Les Tanimbar et les Moluques du sud-ouest : mode d'emploi

Publié par Ding

écrit à Wetar en février 2016 en attendant un bateau qui tardait à arriver

dédié à Clément qui avait aimé les Moluques du nord en 2004 et aurait aimé ce voyage.

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Un cacatoès (kakatua), oiseau emblématique des Moluques

Un cacatoès (kakatua), oiseau emblématique des Moluques

Le lecteur trouvera ci-après quelques indications pratiques sur les conditions de voyage aux îles Tanimbar et dans la régence des Moluques du sud-ouest, dans l’est de l’Indonésie. Celles-ci complètent l’article de présentation de ces îles et le journal de voyage détaillé que l’on trouvera par ailleurs.

Avant propos 1 : des îles peu documentées

Bien que parcellaire et promis à une obsolescence rapide, le texte que l’on va lire est celui que l’auteur a cherché en vain avant son départ. Alors que les Moluques centrales, les Moluques du nord et même les îles Kei sont à nouveau des destinations touristiques reconnues, les Tanimbar et les Moluques du sud-ouest restent presque ignorées des touristes et des voyageurs. Les guides touristiques consacrés à l’Indonésie les ignorent le plus souvent ; le guide Lonely Planet a supprimé en 2013 le chapitre succinct qu’il leur consacrait auparavant. Pour trouver des informations sommaires et dépassées, il faut se référer aux éditions précédentes ou à des guides plus anciens, notamment le célèbre Indonesia Handbook de Bill Dalton (Moon Publications, dernière édition en 1995) ou Spice Islands - the Moluccas de Kal Muller, paru chez Periplus en 1990, le plus précis.

Divers sites Internet, officiels ou privés, et blogs de voyage donnent une information moins ancienne mais souvent obsolète malgré tout et de fiabilité très inégale. Ces ressources en ligne sont majoritairement écrites en indonésien, ce qui les rend difficilement utilisables par les lecteurs étrangers (en anglais, le site de référence à consulter en priorité est : http://www.east-indonesia.info dont l’auteur, Laszlo Wagner, fait autorité sur les Moluques et la Papouasie). Dans cette catégorie, une mention particulière doit être faite du blog de voyage consacré aux Moluques du sud-ouest, mis en ligne en 2015 par une jeune Indonésienne, Marie Anne El Lejar, étudiante en tourisme : Kepulauan Maluku Barat Daya, « the lost islands of Indonesia » : https://ellejartravelhunt.wordpress.com/2015/05/22/93/ . Malgré quelques inexactitudes de détail, ce blog en indonésien est de loin la source la plus complète et la plus à jour que l’auteur ait trouvée sur la régence en question et ses ressources touristiques. Il en exprime sa reconnaissance à Mlle El Lejar.

 

Avant-propos 2 : est-il raisonnable de visiter les Tanimbar et les Moluques du sud-ouest ?

Très clairement oui, avec une petite réserve pour Wetar (voir in fine), dès lors que l’on désire sortir des sentiers battus, échapper au tourisme de masse et même au tourisme tout court pour retrouver le vrai sens du voyage et de la découverte.

Mais il faut satisfaire à plusieurs conditions que l’on résumera ainsi :

Des ports souvent déserts ; ici celui de Wonreli (Kisar)

Des ports souvent déserts ; ici celui de Wonreli (Kisar)

