Journal le long du Fleuve jaune (juin-août 2012)

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Le monastère tibétain de Mergen Sume (Mongolie intérieure)

 

Première partie : Pékin - Xining

 

Premier jour (6 juin) : Pékin – Xilamuren 597 km. Le trajet de Pékin à Hohot (490 km) par l’autoroute G6 « Pékin Tibet » ne pose aucune difficulté mais les camions et par endroits une forte pluie ralentissent la route, qui prend 6 heures et demie, via  Zhangjiakou (Hebei), visité  il y a tout juste un an, Xingge et Jining (Mongolie intérieure). En quelques points du trajet, des centaines de camions sont bloqués ; il semble que ces bouchons spectaculaires soient causés par des contrôles de police. A Jining, l’autoroute coupe la nationale G208, empruntée vers le nord en février 1998 et la voie ferrée du Transmongolien, empruntée vers le sud en juillet 2011. Une autoroute récente  nord-sud permettrait de rejoindre soit Taiyuan, au Shanxi , soit Erenhot, sur la frontière de Mongolie.

 

Hohot, capitale de la région autonome de Mongolie intérieure, est une ville moderne avec de larges avenues. Sans cachet malgré de nombreux immeubles en faux style mongol ou musulman. Le musée régional est assez intéressant par ce qu’il montre de l’histoire et de la culture des Mongols (et de quelques ethnies très minoritaires : Daur, Ewenki, Orochen). Ce musée à caractère ethnographique ne peut cependant rivaliser avec ceux de provinces plus centrales. Les messages idéologiques sur la cohésion entre les ethnies et le rôle du Parti au service des aspirations des Mongols sont, comme il se doit, appuyés.

 

Visite rapide de la ville : la Pagode blanche (Baita, d’époque Liao, à l’est de la ville, près de l’aéroport), la mosquée et les temples du centre ville. Le plus intéressant est celui des cinq pagodes (Wutasi) mais ces temples sont malheureusement trop restaurés.

 

Je quitte Hohot vers le nord-ouest par la route provinciale 104. D’abord une montée en lacets d’une vingtaine de km, puis l’on arrive sur le plateau mongol proprement dit, vers 1500 m d’altitude. Très peu d’arbres. La steppe est irriguée et cultivée au début, puis en pâturages d’herbe rase, plus conforme à l’idée que l’on s’en fait. Région très peu peuplée, route peu fréquentée, le dépaysement devient réel. Je parviens vers 18 h 30 à Xilamuren, site de steppe aménagé pour le tourisme avec de pseudo-yourtes un peu partout. C’est très commercial mais il est facile de s’éloigner un peu sur les pistes pour trouver la tranquillité. Un petit campement, à  quelques km au sud, m’héberge pour la nuit. Les yourtes n’ont rien d’authentique mais les odeurs agricoles pourvoient à la couleur locale et il y a peu de monde. La nuit tombe à 20 h 30, une demi-heure plus tard qu’à Pékin. C’est au milieu de nulle part et, à 1600 m, il y fait très frais la nuit.

 

Deuxième jour (7 juin) Xilamuren – Lihe, 443 km : je quitte la prairie par un beau soleil qui la rend attrayante et me dirige vers le sud-ouest, par une succession de petites routes en mauvais état, parfois très défoncées. Les pâturages cèdent le plus souvent la place à des champs cultivés, sauf là où la route franchit des collines. La brique et le pisé alternent dans les villages. 140 km plus tard, dans un paysage de collines assez hautes plantées de quelques pins et cyprès, j’arrive au temple tibétain de Wudang (Wudangzhao, alt. 1450 m ; entrée 60 RMB). C’est une belle lamaserie du 18ème, devenue très touristique mais encore occupée par quelques dizaines de moines. Les statues sont modernes (la révolution culturelle a fait son œuvre) mais les fresques et les tankas sont intéressants. Visite intéressante donc, même si le petit musée attenant est fermé.

 

Je quitte les collines et traverse rapidement Baotou en début d’après-midi (j’y étais passé il y a deux ans en arrivant d’ Ordos ). Avec ses usines et ses HLM, c’est une ville sans attrait malgré de larges avenues et une circulation assez facile.

 

40 km plus à l’ouest, en contrehaut du km 712 de la route G110, je trouve le temple tibétain de Mergen Sume (en chinois Meiligenmiao ou Meiligenzhao), recommandé par des collègues. Bien qu’adjacent à une zone récréative éponyme, il n’est pas ouvert au public et se trouve dans une enceinte militaire. Par chance, le factionnaire me laisse passer et je parviens à me faire ouvrir le temple par le gardien et deux étudiants en religion qui vivent sur place. La salle de prière est beaucoup plus simple qu’à Wudang mais le bâtiment suivant contient un bouddha assis monumental (15 m ?) en pas très bon état (visage craquelé). Le temple, de style tibétain, est flanqué de plusieurs pavillons chinois. Les lieux sont déserts et dégagent une impression de solitude et d’abandon bien agréable en comparaison de la presse touristique habituelle. Accueil très gentil par les deux étudiants mongols et une vieille femme qui habitent là. C’est une visite à ne pas manquer dans un temple ignoré des touristes mais connu des spécialistes du bouddhisme mongol.

 

Je poursuis la route vers l’ouest sur 200 km, dans la vallée du Fleuve jaune, au pied des montagnes, sur la route G 110 puis sur l’autoroute. J’arrive vers 18 h à Lihe, petite ville sans intérêt particulier mais commode comme étape.

 

Troisième jour (8 juin) Lihe Bayan Khot 453 km : je continue à remonter la vallée du Fleuve jaune vers le sud.  Route facile au début mais beaucoup de temps (plus de deux heures) perdu à errer dans les petites villes traversées, avec des plans faux et des routes coupées par les travaux. A l’approche de Wuhai, le paysage devient plus aride et sablonneux, laissant pressentir la proximité des déserts. On y cultive néanmoins la vigne (vin assez connu localement, le château Hansen). A Wuda, ville industrielle très polluée, je quitte la vallée et monte au sud-ouest par la route provinciale 314 (autoroute puis route à quatre voix). La route monte en lacets dans un désert de rocaille, jusqu’au plateau semi-désertique. C’est une très belle route, avec des paysages spectaculaires, qui justifie à elle seule cet itinéraire. Après avoir culminé à 1900 m, la route redescend jusqu’à Bayan Khot (aussi connue sous le nom de « bannière gauche d’Alashan »), ville pionnière à la limite du désert (1550 m). Le principal point d’intérêt de cette petite ville est le temple tibétain de Jianfu, assez bien conservé et pas trop restauré. Dans un bâtiment latéral, une photo du 14ème Dalai Lama, pas particulièrement dissimulée  parmi bien d’autres du 10ème Panchen Lama, de rigueur dans tous ces monastères.

 

Deux excursions dans l’après-midi au sud de Bayan Khot : le temple de Guangzong, aussi connu comme le temple du sud, à flanc de montagne. La route d’accès est belle à travers les collines semi-désertiques et le site est beau à flanc de montagne, là où les arbres retrouvent leurs droits. Hélas, le temple est une déception complète : détruit pendant la révolution culturelle, il a été entièrement reconstruit, sans intérêt si ce n’est le reliquaire du 6ème Dalai Lama  (droit d’entrée totalement injustifié  : 80 RMB).

 

Je tente ensuite de gagner la lac de la lune brillante, dans le désert de Tengger. C’est à 43 km de la route provinciale 218, par une route goudronnée très étroite, que personne ne semble utiliser. Tout va bien au début, mais je dois m’arrêter après 15 km au milieu des dunes : le sable poussé par le vent a complètement recouvert la route par endroits et la rend infranchissable, même pour un 4x4. J’essaie quelques pistes sans plus de succès. C’est une déception, mais la promenade de désert avec une belle lumière de fin d’après-midi justifie largement le déplacement. Je rentre à Bayan Khot pour la nuit.

