, déjà visité en février 1998. Puis nous trouvons facilement un très bon hôtel pour la nuit. Il fait une fraîcheur bienvenue comparée à Pékin.

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Deuxième jour : 6 septembre : Hunyuan – Jining (Mongolie intérieure) , 291 km : temps idéal toute la journée, très beau et frais grâce à la légère altitude. Nous repassons d’abord au temple suspendu, qui présente l’avantage d’être ensoleillé le matin. 

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Puis nous nous rendons à Yingxian, un peu plus à l’ouest (113° 10‘ E, 39° 33’N), pour revoir la célèbre pagode en bois déjà visitée en 1998. Elle est fameuse pour sa hauteur (67 m) et son ancienneté (construite en 1056). La pagode est bien là, inchangée, mais son environnement est méconnaissable. La piste en terre et les petites bicoques qui l’entouraient il y a quinze ans ont fait face à une ville toute neuve construite pour le tourisme, avec boutiques et rues piétonnes. Le charme y perd un peu. La campagne est jolie avec les couleurs de l’été.

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Nous rejoignons ensuite Datong, que nous contournons par l’ouest pour rejoindre les grottes bouddhiques de Yungang, 16 km à l’ouest. Le site a lui aussi été rénové et ne ressemble plus du tout à celui de naguère. Un vaste temple a été construit de toutes pièces et un parc plutôt agréable borde désormais les grottes. Quant aux mines de charbon situées sur l’autre versant de la vallée, elles paraissent désaffectées et converties en attraction touristique. Les grottes restent belles bien sûr, surtout avec ce très beau temps, bien que plusieurs d’entre elles, y compris les plus importantes, soient fermées pour rénovation.

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Nous prenons ensuite une série de routes vers le nord. La route s’élève un  peu et les cultures cèdent peu à peu la place à la prairie, annonciatrice du plateau mongol. Juste avant de quitter le Shanxi, nous nous arrêtons à l’ancien village fortifié de Deshengbao (1,2 km à l’est de la route G 208 au km 450, 113° 14' E - 40° 24' N), joli derrière ses murailles de terre. Nous y sommes bien accueillis avec pas mal d’animation en raison d’une veillée mortuaire. Nous entrons ensuite en Mongolie intérieure en coupant un tronçon de muraille à peine visible près de Fengzhen, sur la route G 208. C’est à la nuit noire que coupons l’autoroute G6 « Pékin Tibet », empruntée l’an dernier (voir journal du 6 juin 2012), et que nous arrivons à Jining (113° 06’ E, 41° 02’ N)  pour y passer la nuit dans un hôtel un peu sommaire mais suffisant.

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Troisieme jour - 7 septembre - Jining Erenhot / Zamyn Uud, 357 km :  Nous quittons Jining ce matin et prenons l'autoroute G55 vers le nord. Elle est presque deserte mais nous devons la quitter après 100 km pour trouver de l'essence. L'autoroute s'interrompt 112 km avant Erenhot mais une route à quatre voies permet de rouler presque aussi vite. Le paysage change peu à peu. La prairie cultivée du début fait place à une herbe rase sous laquelle le sable affleure de plus en plus. Les collines font place à un plateau presque plat. La proximite du désert de Gobi se fait sentir. Il fait très beau et la température reste agréable.

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Erenhot est connu pour ses fossiles de dinosaures

Erenhot - en chinois Erlian (111 ° 58'E, 43° 38'N) - où nous arrivons vers 14 h est une ville frontalière qui vit du commerce. Nous y trouvons un hotel à peu près convenable. Elisabeth s'installe pour la soirée. J'entreprends seul une brève excursion de l'autre côté de la frontière.

Le passage de la frontière sino-mongole est tout sauf simple. Il est interdit aux piétons comme aux voitures chinoises. Il faut trouver un siège - ou un demi-siège, ou un quart de siège - dans de vieilles jeeps mongoles à bout de souffle qui font le cabotage frontalier. C'est la foire d'empoigne, d'autant plus que ces jeeps sont déjà pleines à craquer des volumineux bagages de leurs passagers. Ceux-ci sont dans leur quasi-totalité des commerçants mongols qui viennent d'approvisionner a Erlian.
Il faut près de deux heures pour faire les formalités et trouver des moyens de transport pour franchir la zone frontière, en jouant des coudes et en implorant la mansuétude rémunerée des chauffeurs de jeeps.
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Je parviens enfin a Zamyn Uud, la ville frontière mongole déjà traversée en train en juillet 2011. C'est un petit village comparé à Erenhot. Dès que l'on quite le "centre" avec ses petits immeubles, les rues deviennent des pistes en sable bordées de maisons basses souvent flanquées de yourtes, comme dans les faubourgs d'Oulan Bator. La population est entièrement mongole et nul ne semble comprendre le chinois. La gare a un petit air de gare russe du bout du monde avec ses wagons verts fatigués et ses provodnitsa à l'uniforme calqué sur celui de leurs consoeurs russes.

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Zamyn Uud : une maison du "centre ville"

Tout ceci est très couleur locale. Mais quand, à 17 h 30, j'entreprends de regagner Erenhot, il est trop tard : la frontière ferme à 17 h. Je tente en vain de trouver un train, il n'y en a pas le samedi (sauf le train international le soir, non accessible aux voyageurs locaux). Je suis donc coincé jusqu'à demain. Par chance je trouve une petite chambre dans l'un des modestes hotels de la place. De la fenêtre, on peut voir les immeubles d'Erenhot, si proches mais dans un autre monde ...

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Ma jeep pour regagner la Chine

Quatrième jour - 8 septembre - Zamyn Uud / Erlian - Xilamuren, 386 km : le passage de la frontière pour regagner la Chine est à nouveau une séance mémorable. Les conducteurs de jeeps se disputent les clients au petit matin et se livrent à un vrai rodéo urbain pour être les premiers dans la queue. Le malheureux fonctionnaire qui distribue les tickets d'accès au poste frontière est pris à partie par les conducteurs hurlants et manque d'être écharpé. Apres ces minutes de folie, une queue se forme dans un ordre relatif. La jeep dans laquelle j'ai pris place finit par gagner le poste frontière mongol puis le poste chinois. Vers 9 h 15, je suis enfin de retour a Erlian, ou l'on ne se douterait pas que la frontière si proche est un tel capharnaüm.

Nous reprenons la route G 208 vers le sud-est, en sens inverse d'hier. Après 120 km, nous bifurquons au SO sur la route S 101, refaite récemment et qui s'écarte sensiblement de son ancien tracé. Le temps est devenu nuageux, le paysage est plat et entierèment vide, cette prairie donne l'impression d'un bout du monde complet. Petit à petit cependant, la prairie devient plus valonnée et plus arrosée. Les arbres apparaissent, puis les villages et les cultures. On retrouve, près de Gegentala, la partie touristique de la prairie mongole, avec de nombreux campements de fausses yourtes pour les touristes.

Après une halte dans l'après-midi a Siziwang, nous poursuivons vers l'ouest par des pistes détrempées par la pluie, de Dongbahao puis Taipingzhuang, jusqu'à Xilamuren . Malgré la pluie, c'est une belle campagne boisée et cultivée, différente au possible des étendues désolées vues ce matin. Xilamuren est un coin de prairie aménagé pour le tourisme. Nous y arrivons sous la pluie et passons la nuit dans le même campement qu'en juin de l'année dernière.

