Journal Pékin Paris (2013-2014) : 1 bis - en Chine

Suite de : Journal Pékin Paris (2013-2014) : 1 - en Chine

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Antilopes tibétaines

30ème jour, 4 octobre,  Tuotuohe Nagqu, 411 km : nous quittons Tuotuohe à 8 h sans regrets excessifs et traversons bientôt une zone enneigée, vers 4600 m. Nombreuses antilopes. 78 km après le départ, soit au km 3232 de Pékin, poste de police où nos passeports et permis sont contrôlés. 13 km plus tard, nous nous arrêtons dans une petite maison de thé (au beurre rance comme il se doit) au village de Yanshiping. La rusticité, pour ne pas dire la pauvreté de cet intérieur tibétain est manifeste mais le poêle à charbon apporte une chaleur bienvenue car il fait froid (vent et grésil de neige). Nous traversons ensuite une nouvelle zone enneigée, mais la route est nettement meilleure qu’hier et le restera toute la journée. Nous sommes à partir de maintenant,   dans une zone fréquentée par des nomades : nombreux troupeaux de yaks et de moutons.

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Nous suivons depuis Golmud la voie ferrée Qinghai Tibet, qui ne s’écarte de la route que sur quelques segments (au passage de la limite provinciale notamment). Depuis Golmud, cette ligne est à voir unique non électrifiée. Les trains – en  grande majorité des trains de marchandises - sont tractés par des locomotives Diesel (deux ou trois pour chaque train en raison des fortes côtes) d’un modèle spécialement conçu pour cette ligne, dont on peut voir photos et maquettes aux musées des chemins de fer de Pékin. Ils roulent lentement – 50 km/h environ – au point que nous les dépassons parfois. Les wagons de voyageurs sont aussi d’un modèle spécial, pressurisé pour le bien être des passagers (nous ne pouvons qu’en rêver après la nuit que nous venons de passer …). On ne peut qu’admirer le prouesse que représente la construction d’une ligne culminant à 5 200 m, sur un terrain gelé une bonne partie de l’année, même si le relief du plateau n’est pas très accidenté (ce sera bien différent pour la ligne Chengdu – Lhassa en construction).

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188 km après le départ, au km 3342 de Pékin, par 91° 55’ E et 32° 52’N, nous atteignons le col de Tanggula (Tanggulashankou), dans la chaîne du même nom, à 5 231 m d’altitude d’après les panonceaux). Rien de très remarquable si ce ne sont les habituels drapeaux de prière et quelques monuments au goût local. Mais les voyageurs s’arrêtent pour une photo souvenir car ce col délimite le Qinghai et la région autonome du Tibet (aucun contrôle de police cependant). Nous apprécions la valeur symbolique du moment : après des années de rêves et de projets, après une série de voyages depuis 1996 dans les zones tibétaines du Yunnan, du Sichuan, du Gansu, du Qinghai et de l’Inde (voir l’article une si longue genèse), nous voici enfin dans la région autonome du Tibet.

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Amdo

40 km plus loin, nous franchissons un autre col (5170 m d’après le panonceau) et redescendons pour un déjeuner rapide à Amdo (km 3430, alt. 4650), très petite ville commerçante où les villageois et les nomades des environs viennent faire leur marché. La moto, qui a remplacé le cheval, est le véhicule populaire par excellence, que l’on hésite pas à décorer comme un objet de prix (ou comme un cheval). Les camions tibétains sont également décorés, beaucoup moins richement certes qu’en Inde ou au Pakistan, mais l’influence de l’Asie du sud est nette. En sortant de la ville, nouveau contrôle de police (passeports, permis). Les conducteurs sont également sous surveillance : on leur prescrit leur heure d’arrivée à la ville suivante pour les dissuader de rouler trop vite.

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La rivière Nagqu (Salouen)

D’Amdo à Nagqu, il reste 138 km d’une route fraîchement refaite et de très bonne qualité. Région toujours fréquentée par des nomades et leurs troupeaux (mais plus d’antilopes)  Une cuvette, puis une petite chaîne de montagnes (col Sankarga km 3444, alt. 4880 m), puis descente dans la vallée de la rivière Nagqu. Cette dernière, qui a pris sa source quelques kilomètres plus haut, est un torrent montagneux, d’apparence banale mais qui a un bel avenir devant lui : il coulera vers le sud-est sur des milliers de kilomètres et deviendra, sous le nom de Salouen, l’un des grands fleuves d’Asie avant de se jeter dans l’Océan indien, en Birmanie.