  1. D’abord et avant tout, disposer de temps : les avions sont rares sauf vers Saumlaki, de petite taille et leurs vols peuvent être annulés par mauvais temps. Les paquebots de la compagnie nationale Pelni passent tous les quinze jours et ne desservent que les îles principales. Les cargos dits pionniers vont à peu près partout mais à une fréquence irrégulière et selon des horaires non publiés. On peut donc les attendre assez longtemps. Il serait donc déconseillé de se rendre dans ces îles pour un séjour de courte durée (une semaine ou deux) ou de s’y trouver encore à quelques jours de la date prévue pour quitter l’Indonésie. Il faut du temps, cette richesse qui ne s’achète pas.
  1. Il faut en second lieu être en bonne santé et ne compter que sur soi pour le rester. Si les risques ne sont pas vraiment plus élevés qu’ailleurs (cf. infra), les infrastructures de soin sont réduites au minimum : pas d’hôpital en dehors de Saumlaki, de simples dispensaires de villages (Puskesmas) dont les ressources médicales sont limitées et les compétences en langues étrangères inexistantes. Même si  l’on a pris la précaution indispensable de souscrire une bonne assurance de voyage, il sera difficile d’avertir celle-ci tant les télécommunications sont aléatoires et l’assureur ne pourra guère organiser une évacuation sanitaire dans des délais rapides. Bref, il ne faut compter que sur soi.

3 - Parler un peu l’indonésien, langue moins facile qu’on le dit souvent, est très précieux sur le plan pratique et permet de converser avec les gens rencontrés, ce qui est le grand, peut être le principal attrait d’un tel voyage. L’indonésien, langue nationale, est compris partout et très utilisé par la population de ces îles tant les dialectes locaux y sont nombreux et fragmentés (à la différence de Java). Si l’on n’a aucune connaissance de cette langue, il est recommandé de se procurer une petite méthode qui donnera le vocabulaire le plus élémentaire.

4 - Accepter un certain inconfort est indispensable. On ne trouvera dans ces îles, sauf à Saumlaki,  aucun hôtel ni aucun restaurant digne de ce nom (cf. infra). Dans le meilleur des cas, on logera dans de modestes auberges et l’on déjeunera dans de petites échoppes qui servent du riz, du poisson, des nouilles et quelques légumes. Dans les villages reculés, particulièrement à Wetar, on ne trouvera pas ces ressources et le voyageur devra s’en remettre à l’hospitalité des villageois. Celle-ci est chaleureuse mais très rustique. Sur les navires, le voyage peut être décent si l’on arrive à louer une cabine qui sera plus ou moins propre ; il peut être éprouvant s’il faut se contenter de quelques décimètres carrés de pont au milieu de centaines de passagers, voire voyager debout une nuit entière.

Ancienne église de Wonreli (Kisar)

Ancienne église de Wonreli (Kisar)

5 - Savoir enfin ce que l’on veut et ce que l’on cherche. Les sites historiques ou touristiques de ces îles sont le plus souvent modestes. Une très belle plage peut être gâchée si le courant y a déposé des centaines de ces détritus en plastique qui sont la plaie de nos océans. Les forts hollandais de Kisar, construits au 17ème siècle, se réduisent aujourd’hui à deux ou trois murs ruinés. Les grands temples de Java ou de Bali n’ont pas d’équivalents dans ces îles lointaines. Pour ne pas être déçu ou frustré, il faut considérer de tels sites – les « objets touristiques » dont parlent les Indonésiens – moins comme le motif que comme le prétexte d’expéditions parfois longues dont la vraie récompense sera la découverte de contrées perdues et la gentillesse de l’accueil local. Un vrai voyage contient en lui-même son but et sa justification.

Après ces préliminaires, dont le lecteur voudra bien excuser la longueur, voici les indications pratiques.

*     *     *

Accès à Tanimbar et aux Moluques du sud-ouest

Ambon, capitale provinciale des Moluques, est de loin la porte d’entrée la plus pratique, même si cela implique un détour vers le nord. Son aéroport, Pattimura, désormais bien équipé mais loin de la ville, est relié à Java et à Makassar (Célèbes) par de nombreux vols quotidiens. C’est d’Ambon que partent les vols vers Saumlaki (Tanimbar), Wonreli (Kisar) et Tiakur (Moa). C’est aussi d’Ambon que part deux fois par mois le paquebot Pangrango de la Pelni.

Un court séjour à Ambon permettra de se reposer dans un bon hôtel, d’utiliser Internet, de se procurer des liquidités, choses qui seront difficiles ou impossibles ensuite.