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Cinquième jour - 9 septembre - Xilamuren Ordos, 283 km : Il fait beau au réveil et nous profitons de la prairie au soleil levant.

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De Xilamuren à Baotou, nous reprenons la jolie route de campagne empruntée l'an dernier et retournons au monastère tibétain de Wudang (voir description détaillée dans le Journal le long du Fleuve jaune (juin-août 2012) , deuxième jour).

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Après une traversée des faubourgs industriels de Baotou, impressionnants de pollution atmosphérique, nous traversons le Fleuve jaune et gagnons  Ordos (en chinois Dongsheng, 109° 59'E,  39° 48'N) à 75 km au sud par l'autoroute G65. La ville s'est sans doute encore développée depuis notre visite de juin 2010 : avec ses tours et ses larges avenues, elle est plus américaine que chinoise, avec un développement économique fruit de la prospérité charbonnière.

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Sixième jour – 10 septembre : Ordos Wuda, 404 km :  Nous retournons le matin voir Kangbashi, capitale administrative de la préfecture d’Ordos, à 30 km au sud de Dongsheng. Comme indiqué en 2010 (voir l’article Ordos), Kangbashi  est connu dans toute la Chine comme symbole des excès et du gaspillage bureaucratiques : une cité administrative démesurée, avec ses avenues trop vastes et ses bâtiments administratifs imposants, mais vide d’habitants, une vraie ville fantôme.

Depuis notre visite de juin 2010 et malgré ces critiques, Kangbashi  continue de grandir : nouveaux quartiers d’habitation dont on peut se demander s’ils seront vraiment habités, routes à six ou huit voies sans circulation ou presque, nouvelles zones industrielles en construction ou en projet. Au cœur de la ville on trouve toujours des bâtiments administratifs démesurés et des lieux culturels (musée, bibliothèque, théâtre) aux lignes futuristes, sans compter les monuments qui célèbrent la culture mongole (mais y a –t-il des Mongols à Kangbashi ?).

En trois ans cependant, les arbres ont un peu poussé, les massifs de fleurs aussi et un peu de population a dû s’installer car la ville ne donne plus au même point l’impression d’une ville fantôme. Kangbashi sera-t-il un jour une ville normale ?

Nous rejoignons ensuite l’autoroute G18, non sans mal car les boulevards de Kangbashi sont un vrai labyrinthe. Nous faisons ensuite route vers l’ouest pendant quelque 300 km, traversant une zone de plateaux presque vide d’habitants. Pas de ville, de rares villages, une prairie sous laquelle le sable du désert affleure par endroits, quasiment pas d’agriculture, quelques moutons. C’est une route monotone.

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Le Fleuve jaune près de Wuda

La route descend ensuite jusqu’au Fleuve jaune. La zone de Wuhai est bourrée d’industries chimiques et extrêmement  sale et polluée. C’est un paysage presque de cauchemar, la pollution pique les yeux et prend à la gorge. Après avoir traversé le fleuve – là encore, non sans mal -, nous gagnons Wuda sur la rive gauche (106° 43’E, 39° 29’N), petite ville industrieuse déjà traversée en juin 2012, sans intérêt mais suffisante pour passer la nuit.

Septième jour, 11 septembre, Wuda Mt Mandela, 482 km : nous partons vers 7 h 15 en direction de Bayan Khot par l’autoroute « Wuba ». 66 km plus tard, un peu après la fin de l’autoroute, une difficulté surgit : la petite route (X 075) que nous avions prévu de prendre vers l’ouest est fermée pour travaux. Après avoir cherché en vain un autre raccourci praticable, nous devons continuer au sud jusqu’à Bayan Khot par la route S 314, comme l’an dernier, ce qui représente un détour de près de 100 km. De Bayan Khot, nous prenons la route S 218 vers le NO (à quatre voies au début) sur près de 200 km), puis la route S 317 OSO en direction de Badain Jaran. La route S 317 est moins large et un peu moins bonne, mais encore très facile.

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Cette longue route traverse une vaste région désertique, mais qui n’est pas monotone pour autant, car le paysage se renouvelle régulièrement. Tantôt du vrai désert de sable avec des dunes et quelques chameaux, tantôt de la rocaille, tantôt enfin un peu de végétation de zone aride, assez pour nourrir quelques vaches et de petits troupeaux de chèvres. C’est un vaste plateau à perte de vue, avec des vues de désert remarquables.

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En milieu d’après-midi, nous nous arrêtons au Mt Mandela (Maidelashan, au lieu dit  Sugenhuduge, 103° 45’E, 39° 53’N), dont nous entreprenons l’ascension (départ 1 400 m, sommet 1 650 m), pour aller voir des pétroglyphes remarquables de 4 000 ans. C’est un très beau site, en plus de son intérêt archéologique. Le site est ouvert au tourisme, , mais nous y sommes seuls et le visitons sous la conduite de la gardienne des lieux, qui nous offre le gîte et le couvert pour la nuit avec beaucoup de chaleur, même si la communication est difficile car ils ne parlent que le dialecte local.

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Huitième jour, 12 septembre, Mt Mandela, bannière droite d’Alashan, 227 km sur route + environ 150 dans le désert : nous quittons nos hôtes accueillants vers 7 h 20. 68 km plus à l’ouest, nous visitons deux petits temples tibéto-mongols (Aigui ?) au pied d’une belle montagne rouge. Modestes et reconstruits récemment, ils présentent en eux-mêmes un intérêt limité, mais leur localisation est privilégiée : ils sont en effet situés au pied d’une source de la montagne, dont l’eau arrive au petit hameau par un canal souterrain, comme les karez du Xinjiang. Du coup, les habitants, avec une grande gentillesse, nous font les honneurs de leurs potagers, des merveilles de petits  jardins clos luxuriants de verdure au milieu du désert. Une abondance de fruits et de légumes poussent sur quelques mètres carrés. On nous offre tomates, prunes et minuscules raisins, plus savoureux les uns que les autres.  Miracle de l’eau fraîche qui coule de la montagne au milieu du désert.

90 km  plus à l’ouest, nous arrivons à l’entrée du parc de Badain Jaran (102° 22’E, 39° 27’N). Là, nous devons laisser notre voiture et opter pour une excursion dans le désert en jeep de location (pour laquelle un permis est en principe nécessaire, mais on consent à nous laisser aller sans ce document). Deux circuits sont proposés, nous choisissons le plus long : 6 heures et 150 km de désert. Nous prenons place dans une Beijing jeep jaune qui nous rappelle notre première voiture chinoise (1996) et c’est parti.

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Le paysage du désert est extraordinaire, bien plus grandiose que les autres déserts visités jusqu’ici. Les dunes sont en effet beaucoup plus hautes, certaines peuvent atteindre 500 m de haut. Le travail du vent les fait évoluer constamment et leur donne des lignes superbes.  La taille du parc permet de s’y promener en voiture des heures durant, avec des paysages somptueux qui changent constamment, sans ressentir aucune impression de monotonie.

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Surtout, le grand circuit permet d’admirer une douzaine de lacs, dont certains sont salés, qui forment avec le désert un contraste saisissant. Quelques personnes habitent  sur leur rives. C’est la morte saison et nous sommes à peu près les seuls visiteurs.