Nous dépassons un pèlerin qui chemine sur la route par prosternations, se couchant sur le bitume de tout son long tous les quelques pas. Ses bagages sont posés sur un chariot, quelques mètres dernière lui. Il mettre sans doute des semaines ou des mois à gagner Lhassa, selon un rite typiquement tibétain. Nous avions rencontré de nombreux pèlerins pratiquant ce rite l’an dernier au Sichuan et au Qinghai, mais c’est le premier que nous rencontrons cette année.

Nous arrivons à Nagqu (km 3458 de Pékin, 92° 03’E, 31° 28’N, alt. 4507 m) vers 16 h 30 et descendons à l’hôtel chic de l’endroit (pas malvenu après l’étape précédente). Il est à présumer qu’il n’y a rien de très particulier à voir en ville mais nous ne pouvons l’attester car la police locale nous fait savoir que la ville n’est pas ouverte aux étrangers : nous sommes invités à ne pas quitter le voisinage immédiat de l’hôtel.

Ce quartier excentré présente un intérêt limité. La rue de Lhassa, artère principale, est construite à neuf dans un style qui se veut local, mais les trottoirs sont bien boueux. A la périphérie, des logements construits en dur mais de pauvre apparence, avec des ruelles boueuses. Beaucoup de Tibétains en costume, des Han (Chinois de souche) en plus petit nombre et quelques Hui (Chinois musulmans).

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31ème jour, 5 octobre, Nagqu Dhamzhung et lac Nam-tso, 273 km : nous quittons Nagqu par beau temps mais dans la brume. De nombreux bâtiments publics se construisent autour de la ville. De très bonne qualité, la route est très surveillée (trois postes de contrôle en chemin). Très belles vues sur les montagnes enneigées au sud. De nombreux pèlerins cheminent par prosternations, certains à pied, d’autres suivis de roulottes ou de camions. Quelques enfants parmi eux. Un petit col à 4 632 m , puis la route descend vers Damzhung. La prairie est peuplée de milliers de yaks. Alors que la belle région traversée ce matin était fréquentée que par les gens du pays, on rentre ici dans la zone fréquentée par les groupes de touristes venus de Lhassa : nombreuses maisons en style local arborant un petit drapeau chinois.

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Nous passons rapidement à Damzhung et prenons la route touristique qui conduit au lac Nam-tso. Elle est très fréquentée et s’élève rapidement dans la montagne jusqu’au col de Largen, à 5100 m. Le spectacle de ce col enneigé est magnifique, mais le capharnaüm touristique est abominable en ces jours de fête nationale.

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Nous redescendons au nord jusqu’au lac Nam-tso (alt 4 718, réputé le lac salé le plus haut du monde). Avec le lac turquoise, la prairie jaune et les sommets enneigés, le spectacle est grandiose et fait oublier l’affluence. Il en va de même lorsqu’on parvient au bord du lac : le superbe spectacle du lac vu sur deux côtés sur fond de montagnes (un pic à 7 111 m au sud-est) fait oublier une cohue insupportable.

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Les touristes et les attractions qui leur sont destinées sont heureusement concentrés sur un périmètre assez réduit, de sorte que le reste du site reste vierge. Nous sommes semble-t-il les seuls touristes non chinois. Le spectacle des touristes chinois voisinant avec des Tibétains pauvres est un contraste fort.

Nous reprenons la route vers 16 h. A nouveau la cohue au col Largen : le premier embouteillage de notre vie à plus de 5 000 m. Nous logeons à Dhamzhung (91° 05’E 30° 28’N, alt. 4 320 m) dans un bel hôtel tout neuf de style tibétain avec vue sur les belles montagnes que nous venons de quitter. Cette étape agréable conclut une journée exceptionnelle.

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32ème jour, 6 octobre, Dhamzhung Lhassa, 163 km : Nous avons eu de la chance hier car le temps est très gris ce matin. La chaîne de montagne qui nous sépare du lac Nam-tso est perdue dans les nuages. Nous reprenons la route nationale vers le sud. Celle-ci est de très bonne qualité mais pas très large et très surveillée : un poste de contrôle à chaque localité un peu importante, nos permis étant contrôlés à l’approche de Lhassa. On fait route lentement, la vitesse étant à nouveau strictement contrôlée. La route traverse d’abord une petite plaine avec de nouveau des centaines de yaks, la fenaison est en cours. Puis un petit col (Tangla, km 3778, 4 540 m) et la route descend dans une vallée assez encaissée, avec des villages (et paraît-il des sépultures trouvées par les archéologues). C’est une assez belle route jusqu’à l’approche de la ville où l’industrie et la pollution font leur apparition. Nous entrons à Lhassa (91° 08’E, 29° 39’N, 3 658 m) peu après midi et commençons nos visites.