 

Quatrième jour (9 juin) Bayan Khot – Yinchuan, 284 km : la matinée est consacrée à deux nouvelles explorations autour de Bayan Khot.

 

Je trouve non sans mal la petite route qui quitte la ville vers l’est et rejoint Yinchuan à travers la montagne (sommets à plus de 3000 m). Mais la tentative tourne vite court. Avant même d’arriver au pied de la montagne, une barrière de police refuse de me laisser passer. «Ca ne passe pas et ce n’est pas intéressant » m’est-il affirmé.

 

Je reprends la route 218 comme hier et découvre, 10 km plus au sud qu’hier, une autre route qui part au SO dans le désert vers le lac de la lune brillante. C’est une route à deux voies en parfait état empruntée par les voitures et les cars de touristes, très différente de celle d’hier. Il faut prendre garde à ne pas rouler trop vite cependant, car le vent a soufflé du sable sur la chaussée par endroits et le piège peut être mortel pour une voiture lancée trop vite. Après une première zone cultivée, le désert commence avec quelques lacs salés exploités. Puis c’est le vrai désert avec des dunes où quelques chameaux étiques broutent la maigre végétation. Les dunes sont très belles avec leur sable ocre. On atteint l’entrée du parc après 38 km. Le lac est encore distant de 15 km mais, je ne vais pas plus loin : tout est conçu pour le tourisme de groupe, le voyageur seul n’est pas le bienvenu. La route d’accès à elle seule vaut largement le déplacement, cependant.

 

La route 218 continue encore un peu vers le sud, puis franchit un col (alt 1650 m) qui donne accès à la vallée du Fleuve jaune. La Mongolie intérieure d’arrête là et la région autonome du Ningxia commence.

 

Visite en milieu de journée du principal tombeau des rois Xia de l’ouest et du petit musée attenant. Assez intéressant, même si le temps et l’érosion ont pas mal modifié l’aspect de la nécropole. Je parcours ensuite la petite route qui longe le pied des montagnes Helan. Plusieurs sites touristiques dans un cadre de montagne cuite par le soleil, dont la double pagode de Baisikou. En approchant de Yinchuan, enfin, je longe de grands studios de cinéma avec leurs décors (une fausse ville médiévale) où ont été tournés de nombreux films connus.

 

Yinchuan est une capitale provinciale moderne et aérée, avec de larges avenues plantées d’arbres, qui tranchent avec l’aridité toute proche. Bien que les Hui (Chinois musulmans) ne représentent que le cinquième de la population de cette région autonome qui est censée être la leur, les autorités centrales ont décidé de faire de Yinchuan un lieu privilégié de la coopération avec le monde arabe : de nombreuses délégations du Moyen Orient y viennent en visite ou pour des conférences. Le caractère oriental de la ville est pourtant peu marqué, mais les noms des rues du centre, près de l’immense mairie et du gigantesque palais des congrès, sont écrits en chinois, anglais et arabe, ce qui est sans doute unique en Chine. J’élis domicile dans la vieille ville, qui ne mérite ce nom que par des rues plus étroites et une circulation plus dense qu’ailleurs.

 

Cinquième jour (10 juin) Yinchuan – Pingchuan (Gansu), 413 km : fin ce matin de la visite rapide de Yinchuan avec deux pagodes d’apparence assez semblable, dont celle de Haibao, la plus connue de la ville. Vu au passage une petite mosquée de style moyen-oriental, mais pas de trace (ai-je mal cherché ?) de la grande mosquée que l’on attendrait dans la capitale des Hui.

 

Je reprends l’autoroute G 6 vers le sud, avec une succession de zones bien irriguées (rizières) et d’autres beaucoup plus arides, puis l’autoroute G 2012. Cette dernière se dirige vers le corridor de Hexi, voie de passage traditionnel vers l’ouest de la Chine et l’Asie centrale. Un panneau le résume : « Urumqi, 2072 km ». L’an prochain, peut-être.

 

Je quitte l’autoroute à Xuanhe (sortie 215) et me dirige vers le sud par de petites routes bien signalées jusqu’au site de Sikou. C’est un ensemble de deux canyons assez spectaculaires (admission 80 RMB). On y marche et on y grimpe facilement, les falaises étant entièrement aménagées. Bien que très sec, l’endroit n’est pas étouffant grâce à l’altitude (1500 – 1650 m). Il y a très peu de monde même dimanche, sans doute à cause de l’éloignement (200 km de Yinchuan). Promenade agréable, qui prend plus de deux heures sans traîner.

 

Visite de Zhongwei en début d’après-midi, assez décevante. Ambiance pas désagréable (les gens vivent dehors avec la chaleur et on entend le bruit du mah-jong près de la gare), mais l’intérêt est limité au delà du temple le plus connu de la villes, le Gao Miao avec son architecture baroque et son ancien abri souterrain représentant les supplices de l’enfer bouddhique (âmes sensibles et visiteurs de grande taille s’abstenir).

 

Je reprends la route provinciale 202, qui traverse nord-sud un plateau quasiment désert avec de belles vues sur les lointains. Le point culminant est un col à 1980 m. Un petit mystère se présente à partir du km 50, avec ce qui semble être des champs de cailloux méticuleusement labourés et entretenus dans un milieu où rien ne semble pousser. En redescendant du plateau, je constate qu’il s’agit bien d’une culture, mais d’un végétal que je ne parviens pas à identifier.

 

La route redescend dans la plaine vers Xingren et coupe l’autoroute G 6 quittée ce matin. Le Ningxia s’arrête là, le Gansu commence. J’emprunte  l’autoroute sur une cinquantaine de km à travers les collines, jusqu’à Pingchuan, première (petite) ville du Gansu, où je passe la nuit.

 

Sixième jour (11 juin) Pingchuan - Litan, 415 km : l’autoroute me conduit sans encombre à Lanzhou (125 km). Cette saignée à travers les collines de lœss fait gagner un temps considérable. Mais ce temps est bientôt perdu dans Lanzhou, où la circulation ne s’est pas arrangée depuis ma visite de mai 1997.  Coincée entre le Fleuve jaune et les collines, la ville étouffe littéralement avec de nouvelles tours partout. Cela reste la ville peu avenante dont j’avais gardé le souvenir. Je visite le temple taoïste du nuage blanc (surtout intéressant pour ses diseurs de bonne aventure) et la grande mosquée, moderne et laide. Une longue errance me permet de trouver le musée provincial, pour découvrir qu’il est fermé le (lundi ?) matin.

 

Je quitte donc la ville vers le sud par l’autoroute G 75, qui fait à nouveau gagner beaucoup de temps. Cela me permet de déjeuner à Lintao, 80 km plus au sud. Ensuite, changement complet : j’emprunte la route provinciale 311, étroite et en mauvais état. C’est une route sinueuse à travers les villages, comme celles de mes voyages d’antan dont je retrouve la lenteur. C’est une autre Chine que celle des autoroutes.

 

Le paysage se modifie complètement après Kangle : très arrosé et verdoyant, avec des cultures en terrasses jusqu’au sommet des collines. C’est déjà une vision de Chine du sud, en fort contraste avec les déserts ou même les collines de lœss traversées jusqu’ici.

 

On est en pays musulman : de nombreuses mosquées de style hui (chinois) ou moyen-oriental, de nombreuses femmes couvrent leurs cheveux, tandis que d’autres portent une sorte de fez rose (à Kangle en particulier). Belles gorges de la rivière Yemu, très encaissées, juste avant d’arriver à Yebianguan, qui a les apparences d’une petite ville touristique malgré la difficulté d’y accéder.

 

La route, toujours défoncée, s’élève peu à peu et la densité de peuplement décroît. Aux cultures succèdent la forêt puis, à partir de 2600 m,  les premiers alpages. J’y découvre des pasteurs tibétains (les premiers du voyage) qui élèvent des moutons et des vaches à longs poils, sans doute des croisements de yaks et de vaches (« dzo » en népali). A partir de maintenant, le peuplement est mixte : tibétain sur les hauteurs, hui dans les villages de fond de vallée.