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La conduite dans ce désert relève du grand art. Comme il n’y a pratiquement aucune piste tracée, la voiture chemine sur les dunes escarpées, parfois sans suivre aucune trace. Pour négocier les pentes abruptes, le conducteur, un vrai champion, épouse la courbe des dunes, escaladant les côtes, plongeant dans les descentes et négociant les courbes à l’inclinaison maximale que la voiture peut accepter sans chavirer. Cela revient véritablement à surfer sur des vagues de sable pendant six heures. Impressions fortes garanties et aucun moyen de se signaler au monde extérieur en cas d’incident.

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Dans l’après-midi, une dune d’apparence ordinaire mais au sable très mou met notre conducteur en difficulté, bien qu’il ait dégonflé les pneus à trois reprises. Après trois tentatives infructueuses, nous montons à pied pour alléger la voiture, qui passe alors de justesse.

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C’est, au total, une sortie superbe. Nous retrouvons vers 18 heures le désert « ordinaire », qui nous semble bien fade par comparaison. Nous gagnons la petite ville voisine (« Badain Jaran ville », alias bannière droite d’Alashan, 101° 40'E, 39° 12'N) où nous passons notre dernière nuit en Mongolie intérieure, qui clôt ces deux journées de désert inoubliables.

Neuvième jour, 13 septembre, Alashan Zhangye (Gansu), 240 km : nous partons d’Alashan vers l’ouest et traversons à nouveau une zone semi-désertique. 48 km plus tard, nous quittons la Mongolie intérieure pour le Gansu et franchissons une ligne de collines avec un col à 2000 m.

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De l’autre côté, nous descendons dans le corridor de Hexi, l’étroit couloir qui relie la Chine centrale au Xinjiang. Cette plaine assez fertile n’excède pas 30 km de large. En fin de journée, quand la brume se dissipe, on voit distinctement les petites montagnes au nord qui le séparent des déserts de Mongolie intérieure dont nous arrivons et la barrière montagneuse beaucoup plus élevée au sud (elle culmine à 5 100 m) qui délimite le plateau tibétain et  la province du Qinghai. Même en octobre, ses sommets sont couverts de neige. Par ce corridor passe la route de la soie par excellence, la route stratégique qui commande l ‘accès à la Chine utile pour qui vient de l’Asie centrale. Nous coupons successivement l’autoroute G30, la route nationale 312 (qui relie Shanghai à la frontière du Kazakhstan) et la voie ferrée de Lanzhou à Urumqi.

Nous coupons le corridor sans l’emprunter aujourd’hui : aux routes nationales, nous préférons un labyrinthe de très petites routes et de pistes : de Shangdan, nous traversons une campagne assez prospère (contraste avec les jours précédents) vers le sud-ouest. La densité de population reste assez faible.

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Nous arrivons vers 15 heures au temple du fer à cheval (Matisi), à 2400 m d’altitude. C’est un temple plus que millénaire, creusé dans une falaise de roche tendre, à 2400 m d’altitude. Le site est très beau, on se déplace d’une grotte à l’autre par un étroit boyau. Malheureusement, il ne reste pas une seule statue ancienne : tout a été saccagé, sans doute par les gardes rouges. Dans ce beau site, on a un peu l’impression de visiter Bamiyan après le passage des Taliban …

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Nous continuons l’après-midi par une courte promenade dans les alpages, entre 2400 et 2500 m. Le décor est alpestre, avec des forêts de cèdres et de sapins et les sommets enneigés qui les dominent. Le  contraste avec le désert, distant de 100 km à peine, est total.

Nous reprenons la route et arrivons à Zhangye (100° 27’ E, 38° 55’N, alt. 1 350 m) à la nuit tombante (19 h 45 : la nuit tombe ici une heure plus tard qu’à Pékin). 

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Dixième jour, 14 septembre, Zhangye Jayuguan, 303 km : nous visitons Zhangye le matin. Petit pèlerinage à la statue de Marco Polo, qui passa paraît-il un an dans la ville. Il semble un peu abandonné ici, bien que les rues voisines aient été décorées en pseudo-style italien. Beaucoup de petits marchés animés, quelques rues rénovées pour les touristes bien que ceux-ci semblent peu nombreux.

Nous prenons ensuite l’autoroute G30 vers l’ouest. Le corridor de Hexi comporte des zones arides mais d’autres bien irriguées par de petits canaux souterrains descendus de la montagne. Dans ces dernières, le maïs, les tomates, les piments et nombre d’autres fruits et légumes poussent en abondance. L’autoroute chemine entre la voie ferrée existante de Lanzhou à Urumqi et la nouvelle ligne à grande vitesse en construction. On longe la chaîne enneigée des Qilian, mais le temps gris empêche de profiter pleinement du spectacle. Passage par Jiuquan en début d’après-midi, ville plutôt plaisante avec ses avenues plantées d’arbres.

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A 15 km au nord de Jiuquan, près du bourg de Xincheng, nous trouvons (non sans mal car rien n’est signalé) le site archéologique des tombes des dynasties wei et jin (220 – 420). Le champ de fouilles est un vaste quadrilatère vide de toute végétation, un vrai paysage lunaire. De nombreuses nécropoles ont été localisées mais une seule a été aménagée pour la visite : plusieurs cavités de taille réduite, vides de toute objet, mais avec des peintures remarquables sur les briques murales : animaux, scènes de la vie quotidienne, dans les couleurs orange et noire. Les thèmes animaliers (chameaux, chevaux) rappellent les pétroglyphes du Mt Mandela. Visite fort intéressante donc bien que la nécropole accessible soit toute petite.

 

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Le fort de Jayuguan

Après avoir contourné la ville de Jayuguan, nous allons voir les trois sites très connus qui sont réputés marquer l’extrémité occidentale de la grande muraille. Le fort, qui est le plus connu, est aussi le plus  décevant, car entièrement restauré (par un entrepreneur privé, voir notre article La muraille dans tous ses états) et envahi par les touristes. Du haut des murailles ont peut admirer les sommes enneigés … mais aussi les nombreuses cheminées d’usine de la ville.

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Deux autres sites sont situés à 8 km au nord et à 7km au sud-ouest (voir description dans La muraille : nos sites favoris ) . La muraille est restaurée sur le premier, bien qu’il s’agisse d’une muraille en  pisé très différente de la nôtre (comprenez : de celle de Pékin et du Hebei).

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Le site le plus à l’ouest présente une muraille naturelle, modeste mais finalement plus attrayante. Nous passons la nuit à Jiayuguan (98° 16’E, 39° 47’N, alt. 1 500 m) petite ville  assez touristique quoique très industrielle (l’aciérie locale, Jiugang, fait paraît-il vivre 80 % de la population, c’est d’ailleurs dans son hôtel que nous passons la nuit).

11ème jour, 15 septembre, Jayuguan – Dunhuang, 400 km : nous partons ce matin à nouveau par l’autoroute G30 en direction d’Urumqi. L’autoroute traverse tantôt des zones irriguées et cultivées, tantôt des étendues désertiques. Le corridor de Hexi s’élargit peu à peu et l’on perd de vue les sommets enneigés du Qilian. A midi, à proximité de Guazhou, nous quittons l’autoroute qui continue vers le Xinjiang et prenons la route provinciale vers l’ouest-sud-ouest.