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32ème au 34ème jour, 6 au 8 octobre, Lhassa : Notre première visite est, à tout seigneur tout honneur, pour le Potala. Passé le choc de voir enfin ce monument tant photographié, dans son cadre de ville et de montagnes, des questions complexes se posent pour le regarder, l’apprivoiser et le photographier. Sans être dénaturé, le Potala est fortement encadré par divers aménagements : le drapeau chinois qui le surmonte et ceux qui lui font face, les banderoles aux slogans de la fête nationale, le monument officiel qui lui fait face sur la place ; à cela s’ajoutent le flux de voitures sur la place, les boutiques au pied …

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Tout ceci pose une question où l’esthétique se mêle au politique : faut-il tenter d’oublier ou de faire abstraction de tous ces symboles de modernité chinoise, ou au contraire considérer qu’ils font partie intégrante de l’identité de la capitale régionale et les voir comme de vrais éléments du décor ?  Toutes choses égales d’ailleurs, la visite du monument lui-même, pour encadrée qu’elle soit, est plus simple car on peut alors, dans ce labyrinthe de pièces et de sanctuaires, se croire dans le Potala antique et oublier un peu la modernité qui l’entoure.

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Les publics sont nombreux autour du Potala et à l’intérieur, ils participent de la complexité du lieu : les habitants de Lhassa, tibétains et han ; touristes chinois, qui défilent ici par millions, mais aussi touristes-pèlerins tibétains venus de tout le Tibet, qui découvrent aussi le monument  emblématique (ils en font le tour rituel dans le sens des aiguilles d’une montre, cela fait partie du pèlerinage). Ces pèlerins tibétains prennent la pose comme les touristes chinois.

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Nous photographions ces Tibétains en costume pour leur exotisme et leur couleur locale, ils font de même avec nous avec de grands rires.

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L’esplanade devant le Potala est troublante pour les Pékinois que nous sommes car elle reproduit jusque dans les détails (les lampadaires ….) la configuration de la place Tiananmen : la rue de Pékin reproduit l’avenue Changan, le même mât aux couleurs fait face au monument, le monument aux héros du peuple au fond de la place, c’est la même configuration symbolique, comme si on avait voulu doter la région autonome d’une mini-capitale symbolique.

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Visite de quelques uns des grands monastères de Lhassa : Drepung, magnifique dans son cadre de montagnes, Sera, très beau aussi au pied de la montagne, Jokhang (photo ci-contre) le plus troublant peut-être par son ancienneté (VIIème siècle) et les manifestations de piété des pèlerins qui en font le tour rituel : c’est le fameux tour du Barkhor, que les plus dévots font par prosternations, les autres en marchant avec leur moulin à prières portatifs. Cette humanité pieuse est si captivante que l’on passe aisément sur les centaines de boutiques à souvenirs qui bordent la rue célèbre. Le Barkhor et le Jokhang, c’est à peu près le Mont Saint Michel dont on aurait inversé la proportion entre les touristes et les pèlerins authentiques. Ces monastères sont remarquables malgré les dégâts de la révolution culturelle : beaucoup de statues ont été détruites mais les temples eux-mêmes, souvent  réquisitionnés par l’armée, n’ont pas été trop endommagés. Très belles fresques qui racontent l’histoire du Tibet.

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Visite aussi du Norbulingka, ancienne résidence d’été des Dalai Lama. Havre de verdure et de paix au cœur de la ville (en face d’une caserne…), déambulation entre les pelouses sous les arbres dans une région qui en est si dépourvue. Petits pavillons plein de charme, même pour les plus récents d’entre eux qui datent du siècle dernier ; celui de l’actuel titulaire de la charge est montré sans aucune gêne apparente.

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Promenade dans le quartier du Barkhor vers 9 heures le matin : la ville s’éveille. Il fait jour depuis è h 30 mais le froid est encore vif. C’est le jour de la rentrée après les congés de la fête nationale, les mamans ou les grand mères conduisent les enfants à l’école en portant la couette qui a été lavée pendant les vacances. Le petit temple du quartier ne désemplit pas de fidèles qui font tourner les moulins à prières et font le tour rituel du sanctuaire, dans l’odeur de fumée de cèdre. Dans les cours d’immeubles, les dames lavent le linge. Les petits commerces sont en train d‘ouvrir. Là où le soleil parvient, une chaleur bienfaisante arrive. La journée est commencée.