 

Après un col à 2820 m, la route 311 redescend dans une vallée. A Xincheng, je prends la route provinciale 306 vers l’ouest, plus étroite et tout aussi défoncée (vitesse limitée à 20 km/h). Je prends aussi un auto-stoppeur avec son gros sac de champignons. Il est, je crois, tout heureux de l’aubaine, car les transports sont rares, même si nos conversations resteront limitées (mais sa surprise est grande quand je lui demande d’attacher sa ceinture).

 

Arrêt vers 18 h 30 au monastère de Chage (alt 2740 m). Vieux de quatre siècles, il est en cours de restauration et ses toits dorés étincelleraient au soleil si ce n’était la fin de la journée. Il n’est pas ouvert au public mais le Père abbé me fait aimablement visiter la salle de prière. Quelques dizaines de lamas, dont des jeunes, semblent résider à Chage. Aucune présence policière à proximité du monastère ni ailleurs. La route, qui n’est plus qu’une piste pleine de trous, franchit un nouveau col à 3180 m, avant de redescendre vers Lintan où j’arrive vers 20 heures. Lintan (alt 2640 m) est une petite ville hui animée, où j’ai la surprise de trouver un très bon hôtel (Lintan fandian, propriété semble-t-il des autorités municipales).

 

Longue journée de route, donc, mais superbes paysages dans cette contrée – Litan est située dans la préfecture tibétaine de Gannan - complètement à l’écart des sentiers battus. Vaut le voyage.

 

Septième jour (12 juin) Litan – Langmusi (Sichuan), 290 km : départ à 9 h 30 vers le NO par une route 311 métamorphosée : large et fraîchement goudronnée, un vrai régal. Mais après 20 km et un premier col, je bifurque vers le sud sur une route secondaire presque déserte en direction de Diebu, à 145 km de là. La route est tantôt bonne, tantôt défoncée, toute la portion centrale (du km 50 au km 96) étant une simple piste de montagne. Je prends avec moi  un villageois avec qui j’arrive à converser à peu près. On s’élève peu à peu, d’abord dans une zone intensément cultivée, puis en forêt. Visite dans la matinée du vaste monastère de Gomba, non ouvert au tourisme mais habité par des centaines de moines. Lorsque je commence à gravir la chaine de montagnes qui barre la route vers le sud, la pluie arrive, ce qui n’est pas fameux car des chutes de pierres sont toujours possibles. Tout se passe bien, cependant, les alpages sont dominés par des pics rocheux qui dépassent 4000 m.

 

A 12 h 30, dans un paysage devenu majestueux malgré la pluie, j’atteins un virage avec des drapeaux de prière. Surprise : dans le vent et la pluie, à 3550 m, six moines et leur conducteur sont en train de déjeuner. Ils ont bien fait les choses : tapis posés sur l’herbe, parasol pour s’abriter du vent, et provision de bois pour faire réchauffer les marmites. Je suis convié à un festin tibétain auquel rien ne manque : gras de viande (de yak ?), nouilles, pain local, tsampa … un vrai festin auquel j’apporte de bien modestes contributions de mes provisions de voyage. Mes hôtes sont des moines de Gomba, qui rentrent chez eux sans se presser et prennent la vie du bon côté avec ce déjeuner champêtre. Quand je les quitte à regret, après de grandes conversations, ils couvrent ma voiture d’une pluie d’images votives, comme des confettis pour me souhaiter bonne route.

 

Malgré le mauvais temps, je franchis sans difficulté les deux cols, à 3660 et 3750 m. Au second, je prends en auto stop pas moins de cinq bergères tibétaines qui regagnent leurs villages en contrebas. Je dois insister pour que la plus âgée monte à l’avant : sinon elles seraient montées à cinq derrière. Etre prises en voiture par un étranger les fait beaucoup rire et elles gazouillent sans cesse en tibétain – du moins au début car les lacets et les cahots de la piste les mettent à rude épreuve. Elles me remercient comme il se doit, mais ne parlent qu’un chinois limité.

 

En dessous de 2800 m, le paysage cesse d’être austère. Champs cultivés entre les villages, puis vallées alpines encaissées. 5 km avant Diebu, je bifurque à l’ouest par la route 313, large et en parfait état. J’entre pour quelques heures dans la province du Sichuan. Visite de deux petits monastères tibétains où l’ambiance semble tout à fait détendue, comme au Gansu voisin.

 

Après une succession de vallées encaissées, nouveau changement de décor quand la route provinciale rejoint la nationale 213 venue de Lanzhou. C’est un immense plateau herbeux à 3300 m, où campent des centaines de nomades et où paissent des milliers d’animaux : moutons, chèvres, vaches à longs poils. Je franchis une chaine de montagnes au sud et vais me promener quelques dizaines de km dans cette immensité. Tout va bien, sauf à la fin : la route sur laquelle je comptais pour me conduire à Langmusi est en fait une piste défoncée, la pire depuis le début du voyage, avec deux cols vers 3400 m.  C’est secoué et fatigué que j’arrive à Langmusi à 19 h 30 (alt 3150 m). Dans cette localité connue des touristes, l’ambiance est bien tibétaine. Au petit restaurant où je dîne ce soir, la cuisine est hui mais les clients sont tibétains : les hommes mangent leurs nouilles en silence, serrés autour du poêle. Les femmes, séparées par un paravent, jacassent à tue-tête en tibétain.

 

Huitième jour (13 juin) Langmusi - Xiahe, 190 km : visite de Langmusi le matin, principalement de ses deux temples tibétains : Serta et Kirti (le premier est au Gansu, le second au Sichuan, la limite provinciale traversant le village). Ils sont intéressants (mais touristiques, donc payants contrairement à ceux des jours précédents). Langmusi est une bourgade touristique, mi-hui mi-tibétaine.

 

Je prends ensuite la nationale 213 vers le nord sur 130 km environ. Elle est large et excellente, mais le trafic de camions y est important et du bétail – chèvres ou vaches – peut traverser à tout moment. On chemine sur un plateau vers 3200 m. Pas un arbre, de la prairie d’alpage à perte de vue sauf aux quelques endroits mis en culture. Ce paysage assez monotone est beaucoup moins beau que les montagnes et les vallées des deux jours précédents, mais il permet de voir le mode de vie et d’habitat. Le plateau est en effet assez peuplé. Les nomades vivent sous la tente. On trouve de l’habitat permanent mais traditionnel en pisé, avec des murs pour parquer le bétail. On trouve enfin de l’habitat en briques dans les quelques villages traversés. Malheureusement, le mode de vie tibétain moderne produit des déchets de plastique pour lesquels aucun ramassage n’existe. La prairie tibétaine est donc souvent jonchée d’ordures, comme les campagnes du reste de la Chine.

 

Après un déjeuner rapide dans la bourgade d'Amuquhu, je prends une route secondaire NNO qui est un raccourci vers Xiahe. On m’avait averti que la route serait mauvaise, elle l'est. C’est une large piste très défoncée, sur laquelle la voiture tressaute en permanence, sauf les premiers et les derniers kilomètres en  cours de nivellement – il est donc probable qu’un goudronnage est proche. Il m’a fallu deux heures pour parcourir 49 km, avec un col à 3500 m et plusieurs arrêts dans des campements de bergers tibétains.

 

Je retrouve une vraie route et mes propres traces en arrivant à la prairie de Sangke, 10 km avant Xiahe. J’y reste à peine une minute : cette prairie à 3000 m d’altitude que j’avais connue déserte hormis un sympathique cavalier tibétain de rencontre, est désormais livrée au tourisme de masse : fausses yourtes, équitation, camping … je prends la fuite.