Kupang, capitale provinciale des petites îles de la Sonde orientales (Nusa Tenggara Timur, NTT) peut aussi être utilisée comme point d’accès aux Moluques du sud-ouest mais moins commodément : Susi Air exploite actuellement trois vols hebdomadaires en petits porteurs vers Wonreli et certains cargos pionniers relient Kupang à Wetar ou Kisar. Ces dessertes sont cependant beaucoup moins nombreuses qu’au départ d’Ambon, d’où le risque de devoir attendre avant de trouver un passage.

1 - L’extrémité orientale de Timor et l'ile Jaco, vues du détroit de Wetar. 2 - Le consulat de Timor-est à Kupang.
1 - L’extrémité orientale de Timor et l'ile Jaco, vues du détroit de Wetar. 2 - Le consulat de Timor-est à Kupang.

1 - L’extrémité orientale de Timor et l'ile Jaco, vues du détroit de Wetar. 2 - Le consulat de Timor-est à Kupang.

Il n’est en revanche plus possible, depuis l’indépendance de la République démocratique de Timor-est (RDTL) en 2002, de traverser le détroit qui sépare Kisar et Wetar de Timor-est ou de gagner l’ile est-timoraise d’Atauro depuis Wetar ou l’île voisine de Lirang. Les seuls points de passage autorisés pour se rendre en RDTL sont le port et l’aéroport de Dili et les postes-frontières terrestres entre Timor-ouest et Timor-est. Les ressortissants de l’U.E. peuvent désormais entrer en RDTL sans visa ni autorisation préalable mais il faut disposer d’un nouveau visa ou d’un visa à entrées multiples si l’on désire retourner ensuite en Indonésie par voie terrestre.

 

Argent et cartes de crédit

Les cartes de crédit ne sont acceptées ni par les auberges ni par les commerçants des Tanimbar et  des Moluques du sud-ouest. Les possibilités de change de devises étrangères sur place sont inexistantes, sauf dans une certaine mesure à Saumlaki. Il faut donc se munir de roupies indonésiennes (IDR) en quantité suffisante pour faire face aux besoins et aux imprévus du voyage.

On trouve aujourd’hui des distributeurs de billets dans les chefs lieu des îles principales – Saumlaki, Tepa, Tiakur, Wonreli – à l‘exception de Wetar. La Bank Rakyat Indonesia (BRI) est la mieux représentée même si l’on trouve une offre un peu plus diversifiée à Saumlaki (BNI notamment). La prudence conduit cependant à ne pas trop se fier à ces distributeurs des îles lointaines qui n’acceptent pas nécessairement les cartes étrangères et sont dépendants de télécommunications souvent défectueuses. Il est bien préférable de se munir de liquidités avant d’arriver aux Moluques ou de s’approvisionner à Ambon.

 

Budget

(1 euro valait environ 15 000 IDR en février 2016 mais cette donnée doit évidemment être vérifiée vu la volatilité du marché des changes.)

Une fois sur place, le voyage peut être assez bon marché puisque l’hébergement, la restauration et les transports sont rudimentaires (cf. infra). Un budget quotidien de 300 à 350 000 IDR (environ 25 euros) peut suffire à un voyageur individuel frugal, voire moins si l’on loge chez l’habitant.

Ceci suppose cependant que l’on utilise les transports locaux, avec de longues attentes, et la marche à pied, austère sous ces climats. Le voyageur pressé qui voudra affréter des moyens de transport pour gagner du temps devra payer bien davantage du fait de la pénurie. Si les déplacements en moto-taxis restent d’un coût modique, la location d’une voiture, d’un camion ou d’une petite embarcation, à condition d’en trouver, coûtera plusieurs centaines de milliers de roupies pour un petit trajet, plusieurs millions pour un trajet plus long. Si l’on affrète fréquemment des moyens de transport, le budget quotidien de voyage se chiffrera en centaines d’euros, ce qui reste raisonnable si l’on voyage en groupe et partage les frais. Cette situation se retrouve un peu partout dans l’est de l’Indonésie mais elle est particulièrement marquée aux Moluques du sud-ouest.