Le bord de la route est  bordé au début d’étals de fruits, des melons surtout, qui viennent des zones irriguées voisines. Le coton est aussi cultivé et est en cours de ramassage. Au fur et à mesure que l’on fait route, cependant, les zones cultivées s’amenuisent et le désert s’annonce. Nous déjeunons en bordure d’un champ de coton, à l’ombre chiche d’un peuplier étique. Il était temps, car nous traversons ensuite le désert jusqu’à Dunhuang, à 120 km. Deux vestiges de petits fortins en pisé dans un décor devenu minéral.

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Nous nous rendons directement aux célèbres grottes de Mogao, à 25 km de Dunhuang. Les peintures murales sont remarquables, plus belles que celles vues précédemment (Datong, Luoyang), les statues fort intéressantes aussi. Certaines restaurations sont un peu trop poussées, d’autres respectent mieux l’injure du temps (le site a été mis à rude épreuve, notamment lorsque des Russes blancs y ont été internés pendant plusieurs mois vers 1920).

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Sans doute justifiées par la nécessité de protéger un site fragile, les conditions de visite sont, pour dire les choses charitablement, à la limite du supportable : la visite se fait obligatoirement en groupe, selon un rythme minuté, avec accès à dix grottes (sur plusieurs centaines) choisies chaque jour par l’administration du site car la fréquentation touristique dégrade les peintures. La falaise elle-même est défigurée par un bétonnage hideux.  Le petit musée est quant à lui bien conçu et intéressant, avec des répliques de certaines des grottes.

Nous passons la nuit à Dunhuang (94° 41’E, 40° 08’ N) petite ville touristique au milieu du désert. Rues piétonnes animées, dîner en plein air dans une petite rue de restaurants ouighours : le Xinjiang n’est plus loin.

12ème jour, 16 septembre, de Dunhuang au parc de Yadan et retour, 351 km + 15 km environ dans le parc : nous partons au sud-ouest par la nationale 215 en direction de Golmud (au Qinghai), distante de 520 km. 40 km plus loin, nous empruntons une route secondaire vers le nord-ouest jusqu’à la « porte de jade » (Yumenguan, ainsi appelée car la région en produisait jadis), où il faut payer tribut. La route traverse un désert de sable gris, plat et impressionnant de vide : pas un village, pas une maison, pas un chameau ni un mouton.

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Un peu plus loin, nous nous arrêtons sur le site connu et intéressant de Danggusui, où subsiste une muraille très ancienne (dynastie des Han). La muraille est ici faite d’une superposition de couches de terre et de paille, voir description à la page La muraille : nos sites favoris.

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Nous poursuivons notre progression vers l’ouest : à la platitude succèdent des montagnes noires qui dominent le désert. S’il n’y avait la route, d’excellente qualité, ce coin du Gobi ferait figure de bout du monde maudit. Nous nous arrêtons brièvement au bord d’un lac salé dont les roseaux apportent une touche de verdure bienfaisante dans ce désert minéral. Mais pas un arbre.

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Nous poursuivons jusqu’au bout de la route (120 km) où se trouve le parc national de Yadan (entrée du parc : 93° 14’E, 40° 30’N). Au milieu du désert à nouveau gris et plat, il est connu pour ses formations rocheuses très caractéristiques de couleur ocre, sans doute taillées par l’érosion. On visite le parc en groupe, dans un minibus. Ici encore, on se sentirait au bout du bout du monde si les touristes, peu nombreux heureusement, n’apportaient une présence familière.

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Yadan est un cul-de-sac. Aucune route ne permet de gagner le Xinjiang, pourtant proche au nord et à l’ouest. Nous faisons donc demi-tour, regagnons la nationale 215 et visitons les « grottes occidentales des mille bouddhas ». C’est un mini-Mogao : grottes creusées dans une falaise dominant une oasis (bienfaisante avec sa verdure) en bord de rivière. Les principes sont les mêmes : visite en groupe seulement, limitée à quatre grottes sur plusieurs dizaines, falaise défigurée de l’extérieur. Mais les visiteurs sont si rares que nous formons presque le groupe à nous seuls. Du coup, cette courte visite prend tout son charme et les fresques vénérables (dynasties Wei et Tang) nous séduisent bien qu’elles soient moins raffinées qu’à Mogao.

Nous regagnons Dunhuang en fin d’après-midi, après avoir renoncé à deux dernières excursions : la « vieille ville » (20 km à l’ouest), dont les travaux de construction ne sont pas achevés et le « lac du croissant de lune », attraction très connue mais abominablement touristique (nous estimons avoir vu plus et mieux à Badain Jaran).

13ème jour, 17 septembre, Dunhuang Hami (Xinjiang), 414 km : nous partons par temps gris par la nationale 215, mais cette fois-ci vers le nord-est : une ligne droite de 120 km. Dès que l'on sort de l'oasis de Dunhuang, le desert reprend ses droits, nous l'aurons pour decor toute la journee. Comme il arrive souvent, la route nationale est en moins bon etat que les routes provinciales, de sorte que nous sommes bien secoués.

Au nord-ouest de Guazhou, nous retrouvons l'axe Lanzhou - Urumqi. Par chance, l'autoroute G30 est depuis peu prolongée vers le Xinjiang et nous retrouvons de bonnes conditions de route. Mais la pluie et le vent se mettent de la partie et cette portion de désert est très inhospitalière. On franchit une chaine de petites montagnes a 1700 m environ et on quitte le Gansu pour le Xinjiang. Quand nous faisons halte pour dejeuner dans un paysage lunaire, il fait venteux et franchement froid, pour la première fois du voyage. La forte chaleur d'hier dans le parc de Yadan est un lointain souvenir.

Le temps s'améliore l'après-midi et la temperature s'élève avec la descente dans la plaine. Nous arrivons à Hami (en ouighour Kumul, 93° 30' E, 42° 50'N, alt. 700 m) peu après 15 heures. Dans une zone irriguée célèbre dans toute la Chine pour la qualité de ses melons, c'est une ville étendue et sans caractère, avec des arbres mais le vent du désert se fait bien sentir. Les montagnes enneigées sont toutes proches au nord. Les Ouighours sont nombreux et donnent aux rues et aux marchés beaucoup de couleur locale.

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Hami : le mausolée des rois hui

14ème jour, 18 septembre, Hami Shanshan, 336 km : il a plu cette nuit et le temps est superbe ce matin, avec un ciel bleu lavé et la vue sur les montagnes. Visite  du mausolée des rois hui (chinois musulmans) de Hami. Construit aux 18ème et 19ème siècle avec deux pavillons et une mosquée autour d’un petit jardin, il évoque l’Asie centrale ou la Turquie beaucoup plus que la Chine. L’impression est forte d’avoir changé de monde.

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Nous reprenons ensuite l’autoroute G30 vers l’ouest. Dès que l’on sort de l’oasis de Hami, le désert reprend ses droits et ne cessera qu’à l’approche de Shanshan. Il est dominé au nord par les montagnes enneigées. A mi-parcours, la route s’élève à 1 500 m et traverse des montagnes de roche violette, offrant de beaux points de vue. Puis l’on redescend vers Shanshan et la température augmente à nouveau.

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Shanshan (90°11’E, 42° 50’N, alt. 350 m) est une petite ville, largement ouighoure, aux portes du désert de Kumtag où nous allons marcher en fin d’après-midi (belles dunes de sable brun).

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Le village de Bajia, au sud de la ville, est un vrai village ouighour avec ses portes sculptées, sa petite mosquée, ses cours intérieures où les familles tiennent salon sur un grand divan. Bienvenue en Asie centrale.