 

Entre Sangke et Xiahe, je suis contrôlé par la police à un barrage, comme plusieurs autres conducteurs. C’est la première fois du voyage. Courtois mais minutieux, le contrôle porte sur le permis de conduire et la carte grise. La présence d’un étranger dans cette zone tibétaine récemment sensible ne semble nullement troubler les pandores. Mais le lieu est une singulière coïncidence.

 

 

Un incident au même endroit.

 

Le virage ou a eu lieu ce banal contrôle routier d’aujourd’hui était en effet resté gravé dans ma mémoire. En mai 1997, j’avais fait halte à ce même virage pour souffler un peu car je montais de Xiahe sur un vieux vélo et  le souffle est court à 3000 m. La route était plus étroite qu’aujourd’hui et beaucoup moins empruntée, mais l’endroit était le même.

 

Mon regard avait été attiré sur un homme d’assez grande taille, couché de tout son long à 50 m de la route, dans l’herbe. Malgré la distance, il reposait avec un abandon qui ne laissait guère place au doute, seul dans la prairie.

 

Constatant ma surprise d’une telle rencontre, un paysan solitaire qui marchait sur la route m’adressa la parole. Une seule phrase, en tibétain, mais dont je perçus clairement le sens dans ce pays imprégné de bouddhisme. Il me dit : « Prince, c’est ce qu’on appelle un mort ». Et il s’en fut.

 

Une heure plus tard, redescendant de Sangke sur mon vieux vélo, je passai au même virage. L’homme couché n’avait pas bougé. Mais la police de Xiahe était là – comme aujourd’hui – et elle faisait son constat.

 

             Xiahe et le célèbre monastère de Labrang ont à la fois beaucoup et peu changé. Beaucoup, car le temple a été largement restauré ; il est en restauration permanente. Les saintes fresques que l’on distinguait mal dans la pénombre sont éclairées a giorno par des lampes LED. Les touristes sont en nombre. Mais ils restent minoritaires par rapport aux pèlerins tibétains que l’on dirait sortis du fond des âges, qui viennent toujours de très loin pour prier dans le monastère sacré. Jeunes et vieux (surtout des vieux mais des jeunes aussi), souvent en costume tibétain, ils font le tour rituel en faisant tourner les moulins à prières dont le grincement, malgré l’huile qui suinte, reste un bruit caractéristique de Labrang. Spectacle inchangé que ces vieux paysans, certains sur des béquilles, qui se pressent pour accomplir le parcours sacré. Comme à Lhasa, certains font plus encore et font le tour des temples en prosternations, les genoux calfeutrés pour éviter les blessures. Ce qui a changé est superficiel. Malgré le temps écoulé, malgré les émeutes de 2008, Labrang reste l’un des hauts lieux du bouddhisme tibétain avec ses 1400 moines dont plusieurs me font bon accueil. Tout y semble détendu  et normal, comme s’il ne se passait rien à Lhasa ni dans les zones tibétaines du Sichuan. La petite ville de Xiahe a bien sûr grandi, mais elle est toujours le lieu d’une coexistence entre Hui et Tibétains, dont rien ne révèle qu’elle puisse être tendue.

 

Neuvième jour (14 juin) Xiahe – Rebkong (Qinghai), 148 km : départ de Xiahe le matin, par une route secondaire vers le NO qui conduit vers le Qinghai. D’assez mauvaise qualité au début, elle devient excellente là où des travaux récents ont eu lieu. La matinée se passe à explorer les environs de Ganjia, à 35 km de Xiahe. Deux temples, comme il se doit, dont l’un (Tsewey Gompa) présente la particularité d’être l’un des 350 temples existants (paraît-il) de l’ancienne religion tibétaine du Bon. La vérité oblige à dire que la différence ne saute pas aux yeux pour le profane, que les moines ont l’apparence de moines bouddhistes et que les explications disponibles donnent plutôt le sentiment d’une variante du bouddhisme tibétain. A éclaircir.

 

L’habitat dans les villages est en pisé, couleur naturelle. Le plus intéressant est sans doute l’ancien village de Karnang (Bajiao en chinois) dont les murailles dodécagonales de pisé ont survécu à l’érosion. Alors que j’achève la (courte) visite, un homme sorti de nulle part brandit un carnet à souche et me dit que je dois lui acheter un ticket. Une pareille scène m’était arrivée à la pagode Nor, près de Kashgar, il y a quinze ans.

 

Après Ganjia, la route entre au Qinghai  et franchit un col à 3520 m. Je visite le petit monastère de Gartse et me restaure dans une toute petite échoppe locale où je suis très bien reçu. Décor particulièrement pauvre, avec au mur deux posters représentant des fruits tropicaux. J’avais déjà observé cela dans les Pamirs : pour une population montagnarde, continentale et pauvre, l’idée même de fruits tropicaux symbolise le luxe et le rêve.

 

Le paysage change après Gartse : la prairie fait face à des montagnes rouges, fortement rongées par l’érosion. J’arrive vers 14 h30 à proximité de Rebkong (en chinois Tongren) et consacre le reste de la journée à la visite de la ville et des environs. Les temples, bien sûr : Rongwo Gonchen (en chinois Longwu), le grand  monastère de Rebkong avec ses 600 moines, Wutun au village de Sengehong, haut lieu de la production de tangkas, Gomar Gompa. L’intérêt de ces monastères est hélas limité par … leur nouveauté. Bien qu’ils soient séculaires, ils ont fermé à la fin des années 50, ont été dévastés de fond en comble pendant la révolution culturelle (c’est dit avec plus ou moins de précautions de langage) et tout a été refait à neuf depuis leur réouverture, à partir de 1980, les travaux se poursuivant. Une surprise majeure cependant : les photos du 14ème Dalai Lama sont partout : dans les monastères où elles trônent en place d’honneur au point de détrôner le 10ème Panchen, chez des commerçants. Visiblement, l’interdit qui existe dans le reste du pays n’a pas cours ici. Mais quand j’en demande la raison à un moine anglophone avec qui j’ai un long entretien, il me répond seulement que c’est difficile à expliquer. La ville et les monastères semblent en tous cas parfaitement calmes.

 

La découverte de l’après-midi est cependant autre : l’étonnant village fortifié de Gomar (6 km de Rebkong), analogue à Karnang ce matin mais bien mieux conservé. A l’intérieur d’une muraille carrée en pisé, un vrai labyrinthe de venelles entièrement en pisé, sans une construction neuve ou une faute de goût. L’impression est très dépaysante : on se croirait au Xinjiang ou en Asie centrale. Pas un touriste pour visiter cette merveille, pas un parking pour les accueillir, pas un ticket à acquitter contrairement au monastère flambant neuf visité jute avant. Le tourisme en Chine recèle des mystères.

 

Rebkong est une petite ville hui et tibétaine comme Xiahe, mais à 2450 m seulement. Cette moindre altitude la rend plus agréable.

 

Dixième jour (15 juin) Rebkong - Xining, 320 km : je me rends dans un premier temps à Xunhua (toujours des montagnes rouges, un col à 3200  m), avec deux visites en cours de route : le monastère de Wendu, dans un village à l’écart de la route, et une ancienne résidence du 10ème Panchen Lama, jolie demeure transformée en musée, sinon en sanctuaire.

 

A Xunhua il fait beaucoup plus chaud, car la ville est au bord du Fleuve jaune et son altitude n’est que de 1850 m. Et le dépaysement y est considérable.

 

Les Salar de Xunhua.

 

A Xunhua et aux alentours réside une minorité ethnique très particulière, les Salar turcophones venus d’Asie centrale. Différents des Hui, ils présentent une apparence qui les rapprocherait plutôt des Ouighours du Xinjiang. Les femmes couvrent souvent leur tête d’un voile noir. Les hommes, fréquemment barbus quand ils sont âgés, portent une toque blanche et parfois une longue robe qui leur tombe jusqu’aux mollets.