 

Hébergement et restauration

Saumlaki offre comme de juste le plus de ressources.

On trouvera dans la rue principale, un hôtel moderne, le seul de la région (Incla, www.inclahotel.com), un hôtel plus modeste et plus ancien (Harapan Indah) et deux petites auberges (Ratutel et Pantai Indah, cette dernière un peu plus au nord). Tout près des deux hôtels, sur le même côté que le second, se trouve un bon restaurant chinois spécialisé dans les fruits de mer (fermé le dimanche midi), seul établissement de cette catégorie dans la région.

Dans les autres îles on ne trouvera aucun hôtel mais quelques petites auberges (penginapan) proposant des chambres climatisées aux heures où l’électricité fonctionne et où l’on vit plus ou moins avec la famille :

  • A Tepa (Babar), deux auberges dans la rue principale dont la seconde (Lakpona Indah) est de meilleure apparence et l’accueil très cordial.
  • A Kaiwatu (port de Moa), une auberge tout près du port (Kaiwatu Indah) et une autre (Tomas) à un carrefour situé 1 km plus loin à peu près, aucune inscription ne la signale. L’accueil est plus sympathique dans la seconde mais le service y est très désorganisé.
  • A Tiakur (chef-lieu de Moa), une auberge à la sortie nord de la ville (Scorpion’s).
  • A Wonreli, trois auberges seulement semblent ouvertes depuis que la ville n’est plus chef-lieu de la régence : Villen Jaya (au hameau de Kota Lama, sur la route venant du port), Yotowawa Indah et Ina Dow (à côté de l’église catholique, très bon accueil). Ces trois établissements sont proches les uns des autres mais aussi de la centrale électrique qui produit 22 heures par jour un vacarme et une fumée noire très pénibles.

Ces auberges ne servent pas de repas. On trouvera dans chacune de ces villes des échoppes, en plein air ou non, qui servent des repas très simples à base de riz et de poisson.

A Wetar il n’existe ni auberge, ni échoppe servant des repas. Le logement chez l’habitant est la seule solution dans des conditions très simples. Il en va de même dans les villages des autres îles. S’adresser au besoin au chef du village.

Au village de Lurang, sur la côte nord de Wetar,  une famille commerçante (Mme Baya, originaire d’Alor) dispose cependant de deux chambres de passage simples, sans  lits, salles de bain ni climatisation. A proximité (5 km à l’ouest) se trouve la mine de cuivre de la société BKP qui dispose d’une base vie importante et pourrait été sollicitée au besoin.

Des légumes et des fruits (mangues surtout, excellentes) se trouvent aisément sur les marchés, sauf à Wetar où ils sont rares. Il vaut mieux les faire acheter par quelqu’un du pays sans se montrer pour éviter de payer le « prix des blancs » (harga bule), exagéré.

L’eau minérale se trouve facilement dans les magasins, sauf dans les villages reculés, les prix étant en gros le double de ceux de Java. Les commerçants vendent de la bière à des prix élevés, ces régions chrétiennes ne subissant pas la pression musulmane visant à interdire toute vente d’alcool.

 

Liaisons aériennes

Ces indications valables début 2016  pouvant rapidement évoluer, il est indispensable de les vérifier avant le voyage.

Saumlaki est reliée à Ambon par deux ou trois vols quotidiens en ATR 72 : un vol quotidien de Garuda Indonesia (seule compagnie qui soit sortie de la liste noire de l’Union européenne), un ou deux vols quotidiens de Wings Air (filiale de Lion Air). Des correspondances rapides sont possibles à Ambon si l’on arrive de Jakarta, Surabaya ou Makassar.