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15ème jour, 19 septembre, Shanshan Turfan, 143 km :  nous partons au sud-ouest par la petite route qui longe le désert de Kumtag. Pendant 16 km, nous traversons l’oasis d’où les dunes du désert sont bien visibles à l’ouest, juste derrière les vignes. La route est ombragée, les maisons en brique sont toujours typiques de l’Asie centrale avec leurs portes, leurs cours intérieures et leurs grands divans. Nous traversons ensuite une portion de désert et de montagne, puis on retrouve les villages et les oasis.

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Nous visitons en particulier le village de Lukeqin, très typique avec son habitat et ses mosquées. La population semble ouighoure à près de 100 %. Nous sommes accueillis avec beaucoup de sourires et de gentillesse. Tout semble bien calme, ce qui est notable car de graves violences ont eu lieu ici le 26 juin.

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Nous remontons ensuite de quelques kilomètres vers le nord dans un dédale de petites routes et de villages. L’orientation n’y est pas simple, mais les habitants nous guident aimablement. Tout semble parfaitement calme. Nous déjeunons en début d’après-midi au village de Tuyog, bien connu des touristes et des pèlerins, au pied des « montagnes de flamme » qui forment un décor spectaculaire. Malheureusement, les grottes bouddhiques dans la montagnes sont actuellement fermées.

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Nous visitons dans l’après-midi les ruines de Gaochang (ancienne capitale fortifiée du 9ème au 14ème siècle), déjà vues en août 1997, où la fréquentation touristique reste réduite. La chaleur est forte car on est à une centaine de mètres au dessous du niveau de la mer mais le site est intéressant. Quelques kilomètres au nord, nous nous arrêtons au village d’Erbao où le marché est particulièrement coloré et animé. Ici aussi, nous sommes accueillis avec le sourire.

Nous faisons étape à Turfan (89° 09’E,  42° 56’N) où il fait encore très chaud pour la même raison. La première impression est décevante, car le gros village ouighour bien agréable dont j’avais gardé le souvenir est devenu une vraie ville touristique sans caractère , bien que quelques rues piétonnes aient conservé leurs tonnelles. Les marchés y sont cependant très animés, et visiblement par une clientèle locale.

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16ème jour, 20 septembre, Turfan Urumqi, 215 km : nous commençons la journée par la visite du minaret Emin, au sud-est de la ville, exemple typique d’architecture centre asiatique (évoque les minarets de Boukhara). Malgré l’affluence touristique, le site est attrayant au milieu des vignes. Les quartiers proches sont des villages qui ont conservé un peu de l’ambiance que le centre de Turfan a largement perdue.

Visite rapide du nouveau musée de Turfan, inauguré en 2008. On y trouve notamment des poteries et des manuscrits anciens trouvés dans les ruines environnantes (Gaochang, Jiaohe) ainsi que quelques momies conservées grâce à la très grande sécheresse du climat et du sol.

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Nous quittons ensuite Turfan vers l’ouest et allons visiter les ruines de Jiaohe l’ancienne ville de Yar avec ses quartiers d’habitation et ses anciens temples bouddhistes. Assez comparables à celles de Gaochang au moins pour le profane, elles attirent les touristes en beaucoup plus grand nombre, sans doute parce qu’elles sont proches de Turfan. Mais, la chaleur aidant, les groupes se découragent vite : à l’autre extrémité du site, là où se trouve l’ancienne pagode, nous sommes à nouveau seuls.

Nous reprenons ensuite l’autoroute jusqu’à Urumqi. La route s’élève dans le défilé rocheux déjà traversé il y a seize ans et quitte la dépression de Turfan. Une fraîcheur bienvenue revient aussitôt. Nous arrivons à Urumqi (87°34’E, 43° 48’N) en fin d’après-midi. La circulation dans cette grande ville est peu agréable pour ne nouvel arrivant. Dès que nous trouvons un quartier relativement central, nous y garons la voiture et faisons à pied nos recherches hôtelières. Après les petites villes et les villages à forte prédominance ouighoure, nous retrouvons l’ambiance d’une grande ville chinoise, la seule prévue pour ce voyage.

17ème jour, 21 septembre, d’Urumqi au versant nord du Tianshan et retour, 173 km : il fait 8° C ce matin et il pleuvine. Le choc de ce pré-hiver est assez brutal après la forte chaleur de Turfgan hier. La météo étant favorable, nous prenons cependant l’autoroute Tuwuda vers le nord puis vers l’est, pour aller visiter le célèbre lac du ciel (Tianchi), sur le versant nord du Tianshan. 30 km avant d’y arriver, cependant, nous découvrons (ou redécouvrons) le tourisme de masse dans toute son horreur : des dizaines d’autocars en stationnement, des groupes de touristes à foison, un point de vente des billets vaste comme un hall de gare et interdiction de poursuivre en voiture, il faut prendre place dans des autobus ad hoc. Ce site illustre jusqu’à la caricature une organisation qui privatise les beaux sites naturels et interdit toute découverte individuelle. Nous battons en retraite.

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Nous entreprenons alors d’explorer une autre vallée, située quelques kilomètres plus à l’est. Après un faux départ vers une mine de charbon, nous trouvons une piste nord-sud que nous suivons jusqu’à son terme (une dizaine de km), au bord d’un torrent (88° 08’E, 44° 02'N, alt 940 m), où nous laissons la voiture.

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Nous remontons la vallée à pied, d’abord dans le lit du torrent (pas très pratique), puis dans les alpages situés en contrehaut. Il fait froid et venteux au début, mais le ciel se dégage peu à peu et la marche devient agréable. Aucune rencontre humaine, alors que nous sommes à quelques km de la cohue du Tianchi. Nous cheminons jusqu'à 1 250 m d'altitude  entre les vaches et les chevaux qui pâturent dans la prairie, avec le spectacle du Tianshan enneigé (le pic Bogeda culmine à 5 445 m). C’est au total une belle excursion, surtout si nous la comparons en pensée à celle à laquelle nous avons échappé. Retour à Urumqi, où il fait 7° ce soir,  en passant par la petite ville de Fukang. Celle-ci ne présente aucun intérêt apparent mais une particularité géographique : elle est située par 44 ° 09’ N ; nous ne prévoyons pas de remonter aussi au nord avant les tout derniers jours de notre voyage puisque Fukang est à peu près à la latitude d’Orange (Vaucluse).

18ème jour, 22 septembre, Urumqi : longue déambulation dans Urumqi en autobus et à pied (nous jugeons plus sage de laisser la voiture au parking) par un temps très beau mais frais, avec deux visites :

  • le musée provincial du Xinjiang, déjà visité en 1997 : la salle historique est actuellement fermée (y aurait-il des désaccords sur certains aspects de l’histoire de la région ?) mais deux autres  salles intéressantes : la salle ethnographique, qui présente les groupes ethniques de la région avec leurs costumes, leur cadre de vie et divers ustensiles : Ouighours et Han bien sûr mais aussi Hui , Mongols, Kalkhas (groupe ethnique de l’ouest mongol), Kazakhs, Tadjiks, Tartars (venus de la  région de la Volga), Daur (groupe venu de l’est mongol et du Heilongjiang) et même … Russes dont quelque 11 000 résideraient encore au Xinjiang ; l’autre salle  contient les momies dont l’une vient de Gaochang visité il y a trois jours et les autres du Lop Nor, qui présentent pour la plupart des traits européens attestant d’un ancien  peuplement venu d’Asie centrale ;

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le grand bazar d'Urumqi   

  • le grand bazar, bâtiment moderne qui ne peut rivaliser au plan architectural avec les bazars orientaux, mais richement fourni en épices, tissus, couteaux de Yengisar et autres denrées qui lui donnent une vraie couleur centre-asiatique.