 

Les mosquées, très nombreuses, sont pour la plupart d’un style qui n’a rien de chinois. Protégées par de hauts murs et des portes ouvragées, les maisons dont les parties en bois sont finement sculptées s’ordonnent autour d’une cour où sont souvent plantées quelques fleurs, créant l’impression de se trouver en Ouzbékistan. La même impression prévaut dans les rues principales de la ville avec leurs roses, leurs jets d’eau, les coupoles islamiques et la population qui déambule en très grand nombre ce vendredi. L’élément tibétain paraît absent, je n’ai vu que deux moines dans toute la ville.

 

Le dépaysement est complet : on se croirait à Kashgar ou (aux inscriptions en chinois près)  à Samarcande. Un seul reproche : les Salar, qui ont  semble-t-il beaucoup d’enfants (les règles sont souples pour les minorités), laissent vaquer ceux-ci en toute liberté dès deux ou trois ans dans les rues et le long des grandes routes. C’est, pour le conducteur, une source de grande tension, particulièrement aux sorties d’école qui font frémir.

 

De Xunhua, je descends les gorges du Fleuve jaune sur 25 km environ. La route est très spectaculaire, taillée en corniche dans les falaises rouges. Le fleuve n’a pas encore sa teinte jaune ou rougeâtre de l’aval. Il est presque vert, dans doute sous l’effet de dépôts collectés en amont. Soudain, une passerelle spectaculaire l’enjambe sur la droite, comme un pont suspendu dont les câbles seraient au niveau du tablier. C’est impressionnant, d’autant plus que les traverses métalliques posées sur le tablier de bois font un bruit de dominos au passage des voitures. Je poursuis ma route, soulagé de ne pas prendre ce pont très spécial. Mais, deux minutes plus tard, la route s’arrête devant le chantier d’un pont inachevé. Je comprends  alors que la passerelle est un pont provisoire et qu’il faut en passer par là. Pour ajouter à l’ambiance, les voitures s’y engagent à deux ou trois alors qu’il est bien spécifié : « un par un ». Mais tout se passe bien. Je poursuis jusqu’à l’entrée de la réserve naturelle de Menda. Et là, le croyez-vous ? J’ai trouvé la route des gorges si spectaculaire et le pont finalement distrayant que je remonte les gorges par le même chemin. Avec une pensée pour les petites chèvres qui vont chercher des touffes d’herbe à brouter sur les falaises rouges au dessus du vide. Je n’ose m’arrêter les regarder de crainte qu’un mouvement de crainte les précipite dans le vide.

 

Revenu à Xunhua, je prends la route au NO vers Pingan et Xining. Celle-ci remonte un défilé spectaculaire (moins que le précédent tout de même) et franchit deux cols à 3200 et 3350 m. La progression est donc lente. Elle l’est d’autant plus que, 20 km avant Pingan, je bifurque vers l’ouest à la recherche du village où naquit – pardon, se réincarna - la personnalité connue dont j’ai vu beaucoup de photos depuis hier. Comme de juste, ce village n’est pas signalé, ce qui donne lieu à un vrai jeu de piste dans les collines, avec le concours des habitants qui savent bien de quoi il s’agit. Je finis par trouver la célèbre demeure (alt 2900 m) mais  y passe à peine une minute tant ma venue inquiète les occupants. La maison, qui a dû être belle, est en travaux. Un très haut mur d’enceinte se construit qui découragera à l’avenir les curieux.

 

Je n’arrive à Xining qu’à la nuit tombante, vers 20 h 30. Je dois en effet trouver un hôtel qui acceptera de garder ma voiture que je compte laisser ici, le parking à long terme ne se pratiquant pas à l’aéroport –j’ai vérifié). Recherche laborieuse, mais qui finit par aboutir.

 

Onzième jour (16 juin) : de Xining au lac Qinghai et retour, 316 km : visite le matin du monastère très connu de Kumbum (en chinois Ta’er), à 26 km au sud de la ville (alt 2800 m) Il y règne, comme prévu, une affluence touristique considérable qui gâche largement la visite, avec dix touristes pour un pèlerin (la proportion était inverse même à Labrang). Dans ce très vaste ensemble, il subsiste cependant quelques édifices secondaires peu restaurés, que les visiteurs voient peu, et où se réfugie l’activité monastique et enseignante. Cela rachète un peu le reste. Les quelques photos sont politiquement correctes (le Panchen Lama surtout). Le moins intéressant, en quittant le monastère, n’est pas la rue entière où l’on fabrique des accessoires et des décorations pour les temples. Tout y est pour produire ce bric-à-brac sulpicien, du son des marteaux des artisans qui travaillent le cuivre repoussé aux petits fondeurs artisanaux.

 

Je poursuis, sous la pluie vers le sud, par la route provinciale 101, de très mauvaise qualité mais qui monte fortement en lacets, en 20 km, jusqu’à un col à 3820 m. On entrevoit à travers les nuages, un peu plus à l’ouest, des sommets enneigés qui culminent à 4836 m. Je bifurque à droite, donc vers l’ouest, sur la route provinciale 307 en direction de Golmud (un peu de rêve : c’est la direction du Tibet). Je déjeune peu après à un col à 3880 m, point culminant de cette partie du voyage. Le temps se lève et la route descend ensuite à travers la prairie.

 

J’emprunte un petit morceau d’autoroute, le dernier de l’autoroute venue de Pékin. A 3400 m, c’est sans doute l’une des plus hautes du monde. Elle prend fin au lieu dit Daotanghe. Le réseau autoroutier chinois ne va pas plus loin pour le moment, mais il est prévu de le prolonger jusqu’à Lhasa et peut-être au-delà. Pour l’heure, c’est la nationale 109 (celle de nombreuses promenades dominicales à l’ouest de Pékin) qui poursuit vers Golmud (673 km) et Lhasa (la nationale 214 prend à gauche vers Yushu). Bien qu’en bon état, elle n’est pas très agréable car surchargée de poids lourds et de voitures. C’est le double effet du trafic de camions à grande distance et d’une circulation  touristique importante. J’emprunte donc la G 109 sur  30 km environ, jusqu’à trouver la rive sud du lac Qinghai. Le beau temps étant revenu, l’eau est bleue, mais le site n’est pas particulièrement pittoresque : le lac est au fond d’une vaste cuvette (3250 m) et les montagnes qui l’encadrent à bonne distance au sud et au nord ne sont pas très hautes (4000 m ?). Le site n’a donc rien d’encaissé ni de spectaculaire, comparé aux paysages de montagne des derniers jours. C’est néanmoins une destination de loisirs, parsemée de campement et d’autres sites récréatifs. Les citadins y viennent en nombre, beaucoup font du VTT malgré les voitures et les camions. Ce point (km 2091 de la G 109) est le plus à l’ouest de cette partie du voyage (100° 35’ E), 15° à l’ouest de Pékin soit une heure au soleil.

 

Je longe ensuite la rive orientale du lac par la route provinciale 301. Au bout de 25 km environ, le paysage devient désertique, avec de belles dunes qui ne dépareraient pas en Mongolie intérieure : le désert à 3300 m d’altitude, hélas assez commercialisé lui aussi. Peu après que la route a coupé la voie ferrée Pékin Lhasa (sur laquelle je ne vois passer que deux trains de marchandises alors que je la longe pendant plus de 50 km), je prends un raccourci vers l’est ; une piste bien défoncée, mais qui a le mérite d’être pour moi. Elle rejoint bientôt la nationale 315, qui borde le lac par le nord. Ladite nationale, puis l’autoroute me ramènent à Xining sans difficulté. Belle sortie au total, même si les paysages ne sont pas les plus spectaculaires du voyage.