Arrivée à Saumlaki

Arrivée à Saumlaki

Saumlaki est desservie par son nouvel aéroport, dénommé Mathilda Batlayeri, à 18 km à peu près au nord de la ville, qui a remplacé le petit aéroport d’Olilit, beaucoup plus proche. Les taxis sont les seuls moyens de transport disponibles pour gagner la ville (ils demandaient 200 000 IDR début 2016), sauf à marcher jusqu’à la route principale (2 km environ) et attendre un (rare) transport en commun.

Le vol qui reliait Saumlaki à Langgur (aux îles Kei) avec une escale à Larat en 2015 ne semblait plus fonctionner en 2016.

Tiakur et Wonreli sont reliés à Ambon par un ou deux vols hebdomadaires (jeudi et éventuellement lundi) mais il n’était pas possible d’acheter des billets à Tiakur début 2016.

Susi Air reliait Wonreli à Kupang trois fois par semaine début 2016, le lundi, le mercredi et le vendredi.

Liaisons maritimes

Le Pangrango de la compagnie nationale Pelni assure deux fois par mois la liaison Ambon – Saumlaki (Tanimbar) – Tepa (Babar) – Kaiwatu (port de Tiakur, Moa), Wonreli (Kisar) et retour par le même itinéraire. Il est en principe possible de connaître l’horaire sur le site officiel www.pelni.co.id mais celui-ci est souvent défectueux. Les billets peuvent être achetés à bord sans réservation. La qualité du service s’est dégradée depuis que les première et deuxième classes ont été supprimées ; les billets sont vendus pour la classe économique, en dortoirs. Il faut ensuite tenter de monnayer une ancienne cabine de première ou de seconde, ou une cabine d’équipage (prix raisonnable de l’ordre de 200 000 IDR en plus du  prix du billet mais les demandes peuvent être beaucoup plus fortes).

Cargos à quai à Saumlaki

Cargos à quai à Saumlaki

D’autres liaisons maritimes sont assurées par des cargos dits pionniers (Kapal Perintis) qui desservent aussi les plus petites îles et peuvent continuer jusqu’à Kalabahi (Alor), Kupang (Timor), voire Makassar (Célèbes-sud).  Les cargos de la famille Sabuk Nusantara numérotés 34, 41 ou 49 sont assez comparables au Pangrango avec des cabines monnayables de gré à gré et des équipements de sécurité. Les autres cargos peuvent être très inconfortables, surtout lorsqu’ils sont bondés. Prévoir pour ceux-ci une natte (tikar) et quelques vivres.

Un cargo « pionnier » au départ de Tepa (Babar)

Un cargo « pionnier » au départ de Tepa (Babar)

Il n’est pas possible de connaître à l’avance les horaires de ces cargos, qui sont évolutifs. Dans chaque port il faut se renseigner à la capitainerie (Kantor Pelabuhan), tenter de parler au capitaine du port (Syahbandar) et renouveler fréquemment ces visites ou appeler au téléphone (s’il fonctionne) car tout peut changer d’un jour à l’autre.

 

Liaisons terrestres

Yamdena, île principale des Tanimbar, est traversable du sud au nord sans trop de mal : au nord de Saumlaki se trouve une gare routière (terminal) où le voyageur trouvera des véhicules, certes peu fréquents, qui parcourent la route dite trans-Yamdena. Encore faut-il éviter le dimanche matin dans cette île très catholique : tout le monde est à la messe et les routes sont vides.

Les choses sont beaucoup plus compliquées dans les autres îles où l’on est confronté à la double rareté des routes et des véhicules ainsi qu’à l’absence de transports en commun.

Sur les routes et les pistes là où elles existent, la seule solution pratique est la moto-taxi (ojek) très facile à trouver car les motards proposent volontiers de prendre des passagers, moyennant ou non une rémunération. Ce mode de transport est certainement moins dangereux qu’à Java ou Bali car les routes des Moluques du sud-ouest sont vides. Mais un casque, bien qu’obligatoire, sera rarement disponible au point qu’il serait recommandable d’en posséder un si l’on prévoit de recourir souvent à ce mode de transport.