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19ème jour, 23 septembre, Urumqi Baluntai, 201 km : il nous faut une bonne heure pour nous extraire d’Urumqi et de ses embouteillages. Circulation assez stressante, nous sommes presque témoins d’un accident grave, sans doute mortel. C’est avec soulagement que nous quittons la ville par la nationale 216 et traversons le petit segment de  plaine qui la sépare du Tianshan. La route se détériore dès le premier passage de gorges (assez spectaculaires). Nous remontons ensuite une vallée malheureusement industrielle et polluée (75 km d’Urumqi), sans doute un héritage de la politique dite de « troisième zone »  (installation des industries dans des vallées reculées). A 85 km d’Urumqi, nous passons devant un institut de glaciologie de l’Académie des sciences. Peu après, la route cesse d’être goudronnée et s’élève dans des alpages (jaunes plutôt que verts et sans fleurs, peut-être à cause de l’aridité).

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La montée en lacets vers le col (brèche visible sur la droite)

Nous nous élevons peu à peu. La route est lente car en mauvais état et les camions sont assez nombreux. Le paysage devient spectaculaire avec les montagnes et les glaciers. Ces derniers sont très beaux, tout lisses et sans séracs visibles. A l’approche du col, que l’on gagne par une côte en lacets, le paysage devient magnifique. Nous passons ce col à 14 h, l’altitude affichée est de 4 280 m (altitude réelle sans doute plutôt 3 830 m d'après mesure d'altimètre et recoupements).

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La descente est très belle aussi quoique moins raide, mais elle est lente, car la route est empierrée jusqu’à la fin. Les camions soulèvent des nuages de poussière. Nous déjeunons au km 808, à 3 450 m d’altitude. Au carrefour de la route provinciale 301, nous avons la surprise de voir passer le train : à plus de 2 250 m passe une ligne à voie unique mais fréquentée.

Quelques kilomètres plus tard, première crevaison du voyage. Le trou est important et le pneu est assez abîmé. Il en résulte de nouveaux retards, mais l’incident est sans gravité. Au petit garage où nous faisons réparer ce pneu, un autre voyageur vient de faire deux tonneaux. Son gros 4x4 est en piteux état, mais lui-même et ses passagers sont indemnes « grâce à Allah » et prennent l’incident avec philosophie.

Quand notre voiture est à nouveau en état, il est 19 h 30 et nous décidons de passer la nuit sur place, au petit hôtel de la bourgade de Baluntai (86° 18’E, 42° 45’N, alt. 1600 m), avec un dîner au milieu des camionneurs. Belle journée, au total, avec de magnifiques paysages de montagne que les touristes du lac Tianchi seraient bien inspirés de venir voir.

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20ème jour, 24 septembre, Baluntai Korla, 145 km : étape courte et très facile. A partir de Baluntai, la route est excellente, bitumée à neuf. Elle n’en est pas moins lente à cause des troupeaux de moutons en transhumance (nous en dépassons neuf) et de plusieurs zones limitées à 40 km/h sans raison apparente.

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La récolte des piments

Les 39 premiers km se font dans la même vallée qu’hier, assez belle. Puis, sans transition, la montagne prend fin, c’en  est fini du Tianshan. La plaine qui suit présente une alternance de désert gris et de zone irriguées où les cultures sont intensives :maïs, coton, piments.

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 Au lieu dit Qianjianfang, nous passons devant un site de ruines anciennes, clos et non  accessible. Il s’agit très probablement (merci au lecteur de ce journal qui nous l’a signalé !)  du site archéologique de Qigexing (en ouighour Xorqu), ancien site bouddhique du premier millénaire, fouillé par plusieurs archéologues européens au début du siècle dernier.

L’étape se termine un petit tronçon d’autoroute (19 km), sans doute le dernier que nous verrons en Chine, qui traverse une ligne de collines (« col de la porte de fer »). Puis nous redescendons sur Korla (86° 09’E, 41° 44’N), avec ses immeubles au milieu du désert. La visibilité est limitée à quelques km à cause du vent de sable, ce n’est pas très avenant.

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Longue promenade à pied dans Korla. Nous longeons le bord de la rivière (largement artificielle) avec ses grands immeubles. C’est la « zone pittoresque » du front de rivière, cela se veut le nouveau quartier chic, avec une population largement han, mais peu de jeunes à cette heure de la journée : beaucoup de personnes âgées qui profitent de l’ombre au bord de la rivière. Plus au sud, nous tombons dans des HLM lépreux des années 50, hideux de délabrement comme les pires HLM de Pékin. Ici, la population est plus pauvre, très majoritairement ouighoure et fréquente en nombre les nombreuses petites mosquées du quartier. Ce quartier est beaucoup plus vivant que le précédent mais donne l’impression que les communautés se mélangent peu. Quant aux Mongols, nous n’en trouvons pas trace bien que la région soit en principe mongole.

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21ème jour, 25 septembre, Korla Charklik, 435 km : nous sommes loin de Pékin, 30° de longitude. Cela se sent : en cette fin de septembre, équinoxe d’automne, le jour se lève ce matin à 7 h 45 et la nuit est tombée hier à 20 h 20, deux heures plus tard que dans la capitale. Officiellement, toute la Chine vit à l’heure de Pékin (TU + 8). Mais ce « centralisme horaire », unique au monde pour un pays de cette taille, suscite des rébellions discrètes. Au Xinjiang, les horaires sont souvent mentionnés « telle heure, heure de Pékin », manière de laisser entendre que ce n’est pas l’heure locale.  La plupart des institutions n’ouvrent le matin qu’à 10 heures ou 10 heures 30. On voit des convives déjeuner au restaurant jusqu’à 14 heures, chose guère pensable en Chine de l’est. Le Xinjiang applique dans les faits un décalage horaire de deux heures par rapport à la capitale. Ce décalage sera moins sensible pour nous dans les jours qui viennent puisque nous allons maintenant faire route vers le sud-est. Nous ne retrouverons cette longitude (86° E) qu’au moment de quitter la Chine.

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Le coton à traiter

Nous quittons Korla par beau temps, mais le vent de sable nous vaut un ciel voilé et un soleil blafard qui durera toute la journée. La route G218 vers Charklik est de très bonne qualité, mais elle est assez lente, surtout au début. Elle est en effet chargée et encombrée de quantité de tracteurs qui portent les balles de coton  fraîchement récoltées vers les centres de traitement où de véritables collines de coton dominent la route. A 102 km de Korla, nous longeons le réservoir de Qiala, vaste plan d’eau à l’est de la route. Pendant toute la matinée (180 km), le paysage est pour l’essentiel composé de champs de coton, où la récolte bat son plein. On traverse deux petites agglomérations, qui seront les seules jusqu’à l’arrivée.