 

Douzième jour (17 juin) : Xining. Deux visites le matin :

  • Le musée provincial du Qinghai, avec une salle historique intéressante ; les pièces montrent l’ancienneté du peuplement et la richesse archéologique de la province ; le message est dépourvu de surprise : le Tibet et les zones tibétaines du Qinghai appartiennent à la Chine depuis la dynastie des Yuan, toutes les ethnies y cohabitent fraternellement. Malheureusement, la salle sur la culture tibétaine est fermée en ce moment.
  • La grande mosquée Dongguan, décevante : elle date sans doute des Song, mais elle est moderne à force de reconstructions dans un mélange de styles hui et arabe ; sans grand intérêt.

 

Cela fait, je laisse ma voiture à la garde de mon hôtel et me dirige vers l’aéroport pour regagner Pékin. Ainsi s’achève la première partie de ce voyage remarquable, avec 3889 km parcourus sur les routes, soit plus du double du trajet direct de Pékin à Xining. Il reste à continuer l’exploration et à regagner Pékin au volant. A suivre.

 

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Le Fleuve jaune près de Guide (Qinghai)

 

Deuxième partie : Xining - Pékin

 

Treizième jour (18 juillet) : Xining – Guide, 120 km :  Arrivés à Xining par des vols différents, nous nous retrouvons en début d’après-midi. La voiture est au rendez-vous et n’a pas souffert de ce mois d’abandon. Nous traversons le centre ville et reprenons la route provinciale 101 déjà prise le 16 juin que nous suivons cette fois-ci jusqu’à Guide. Le col à 3820 m est franchi dans le brouillard, mais nous retrouvons un temps convenable en descendant vers la vallée du Fleuve jaune. On traverse en descendant une région de collines rouges qui  rappelle beaucoup les environs de Tongren. Nous coupons le Fleuve jaune vers 18 h (il est bien jaune et limoneux) et faisons étape à Guide (alt 2350 m), bourgade mi-hui mi-tibétaine qui tente d’attirer le tourisme en reconstruisant de toutes pièces un  petit « centre historique ».

 

Quatorzième jour : Guide – Lajia, 319 km : Nous continuons sur la route provinciale 101 vers le sud. Très bonne route sur la plateau en passant par Guomaying avec quelques petits cols et des champs de fleurs jaunes qui égaient le paysage. Arrêt en fin de matinée dans un modeste camp de tentes, près du village de Touhelong, qui a l’ambition d’être un café tibétain. Nous y sommes accueillis très chaleureusement et abreuvés de thé au beurre. Courte visite du monastère de Heri, intérêt limité mais accueil cordial. Déjeuner champêtre dans une prairie en fleurs. Recherche un peu compliquée d’un site ancien près de Tongde, qui nous conduit à un tout petit monastère tibétain dans un hameau perdu. C’est un tout petit sanctuaire, où un moine invisible psalmodie néanmoins. Une mauvaise piste nous ramène ensuite  à la route 101. Nous franchissons plusieurs cols, dont le plus élevé à 4037 m. Après ce col, le paysage change du tout au tout. Le plateau fait place à une vallée boisée, un vrai cañon de roches rouges par endroits. Nous descendons ainsi jusqu’à la vallée du Fleuve jaune, que nous coupons dans la bourgade de Lajia, atteinte vers 18 h. Visite du monastère tibétain, assez grand. Un très modeste hôtel nous donne un toit pour la nuit, avec vue sur ce fleuve qui fut le fil conducteur de ce voyage mais que nous voyons sans doute pour la dernière fois.

 

Quinzième jour (20 juillet) : Lajia – Maduo, 335 km : la route 101, toujours d’excellente qualité, nous conduit à Dawu  (75 km), en passant un premier col à 4237 m. De là, nous partons vers l’ouest par la route provinciale 209, qui s’avère être une piste très  défoncée de la plupart du temps. Il nous faut 9 heures pour parcourir 180 km. Le trajet est difficile, avec plusieurs passages un peu délicats, des gués et plusieurs cols dont le plus élevé à 4425 m - mais nous sommes récompensés par des paysages remarquables : hauts plateaux couverts d’alpages, gorges et vues sur le massif  de l'Amnye Machen (6282 m) qui est le clou de la journée avec ses glaciers et ses pics enneigés. Ces vastes étendues ne sont pas désertes : on traverse deux villages (Xueshan et Xiadawu – monastères mas aucune ressource hôtelière hormis une très modeste auberge pour pèlerins à Xiadawu). Des campements de nomades se rencontrent un peu partout sur la prairie.

Nous atteignons la route nationale 214 vers 19 h 30. Elle est de médiocre qualité avec des camions et il nous faut encore 2 heures pour parcourir 80 km jusqu’à la bourgade de Maduo (alt 4080 m). Très longue journée au total avec 13 bonnes heures de route, mais des paysages remarquables qui justifient amplement la fatigue de la route. Les Tibétains rencontrés en route sont toujours souriants et de bon conseil en l’absence de signalisation routière. Journée exceptionnelle, donc.

Seizième jour (21 juillet) : Maduo – Yushu, 360 km : Nous partons vers le sud sur la route nationale 214. Quelques passages de bonne qualité mais de nombreuses portions de route très défoncées. C’est un vaste chantier, car la route est en train d’être portée à quatre voies et une ligne de chemin de fer est en construction. Un col à 4820 m qui est le point culminant du voyage, mais il est peu spectaculaire, un autre à 4458 m l’après-midi. Une crevaison en milieu de journée. L’essentiel de trajet se fait sur le plateau, sauf la dernière portion, où la route descend dans une belle vallée (un affluent de la rivière Jinsha - cours supérieur du Yangtze - que nous coupons en fin d'après-midi). Visite rapide du temple de Xiewu, largement rénové, et remontée d’une petite vallée pittoresque pour aller visiter les temples de Seiba (eux-même sans intérêt car en construction).

Nous arrivons à Yushu vers 19 h. La ville est en pleine reconstruction, donc en plein chantier. Des milliers d’habitants vivent toujours sous la tente depuis le séisme d’avril 2010. De grands immeubles se reconstruisent dans le centre, mais les quartiers extérieurs restent largement détruits. La ville entière est dans la boue et la poussière. Aucun hôtel en dur n’ayant été reconstruit, l’hébergement se fait dans des baraquements plus que sommaires. La gentillesse de l’accueil compense en partie l’absence des commodités les plus élémentaires.

Dix-septième jour (22 juillet) : Yushu – Serxu, 152 km : Il pleut toujours. Nous renonçons à gravir la montagne pour aller voir le temple de Jiegu : détruit par le séisme, il est en reconstruction. Nous faisons halte, en ressortant de la ville, au grand mur rituel « mani » de Sengze Ganyak : sa reconstruction est  bien avancée et l’état de chantier dans lequel il se trouve n’empêche pas des centaines de pèlerins, sans doute venus de loin, d’en faire le tour rituel dans la boue en contournant les palissades, spectacle illustratif de ferveur dans l’adversité. Halte suivante au temple Domkar qui domine la vallée, avec visite d’une intéressante salle de prières.

De Xiewu, nous prenons la route provinciale 308, parfaitement revêtue, vers l’est qui nous conduit en 20 km jusqu’à un col (4700 m) qui marque la limite du Qinghai et du Sichuan. Belle descente du côté est dans la prairie en fleurs, mais très lente car la route provinciale 217 du Sichuan est très mauvaise, complètement défoncée.

 Nous arrivons en début d’après-midi à Serxu Dzong, avec son très grand monastère que nous ne visitons pas, tant il semble refait à neuf. De là la route, toujours mauvaise et toujours sous la pluie, nous conduit à Serxu Xian, la ville principale (alt 4300 m). Longue recherche dans les rues boueuses pour trouver un hôtel ouvert (nous héritons de la « suite de luxe », qui a tout sauf de l’eau chaude), puis un garage (qui s’avère dans l’impossibilité d’effectuer une simple vidange) et pour repérer notre itinéraire de demain.