Si l’on souhaite éviter la moto, il reste l’autostop – les conducteurs de voitures et de camions s’arrêtent volontiers mais on peut attendre des heures avant d’en voir passer un – et la marche.  Cette dernière est un bon moyen de découvrir ces îles et l’auteur y a largement recours. Mais il fait très chaud en milieu de journée – prévoir un chapeau et de l’eau – et cette activité suscite l’incompréhension des habitants, y compris les plus jeunes, qui utilisent la moto même pour de très courtes distances.

 

Une route … vide (près de Lurang, Wetar)

Une route … vide (près de Lurang, Wetar)

Santé

Les précautions à prendre pour l’hygiène alimentaire et les insolations sont les mêmes que dans le reste de l’Indonésie.

Le paludisme doit être pris au sérieux (zone 3 pour les résistances). Il est souhaitable de prévoir des repellents, un traitement préventif et un traitement curatif de précaution, d’autant plus qu’il ne faut pas trop compter sur les structures de soin locales.

A Lerokis, sur la côte nord de Wetar, l’entreprise minière BKP dispose d’un petit hôpital. Bien que celui-ci soit en principe réservé à son personnel, c’est une ressource possible en cas d’urgence si aucun navire n’est en partance pour Kupang.

 

Sécurité

Les risques généraux du voyage en Indonésie sont présents dans la région : accidents de la route – risque réduit par le peu de circulation mais accru par l’absence du port du casque -, cargos surpeuplés naviguant sur des mers souvent très dures, compagnies aériennes mal supervisées par leurs régulateurs, d’où leur inscription sur la liste noire de l’Union européenne.

La criminalité et le risque terroriste peuvent être tenus pour très faibles dans ces régions reculées.

Quelques risques spécifiques à la région sont souvent mentionnés, qu’il ne faut pas ignorer complètement : buffles sauvages à Yamdena et Moa, crocodiles à Wetar (au lac Tihu et sur la côte nord en particulier). Pour les excursions lointaines hors des routes, il vaut mieux se faire accompagner. Les crocodiles d’estuaire (crocodylus porosus, ind. buaya muara) représentent une menace non négligeable dans les eaux côtières dans la zone qui va de la Papouasie à la côte nord de l’Australie en passant par les Moluques. Les pêcheurs locaux en sont les principales victimes mais des accidents avec des plongeurs se produisent parfois (un cas à Rajah Ampat, en Papouasie occidentale, en mars 2016). Le risque est maximal en fin d’après-midi et en soirée. La baignade peut aussi être rendue dangereuse par les vagues et les courants.

 

Téléphone et Internet

Si l’on a besoin d’être constamment joignable, il ne faut pas voyager dans cette région (ou emporter un téléphone satellite Iridium ou Thuraya, mais ceux-ci fonctionnent mal dans les zones boisées).

Les téléphones fixes étant en voie de disparition, il convient de se procurer une carte SIM indonésienne pour son téléphone portable. Dans ces régions reculées, il est recommandé d’acheter les cartes Simpati de l’opérateur officiel Telkomsel. Il est très facile de recharger ces cartes,  d’innombrables boutiques  le proposant (Jual Pulsa).

Il demeure que le téléphone portable est très moyennement accessible dans ces îles. Les villages reculés et a fortiori les régions inhabitées sont dépourvus de relais. Là où des relais sont implantés ils peuvent tomber en panne ou être frappés par la foudre et ne pas être réparés avant plusieurs semaines. Même lorsqu’ils sont en état, ils peuvent cesser de fonctionner une partie de la journée faute d’électricité lorsque leurs batteries sont déchargées (à Tepa notamment).

Internet peut en théorie être reçu sur smartphones en achetant une carte SIM comprenant cette option mais l’accessibilité du réseau par ce moyen est très réduite, même à Saumlaki. Les auberges ne proposent pas de wifi ; l’hôtel Incla de Saumlaki en est doté … en principe.