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Après le déjeuner, pour lequel nous avons eu quelque difficulté à trouver l’ombre d’un arbre, le paysage devient désertique, mais pas monotone pour autant. Il devient possible de rouler un peu plus vite. Au km 220, nous découvrons une ancienne ville fortifiée (Laocheng, 87° 47’E, 40° 34’N) dont les murailles sont en bon état de conservation, mais dont l’intérieur n’a pas encore été fouillé. Il s’agit (merci à nouveau au lecteur qui nous l’a signalé) de Puchang, une colonie Qing créée en 1893 et abandonnée un quart de siècle plus tard, notamment du fait de la salinisation des sols.

Nous ne traversons plus aucune agglomération : les quelques villages signalés, Yengisu puis A’ergan, sont abandonnés.  L’essentiel de la zone traversée comporte un peu de végétation, des zones plantées d’arbres à certains endroits. Celle-ci décroît cependant au fur et à mesure que l’on avance vers le sud. On est ici à la jonction des déserts du Lop Nor, à l’est, et du Taklamakan à l’ouest, dont les premières dunes sont bien visibles.

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Vers le Taklamakan

A 380 km de Korla, nous avons la surprise de traverser une zone de marécages avec de nombreux oiseaux. Lui succède brutalement, peu avant l’arrivée, une nouvelle zone désertique absolument plate et dépourvue  de toute végétation : c’est un vide impressionnant.

Nous arrivons à Charklik (en chinois Ruoqiang, 88° 09’E, 39° 00’N, alt 850 m) à 20 heures, après 432 km parcourus en 10 h 45. La ville semble petite mais nous trouvons sans difficulté à nous loger. Pour la première fois, le personnel de l’hôtel, très accueillant, parle ouighour et non chinois.

22ème jour,  26 septembre, Charklik Huatugou, 363 km : nous partons vers l’est par la nationale 315. Refaite à neuf, cette route est désormais excellente jusqu’à la fin de la traversée du Xinjiang. La météo est bonne mais la visibilité est très réduite tant le vent de sable obscurcit l’atmosphère. Dès la fin de l’oasis, on  retrouve le désert complet, uniformément plat et gris. C’est un spectacle impressionnant, un peu l’impression de naviguer sur mer dans la brume. On coupe plusieurs rivières descendant de la montagne, à sec à cette période de l’année.

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Au km 150 (de Charklik), des collines jaunes (les « montagnes d’or ») apparaissent au nord et les premiers sommets deviennent discernables au sud malgré l’air ensablé. La route commence à s’élever dans les montagnes d’or, dans une belle vallée à sec. Plus on s’élève, plus l’air devient pur, un peu d’eau apparaît dans le lit de la rivière, la route devient très belle. Au km 224 on franchit un col à 3300 m et l’on  redescend dans une cuvette à 3 200 m environ. Nous y déjeunons en plein vent vers 13 h 30, il fait froid à cette altitude. Belles vues sur les sommets enneigés et sur un marais en contrebas. Cette zone est entièrement déserte.

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Au km 282, nous quittons le Xinjiang et pénétrons au Qinghai dans un grand embouteillage de poids lourds causé par les contrôles de police. Des mines (d’amiante à ce qu’il paraît) apportent une pollution importante. Les conditions de route changent complètement : la route est en réfection, on progresse pendant quelque 36 km sur une piste défoncée au milieu de centaines de camions dégageant des volutes de poussière. La belle route et les beaux paysages du matin ne sont plus qu’un souvenir. Notre pneu arrière gauche, déjà crevé avant hier, n’y résiste pas : deuxième crevaison à 2 800 m. Il faut à nouveau changer la route et faire réparer, mais le pneu est maintenant très endommagé, nous devrons poursuivre avec la roue de secours.

Nous faisons réparer et passons la nuit à Huatugou (90°52’E, 38° 15’N, alt. 2 850 m), petite ville pétrolière sur le plateau, où l’on construit activement : un aéroport est en construction et la prison est flambant neuve.

23ème jour,  27 septembre, Huatugou Golmud, 455 km :  Il fait toujours très beau temps. Nous quittons Huatugou vers l’est par la nationale 315 qui, sans être défoncée, est assez médiocre. Notre intention initiale était de faire étape en cours de route, mais ceci ne sera pas possible, car aucun hébergement n’existe avant Golmud, la région traversée est entièrement déserte.

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Dans l’ensemble, la route traverse le plateau avec de très longues lignes droites. On franchit cependant, deux seuils à 2 950 m (km 50) et 3 200 m (km 72). Au km 93, nous bifurquons à droite sur la route provinciale 303 qui, contrairement à la nationale, est d’excellente qualité. Le paysage est dans l’ensemble minéral,  un immense plateau dominé par des montagnes, avec quelques zones comportant un peu de végétation rase, assez pour quelques moutons et chameaux (km 104). C’est, au total, une belle route. Une station service au km 192 mais pas de village digne de ce nom avant les 45 derniers km.

50 km avant Golmud, nous nous arrêtons à la réserve naturelle de Huyanglin : beaux arbres (les premiers de la journée) aux couleurs d’automne sur fond de dunes.

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Nous arrivons à Golmud (94° 53’E,  36° 24’N, alt. 2 800 m) peu avant 20 heures. La nuit tombe déjà, 30 minutes plus tôt que les jours précédents.

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Ceci achève la première partie de cette traversée de la Chine. Nous avons parcouru 7 150 km depuis Pékin, alors que la route directe Pékin-Golmud mesure 2 700 km. Tout s’est donc très bien passé et, pour tout dire, très facilement, avec de bonnes routes presque partout (bien meilleures que dans les montagnes du Sichuan l’an dernier, notamment).  Cela montre s’il en était besoin que la Chine dispose désormais d’excellentes infrastructures, même dans ces régions lointaines. La traversée des déserts sur ces bonnes routes n’a pas posé de problème particulier même s’il aurait sans doute été préférable de disposer de deux ou plusieurs voitures dans les portions les moins fréquentées, car on est à la merci d’ennuis mécaniques dans ces solitudes. A aucun moment nous n’avons rencontré de difficulté avec la police. L’accueil a été partout très chaleureux, tout particulièrement dans les oasis du Xinjiang (voir l’article déserts de Chine de l’ouest. ).

Nous sommes arrivés à  Golmud plus tôt que prévu grâce à ces bonnes routes, alors que nous avions prévu des jours supplémentaires en cas de routes coupées ou d’incidents mécaniques. De plus, l’éloignement des villes nous a plusieurs fois contraints à faire des étapes plus longues que nous l’aurions souhaité.

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24ème au 28ème jour, 28 septembre au 2 octobre, Golmud : Golmud (Ge’ermu en chinois) est une ville atypique. Avec quelque 150 000 habitants pour la ville proprement dite, c’est un village à l’échelle de la Chine mais la seule ville digne de ce nom dans tout l’ouest du Qinghai et la troisième ville en importance du plateau tibétain après Xining (qui est à la limite de ce plateau) et Lhassa. Le territoire de la municipalité est immense : 123 460 km² (France métropolitaine : 550 000). Bien que les Han (Chinois de souche) y soient très majoritaires – peut-être 90 % - la diversité ethnique y est visible : comme sur tout le plateau tibétain, les Hui (Chinois musulmans) sont nombreux et visibles (mosquées, restaurants, marchés) et l’on rencontre aussi des Mongols (« Golmud » est un nom mongol) et des Tibétains : les bâtiments officiels portent des pancartes trilingues, chinois et tibétain.