Dix-huitième jour (23 juillet) : Serxu – Dzoqing, 295 km dont 121 en cul-de-sac : Par un assez beau temps, nous prenons la piste du sud en direction de Dhakong (Loshu), distant de 67 km. La piste, convenable, monte en pente douce à travers les alpages jusqu’à un col à 4850 m. Au sud du col, elle descend dans une belle vallée alpine de plus en en plus boisée. Mais le torrent de cettze vallée, minuscule au début, devieznt de plus en plus important, gonflé des pluies des derniers jours, jusqu’au km 60,5. Là, le torrent est sorti de son lit et a submergé la piste sur plusieurs centaines de mètres. Pas question de passer, ni pour nous ni pour les autres conducteurs.  La grêle commençant à tomber, nous faisons rapidement demi-tour, par crainte d’être pris au piège, malgré le vif regret de rebrousser chemin à 6 km de la rivière Jinsha précitée (alias Yangtze) qui sépare le Sichuan de la Région autonome du Tibet. Nous retrouvons le beau temps au col et regagnons Serxu à 14 h.

Il n’y a plus qu’une seule route possible : la route provinciale 217. Elle est de qualité variable mais toujours meilleure qu’hier. Beaux paysages d’alpage avec plusieurs cols vers 4500 m. Les rivières en crue nous inquiètent à plusieurs reprises mais la route n’est heureusement pas coupée. Halte en milieu d’après-midi dans un grand rassemblement  de nomades, rassemblés semble-t-il pour une sorte de fête du cheval, avec de très nombreux moines. Nous arrivons vers 19 h à Dzoqing (4140 m), petite bourgade monastique où une très modeste auberge semi-monastique nous offre un gite très simple mais couleur local. Dzoqing est dominée par des montagnes de plus de 5000 m. Avec l’architecture tibétaine et les moines omniprésents, c’est sans doute notre étape la plus dépaysante jusqu’ici.

Dix-neuvième jour (24 juillet) : Dzoqing – Luhuo, 255 km : Il a plu toute la nuit. Nous quittons rapidement Dzoqing par crainte d’être bloqués par les rivières en crue. En fait, nous parcourons sans encombres les 53 derniers km de la route provinciale 217 et arrivons en milieu de matinée à Manikongo, petite ville sur la route nationale 317 qui mène vers le Tibet, avec ses maisons de bois de style tibétain. Visite du monastère local. Visite d’un autre monastère en rénovation au village de Cuoa.

 

Nous prenons ensuite la route nationale vers l’est, en direction de Garze (Ganzi) et Chengdu. Cette route est en réfection complète. Elle sera sans doute excellente dans quelques mois mais, en attendant, elle est dans un état déplorable. Nous cheminons toute la journée à 20 km/h de moyenne, dans la boue, les trous et les camions. Quelques visites intéressantes en chemin : Dagei Gompa à l’ouest de Garze, puis le monastère du village de Kazong où nous assistons à une grande cérémonie, peut-être une ordination. En milieu d’après-midi, nous nous arrêtons à Garze où, pour la première fois, quelques indices de tension sont perceptibles (présence policière assez ostensible dans le centre). Nous visitons le monastère local, où les photos de Sa Sainteté sont à nouveau très visibles (pour la troisième fois depuis Serxu). De là, il nous reste quelque 90 km aussi difficiles que les précédents. Nous arrivons à Luhuo (3750 m) vers 22 heures où il nous reste une séance laborieuse jusqu’à près de minuit pour trouver un gîte.

 

Vingtième jour (25 juillet) Luhuo – Danba 253 km : Nous quittons sans regret la route nationale et prenons la route provinciale 303 vers le sud-est. Refaite à neuf au moins au début, elle est infiniment meilleure mais se dégrade déjà : affaissements de chaussée et coulées de boue dues aux pluies sont fréquents. A Daofu, nous visitons le monastère de Lingque (les photos de Sa Sainteté sont bien visibles)  et le quartier tibétain attenant, très bien rénové.

 

La route franchit ensuite un col à 4 400 m. Nous déjeunons dans la prairie à proximité d’un monastère et poursuivons jusqu’à la bourgade de Bawei. De là, nous continuons au nord-est par la route provinciale  précitée. Après un nouveau col, elle descend dans une gorge spectaculaire au fond de laquelle gronde un torrent grossi parles pluies. Cette très belle route nous conduit jusqu’à Danba (2650 m), petite ville nichée au fond de la gorge. En fin d’après-midi, nous montons par une route étroite découvrir Jiaju Zangzhai (3050 m), village tibétain rénové pour les touristes mais agréable avec de belles maisons à flanc de coteau dans la verdure.

 

Vingt-et-unième jour (26 juillet) Danba - Anjiawan, 257 km : Nous poursuivons la descente de la rivière maintenant orientée au sud-est. La route provinciale 211 est de bonne qualité et belle au début, dans cette gorge encaissée avec des villages tibétains. Après 30-40 km, la route devient un chantier entrecoupé de tunnels et le paysage plus industriel ce qui rend la progression pénible. Il nous faut 5 h 15 pour arriver à la route nationale 318, après 137 km parcourus. Depuis le milieu de la matinée, nous avons quitté définitivement les zones tibétaines et retrouvé notre Chine habituelle.

 

La descente de la vallée devient alors plus facile. A Luding, nous passons près du pont historique franchi par l’Armée rouge pendant la Longue marche. Nous poursuivons au sud par la route provinciale précitée et gagnons le village très touristique de Moxi. Les hauteurs avoisinantes sont belles avec de la forêt luxuriante, même si l’on  ne voit pas les sommets perdus dans les nuages (le Mont Gongga culmine à 7556 m). L’habitat, s’il n’est plus tibétain, est intéressant avec ses maisons en bois. A Moxi, nous tombons par hasard sur une curieuse église de style chinois. Malheureusement, l’entrée du parc des glaciers de Hailuogou nous est refusée : le parc n’est plus accessible en voiture, il faut avoir recours à des autobus et redescendre chercher ceux-ci à Moxi, ce qui est dissuasif. La déception est réelle d’avoir tant roulé en vain, mais la zone parcourue autour de Moxi est belle et justifie en partie ce grand d

étour. Nous redescendons dans le fond de la vallée et faisons  étape au village d’Anjiawan, au bord de la même rivière qu’hier soir, fortement grossie puisque nous sommes 150 km en aval.

 

Vingt-deuxième jour (27 juillet) Anjiawan - Qiliping, 250 km : nous remontons la route provinciale 211 presque jusqu’à Luding. De là, nous empruntons la nationale 318 vers l’est et passons par Tianquan et Ya’an. Les paysages de montagne sont beaux mais nous n’en voyons pas grand-chose dans la pluie et le brouillard (qui effacent nos regrets de n’avoir pu visiter le parc des glaciers). La route est à nouveau dans un état déplorable et très encombrée de camions. Il nous faut plus de six heures pour parcourir 145 km.

 

Après Ya’an, changement complet. Nous partons vers le sud-est dans les collines sur des routes secondaires dont certaines sont fort étroites –on croise avec difficulté). Les collines sont plantées en rizières et en maïs, auxquels s’ajoutent le thé et sans doute le tabac. La végétation est luxuriante, quasi-équatoriale avec ses bambous, ses bananiers et les bruits de jungle dans la forêt. En longent une rivière rouge, on se croirait quasiment dans les montagnes de Sumatra. L’habitat traditionnel en bois est très esthétique. C’est une vraie découverte de la Chine du sud, très nouvelle pour les Pékinois que nous sommes, avec de très beaux paysages qui justifient pleinement cette longue route.

 

Après quatre heures d’un vrai jeu de pistes via Liujing, nous parvenons au village de Gaomiao. L’aubergiste local récuse les hôtes étrangers mais nous conseille de monter jusqu’au lieu dit Qilinping. Là, nouvelle surprise : nous découvrons un complexe touristique flambant neuf avecsons et lumières et karaoke, où un excellent hôtel nous loge pour la nuit. Nous sommes passés en quelques minutes du bout du monde au monde du luxe.