Le centre de services Internet cantonal de Saumlaki détruit par le feu

Le centre de services Internet cantonal de Saumlaki détruit par le feu

Le restaurant chinois de Saumlaki peut mettre un ordinateur connecté à Internet à la disposition de ses clients. Encore faut-il que cette connexion fonctionne. Il n’y a pas de café Internet en ville.

A Tiakur, les bureaux du ministère des communications, à l’extrémité ouest de la rue principale, sont connectés à Internet fixe et en wifi. Un café Internet (Warnet) doté d’un groupe électrogène se trouve dans une maison en bois à 100 m au sud, qui semble être le seul de la région.

Le ministère des communications finance des programmes pour amener Internet et le wifi dans les villages par des stations fixes ou mobiles ; les résultats sont encore inégaux en raison de l’état du réseau et des compétences locales. La mairie de village (balai desa) de Wonreli (Kisar) est l’une des rares où l’auteur a pu accéder à ce service à force de persévérance.

A Lerokis (Wetar nord), l’entreprise minière BKP met sur demande une connexion wifi à disposition des personnes extérieures. Il convient de s’inscrire.

Us, coutumes et protocole

Certaines règles traditionnelles en Indonésie, largement tombées en désuétude dans les régions touristiques de l’ouest du pays, restent applicables aux Moluques ; il vaut mieux s’y conformer.

Lorsqu’on loge dans une petite auberge ou chez un particulier, il convient de s’enregistrer (melapor, c’est-à-dire faire rapport) au poste de police (kantor polisi) dans les petites villes (se munir de son passeport), auprès du chef de village (kepala desa ou kades) dans les villages. Il est de moins en moins nécessaire de se présenter à l’armée (komando rayon militer ou koramil) comme c’était le cas lors de périodes troublées. Ces formalités prennent un peu de temps car il est courtois de faire un peu de conversation avant d’en venir au fait et de se retirer, mais elles sont aussi l’occasion de glaner des informations intéressantes ou utiles.

Le chef du village de Sangliat Dol (Yamdena) et son épouse

Le chef du village de Sangliat Dol (Yamdena) et son épouse

Lorsqu’un visiteur traverse à pied un village reculé, surtout si celui-ci contient un site touristique, il est attendu de lui qu’il se présente d’abord chez le chef du village et obtienne son autorisation. Cet usage est toujours en vigueur dans les villages éloignés où le touriste n’est pas perçu comme un simple passant circulant sur le domaine public mais comme un hôte (tamu) se rendant sur les terres ancestrales du village. Cette pratique s’apparente un peu à ce que l’on nomme « faire la coutume » en Océanie. S’en dispenser constitue un impair.

Pour photographier les mégalithes de Yamdena, il faut obtenir dans chaque village deux autorisations et procéder à une petite cérémonie (voir journal, 14 février).

 

Wetar

Le lecteur aura compris que les conditions de voyage sont particulières à Wetar, île vaste, montagneuse et très peu peuplée (9 000 habitants environ). L’unique route, neuve, relie la côte sud à la côte nord, entre les villages d’Ilwaki et de Lurang. Il n’y a pas de route pour faire le tour de l’île, ni de service maritime régulier. Il n’existe aucune ville, seulement des villages où l’on ne trouvera ni auberge, ni échoppe servant des repas (sans parler de restaurants).

La principale attraction est le lac Tihu, au centre de l’île (voir journal, 26 février). Il est très beau, enchâssé dans les montagnes, mais il est sage de l’observer à distance depuis la route en raison des sauriens qui l’habitent.

Les habitants comprennent mal qu’un étranger puisse venir faire du tourisme dans leur île. La visite de Wetar n’est recommandée qu’aux voyageurs disposant de temps et très motivés.

Près de Lurang (Wetar)

Près de Lurang (Wetar)