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La ville est récente et dépourvue de monuments historiques ou culturels. Elle est aérée avec un plan en damier et de larges avenues plantées d’arbres (bienvenus car le désert est tout proche). Les marchés, notamment celui de Zhongshanlu que nous visitons en détail, sont remarquablement approvisionnés en fruits et légumes. Golmud étant situé en plein désert, le ravitaillement vient sans doute en bonne partie des oasis du Gansu, à 500 km au moins. Quant au grand marché central, il attire visiblement des clients de toutes les zones rurales alentour. Le spectacle des paysans tibétains faisant leurs courses dans les centres commerciaux est assez haut en couleurs. L’air est un peu moins  pur qu’on pourrait le penser, car la ville compte des industries polluantes à sa périphérie.

La promenade n’est pas désagréable à cette période de l’année et par beau temps (c’est sans doute très différent l’hiver, nous en avons eu l’illustration un jour de temps gris et venteux), même si l’intérêt touristique est limité. La ville sert surtout de point de départ pour des excursions lointaines sur le plateau et, bien sûr, de point de départ vers le Tibet : le chemin de fer a été prolongé de Golmud à Lhassa en 2006 et constitue désormais l’une des voies principales d’accès à cette dernière ville (la prolongation vers Xigaze, au Tibet, est en cours).

Nous avons mis à profit ces cinq jours pour nous reposer après 23 jours de voyage très intenses, nous acclimater à l’altitude et procéder à divers préparatifs. Notre chambre d’hôtel s’est muée en aire de stockage, base logistique et bureau. Nous avons connu trois séances hautes en couleur à la Banque de Chine (bien que très désireux de nous venir en aide, le personnel a exigé l’ouverture d’un compte bancaire local, celui de Pékin ne suffisant pas …).

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Nous avons essayé d’explorer les environs, non sans difficultés. Bien que la ville soit entourées de belles montagnes enneigées au sud et à l’ouest, celles-ci sont peu accessibles, car  les routes d’accès y font défaut dans le désert. Les rares pistes sont destinées à ravitailler des carrières et le visiteur n’y est pas le bienvenu. Bien que la terre appartienne au peuple, les sites et les paysages sont, ici comme ailleurs, largement privatisés et il est difficile d’en  profiter hors des sites de tourisme organisé. Lorsque nous avons enfin trouvé une piste vers la base des montagnes, en plein désert, à 40 km à l’est de la ville, c’est pour découvrir qu’elle donnait accès à … un cimetière, raison sans doute de sa non-appropriation privative. Bel endroit sauvage au demeurant. A 33 km au nord de la ville, nous avons trouvé une rivière et un étang salé au milieu du désert, avec des canards sans doute heureux de ce rare point d’eau.

Le 2 octobre au soir, nous décidons d’avancer notre départ au lendemain, car la neige a commencé à tomber sur les montagnes : chaque jour qui passe accroît le risque que les routes soient bloquées.

29ème jour, 3 octobre, Golmud Tuotuohe, 415 km : nous quittons Golmud vers 8 h 10 par la route nationale 109 vers le sud.

Cette route nous est familière : c’est la route de Pékin à Lhassa, que nous avons maintes fois empruntée au départ du troisième périphérique de Pékin lors de nos promenades dominicales dans les montagnes à l’ouest de Pékin. Bien qu’elle soit maintenant concurrencée par l’autoroute « Pékin Tibet » (ainsi nommée par anticipation car celle-ci ne dépasse pas encore le Qinghai), nous l’avons retrouvée plusieurs fois lors de nos voyages : entre Ordos et Wuda le 10 septembre dernier, à Lanzhou, à Xining et sur la rive du lac Qinghai en remontant le Fleuve jaune (juin-août 2012) . C’est donc une vieille connaissance.

Avant de partir, nous nous séparons avec un peu de nostalgie, et remettons au conducteur arrivé cette nuit qui va la  reconduire à Pékin, de notre voiture, ce 4x4 Nissan qui nous a rendu tant de bons et loyaux services : le trajet depuis Pékin (un peu plus de 7 000 km), tous nos voyages précédents et des centaines d’excursions autour de Pékin depuis quatre ans.

Sans cette voiture, nos conditions de voyage sont désormais très différentes, et ce pour plusieurs semaines. Pour obtenir le précieux permis qui va nous permettre de poursuivre notre voyage, nous avons dû accepter tout ce que nous évitons d’ordinaire : notre programme des dix jours à venir est organisé par une agence, l’itinéraire est fixé ne varietur, les hôtels sont réservés, nous prenons place dans un véhicule de location (un robuste Toyota Land Cruiser) avec un conducteur et un guide tibétains arrivés hier de Lhassa. Notre tranquillité et notre liberté vont inévitablement en souffrir, mais c’était à prendre ou à laisser.

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La route est médiocre dans l’ensemble. Quelques portions refaites à neuf, quelques autres en réfection où l’on roule à 15 km /h. Le reste du trajet se fait sur une route passablement bosselée où l’on chemine au milieu de nombreux camions. Notre guide et notre conducteur écoutent de la musique tibétaine et indienne, ce qui nous met dans l’ambiance pour la suite de notre voyage.

A 34 km de Golmud, poste de police (alt. 3 000 m) où nos permis sont vérifiés. Il est donc possible que des étrangers non  titulaires de ces permis puissent aller plus loin, bien que nous soyons encore au Qinghai pour plus de 500 km.

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Après 90 km de progression vers le sud, la route et la voie ferrée Qinghai Tibet qui la longe butent sur la chaîne des Kunlun. Elles s’enfilent alors dans une vallée vers l’ouest et une  montée progressive commence. A 120 km de Golmud, nous sommes à 4 000 m. Nous sommes tout près des monts Kunlun, avec une belle vue sur le premier glacier. Ce sera le point de vue le plus spectaculaire de la journée. Ensuite, nous allons en effet cheminer sur un immense plateau à une altitude moyenne de 4 500 m. Deux petits cols seront cependant franchis dans la journée : Kunlunshan au km 160 à 4 650 m et et Fenghuoshan au km 338 à 4 850 m (altitudes relevées à l’altimètre, les panneaux indiquent respectivement 4 768 et 5 010 m). Vu en chemin quelques dizaines  d’antilopes et quelques yaks. Quelques chaînes de montagnes sont visibles au nord et au sud, mais à bonne distance. Le paysage est donc impressionnant par ses grandes étendues, mais pas vraiment spectaculaire une fois franchis les monts Kunlun. Déjeuner au km 269, dans un relais de camionneurs.

Nous arrivons vers 17 h à Tuotuohe (92° 26’E, 34° 12’N, 3 154 km de Pékin, 415 km de Golmud, alt. 4 450 m), lieu dit où la route coupe la rivière éponyme. Une garnison, qui décline de nous loger, quelques auberges modestes, dont la meilleure nous donne un gîte heureusement chauffé, quelques gargottes et petites épiceries, et c’est à peu près tout.

Très mauvaise soirée, l’altitude faisant sentir ses effets.

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Ce journal est coupé pour une raison technique : la suite figure à la page  Journal Pékin Paris (2013-2014) : 1bis - en Chine (suite)

Les photos du début du voyage sont en ligne sur l'album : Pekin-Paris---1---Chine Pekin-Paris---1---Chine d'où sont extraites les illustrations du présent journal.

Voyez aussi notre album thématique  Visages de Chine du nord Visages de Chine du nord que nous continuons à mettre à jour : les photos "PPRI" sont celles du présent voyage.