   

Vingt-troisième jour (28 juillet) Qiliping - Jiajiang, 60 km : journée consacrée à l’ascension d’Emeishan, l’une des montagnes sacrées de Chine. De Qiliping, nous gagnons le « kilomètre zéro » d’où un minibus (il n’est semble-t-il possible de monter en voiture qu’à certaines heures)  nous conduit sur une route en lacets jusqu’à Leidongping, vers 2500 m. Là, nous découvrons les horreurs du tourisme de masse avec des milliers de visiteurs au point qu’il faut jouer des coudes sur les premiers mètres du chemin. Les choses s’améliorent un peu après la gare du télécabine, car une minorité de visiteurs monte au sommet à pied. La montée est beaucoup moins raide qu’au Taishan, mais elle est aussi très sale par endroits, bien que la forêt soit belle.

 

Arrivés au sommet (plus précisément au « pic doré », 3079 m), nous retrouvons les hordes montées en télécabine, un immense monument doré néo-bouddhique, un temple doré et divers bâtiments fort laids. Nous sommes dans le brouillard, qui se dissipe quelques secondes pour nous offrir des échappées sur les flancs de la montagne. Nous regagnons le « kilomètre zéro » vers 16 heures avec un bilan  mitigé de la célèbre montagne.

 

Nous descendons vers l’est à travers une nature toujours luxuriante et quittons définitivement les montagnes pour la plaine sichuanaise et sa chaleur. Nous faisons étape dans la petite ville de Jiajiang, un peu au nord de Leshan.

 

Vingt-quatrième jour (29 juillet) Jiajiang - Yuanshan, 387 km : A 6 km de Jiajiang, nous visitons la falaise dite des mille bouddhas, au bord d’une rivière. Site modeste mais intéressant, avec des bouddhas sculptés dans une falaise de grès rouge. Beaucoup ont la tête abimée, mais pas tous.

 

Nous gagnons ensuite Chengdu, à 120 km au nord, où nous visitons le musée provincial. Fort intéressant comme il se doit. La salle d’art tibétain est assez petite mais instructive pour nous qui venons de ces contrées. Les autres salles sont aussi très riches : porcelaine, bronze, bas-reliefs de la dynastie des Han. La « chaumière » du poète Dufu (en fait un ensemble de pavillons dans un parc) est toute proche mais nous la regardons juste de l’extérieur. Les travaux du métro aidant, la circulation manque d’agrément et cette courte visite nous prend tout de même près de cinq heures.

 

Nous quittons Chengdu par l’autoroute G5 en direction de Xi’an. Beaucoup de circulation. Nous passons Deyang et Mianyang et quittons l’autoroute à Xinan. Nous partons vers l’est par la route provinciale 302. Au début, la route traverse une campagne très peuplée avec des rizières et de grosses maisons laides mais cossues. Puis la route s’élève dans de modestes collines (alt 700 m) couvertes de forêt. Ne pouvant rejoindre notre destination ce soir, nous faisons halte pour la nuit dans la petite bourgade de Yuanshan, au milieu des collines, où nous avons la chance de trouver un gîte convenable.

 

Vingt-cinquième jour (30 juillet) Yuanshan - Hanzhong, 467 km dont 40 en aller-retour : Nous poursuivons le matin notre progression vers l’est par la route provinciale 302. La route serpente dans des collines plantées en rizières, en maïs, en tabac. Route assez jolie mais lente. Les retards s’étant multipliés, nous n’arrivons à Langzhong qu’à l’heure du déjeuner.

                                                                                                                                      

La vieille ville de Langzhong a été entièrement restaurée pour le tourisme. Nous nous y promenons agréablement malgré la chaleur, certaines rues étant plus authentiques que les autres. Quelques demeures ont été bien restaurées. Petite mosquée de style hui. La spécialité de la ville est le vinaigre, en vente un peu partout sous toutes ses formes

 

Notre visite achevée, nous avons la surprise de découvrir une autoroute toute neuve (G75) qui part vers le nord-ouest et rejoint Guangyuan. Elle est si neuve que notre carte n’en fait  pas mention. C’est une succession impressionnante de viaducs et de tunnels à travers les collines boisées. Près de Guangyuan, nous retrouvons l’autoroute G5 en direction de Xi’an, qui nous fait passer à travers des défilés de collines. Nous faisons étape à Hanzhong (Shaanxi) à la nuit tombante. Brillamment éclairée, Hanzhong se donne des allures de grande ville.

 

Vingt-sixième jour (31 juillet) Hanzhong - Yan’an, 587 km : L’autoroute G5 nous con duit à Xi’an dans la matinée à travers une région de hautes collines et de défilés rocheux. A Xi’an, nous prenons le temps d’une courte promenade dans le quartier musulman qui a gardé toute sa couleur (voir l’article retour à Xi’an ). Puis nous quittons la ville (beaucoup plus facilement que Chengdu avant-hier) et prenons l’autoroute G 65 vers le nord, sur 290 km. Celle-ci s’élève peu à peu à travers les collines de lœss, rendues verdoyantes par la végétation de l’été. Nous arrivons vers 18 h 30 à Yan’an, ville sans grâce au bord d’une rivière presque à sec, mais haut lieu du tourisme rouge car Mao et ses compagnons y passèrent plusieurs années au terme de la Longue marche. Grâce à l’altitude (1000 m), il y fait une fraîcheur agréable.

 

Vingt-septième jour (1er août) Yan’an - Taiyuan,  487 km : visite le matin de Yangjialing, l’une des bases révolutionnaires où Mao et les autres dirigeants passèrent plusieurs années passèrent plusieurs années pendant leur séjour à Yan’an. On visite les logements des dirigeants, modestes excavations taillées dans le rocher, et quelques bâtiments publics de l’époque, dont celui ou eut lieu le 7ème congrès du Parti. Le plus impressionnant est l’affluence des visiteurs – il faut jouer des coudes pour entrer dans les augustes alvéoles - et leur ferveur patriotique. Même tableau au musée, orné d’une grande statue du jeune Mao, qui présente de la période de Yan’an une version strictement orthodoxe.

 

Nous partons ensuite vers le nord-est par la nationale 210 qui monte jusqu’à 1150 m à travers les collines de lœss. Nous déjeunons dans le petit vallon ou eut lieu la conférence historique de Zaolinzegou. A Suide, nous prenons l’autoroute G20 vers l’est mais, à l’approche de la limite provinciale, nous rencontrons un immense embouteillage de camions (peut-être 20 km), sans doute causé par les contrôles interprovinciaux. Les malheureux camionneurs sont là pour des heures sûrement, des jours peut-être. Par crainte d’être bloqués, nous sortons à la première issue et poursuivons par des routes secondaires jusqu’au Fleuve jaune, que nous franchissons à Wubu.

 

La route se passe ensuite sans incidents jusqu’à Taiyuan, capitale provinciale du Shanxi, mais il nous faut plus de deux heures pour entrer en ville et trouver un toit.

  

Vingt-huitième jour (2 août) Taiyuan - Pékin,  567 km : Visite fort intéressante du musée du Shanxi, avec notamment des bronzes Shang et des statues bouddhiques. Il nous faut en suite près d’une heure et demie pour nous extirper de Taiyuan et près de huit heures pour regagner Pékin par l’autoroute déjà utilisée et décrite lors de notre voyage de février 2010 au Shanxi . Nous arrivons chez nous la nuit bien tombée, terminant un périple de 9 053 km en 27 jours, dont 5 164 depuis Xining.

 

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Voyez aussi les articles : Au Tibet sans y être et Le Tibet à 6 km

  les photos de voyage : En-remontant-le-Fleuve-jaune En-remontant-le-Fleuve-jaune

 les portraits de voyage : Visages de Chine du nord Visages de Chine du nord

et les fleurs du plateau tibétain : Cent fleurs à la campagne Cent fleurs à la campagne

(pour les deux derniers albums, voir les photos "Fleuve jaune").