Nous baignerons jusqu’au soir dans cette lumière et ce soleil, sous ce ciel bleu parfait, en admirant les  sommets enneigés au dessus de chaque rue, de chaque temple. Le plateau traversé  depuis Golmud, le froid, les étendues désertiques, le dénuement des rares villages traversées, tout cela paraît si loin. En ce 8 octobre, alors que l’hiver est proche, nous nous offrons un festival de chaleur, de couleur et de saveurs. Est-il besoin de le préciser ? Nous avons beaucoup aimé Lhassa.

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Joute oratoire rituelle au monastère de Sera

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35ème jour, 9 octobre, Lhassa Xigaze, 365 km : nous quittons Lhassa par très beau temps peu après huit heures par l’autoroute de l’aéroport. C’est sauf erreur  la seule du Tibet, nous apprécions ce confort de route que nous ne retrouverons sans doute pas de sitôt. Sur notre gauche la future voie ferrée vers Xigaze. Quelques kilomètres avant l’aéroport de Gonkar, nous prenons la route 101 vers l’ouest. Nous remontons la vallée du Yarlung Zambo, beau fleuve qui  coulera  sur des milliers de kilomètres et deviendra le Brahmapoutre. Village pittoresque au km 80, en contrebas d’un ancien fort. Cette campagne arborée semble presque opulente après les hauts plateaux traversés avant Lhassa.

Nous longeons ensuite une montagne dont la valeur religieuse est manifeste : inscriptions remontant  à l‘ancienne religion tibétaine du Bon, site de funérailles célestes, pèlerins au bord de la route.

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La route S 307 quitte la vallée du Yarlung Zambo et s’élève en lacets vers le sud. Plusieurs ruines de petits fortins construits par l’expédition britannique de 1904, nous en verrons d’autres pendant la journée.  Un petit sanctuaire à 4100 m, puis col de Gambala à 4 700 m. De là, nous découvrons le très beau spectacle du lac de Yamdrok, turquoise sur fond de montagnes enneigées (sommet de 7191 m au sud-ouest – Nyugying Kamsang - et chaîne de plus de 6 000 m au sud, en direction du Bhoutan). Nous descendons au bord du lac (alt. 4 441 m) et longeons celui-ci, par une belle route touristique, jusqu’à Nakarze (162 km de Lhassa), où nous déjeunons.

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La route quitte ensuite le lac et s’élève vers l’ouest dans une  vallée jusqu’au col de Karo (5 039 m). Vues spectaculaires sur plusieurs sommets couverts de glaciers, dont le Nyugying Kamsang précité (photo ci-dessus).

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 Après le col, la route redescend jusqu’à un plateau à 4 500m.  Très beau lac de barrage dans une gorge encaissée (réservoir de Manak, photo ci-dessus). Nous passons en milieu d’après-midi à Gyantze, où se trouve un ancien fort largement reconstruit et un monastère connu (Palcho, construit en 1416). Vers le sud se détache la route « Tibet Sikkim » qui conduit à Yadong (202 km) et Gangtok (Sikkim, Inde, 257 km). Cette route, qui emprunte le col de Natula, est ouverte au commerce frontalier sino-indien depuis 2006, mais non aux étrangers tiers que nous sommes. (NB : nous avons emprunté l’autre extrémité de cette route, de Gangtok au lac Tsomgo, lors de notre visite au Sikkim ; voir journal, 26 décembre.)

Nous prenons donc la route S204 vers le nord-ouest. A 3 900 m, elle traverse une campagne en pleine activité : foins, labours, élevage. Cette partie du Tibet central semble relativement prospère et bucolique avec ses arbres et ses cultures (du moins les vallées, car les montagnes sont pelées comme il se doit). Visite d’un petit moulin à eau à Gepel.

20 km avant Xigaze, la route est fermée pour une raison indéterminée, nous devons passer à travers champs dans un chemin de terre. Un bel embouteillage s’ensuit où nous perdons une bonne heure. L’endroit est pittoresque, mais nous cuisons littéralement sous un soleil ardent.

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Le Dzong (forteresse) de Xigaze

Nous parvenons enfin à Xigaze (alias Shigatse, 88° 53’E, 29° 16’N, alt. 3 900 m) un peu après 18 heures. La première impression est décevante : on se croirait dans n’importe quelle ville chinoise. Mais nous trouvons un petit quartier tibétain non dépourvu d’intérêt en contrebas de l’ancienne forteresse reconstruite (Dzong). Nous poussons jusqu’au célèbre et immense monastère de Tashilumpo. Il est bien sûr trop tard pour le visiter mais nous en prenons une vue générale à la nuit tombante.

36ème jour, 10 octobre, Xigaze Tingri , 278 km :  Notre arrivée tardive hier fait que nous devons ce matin obtenir le permis nécessaire à la poursuite de notre voyage. Encore du temps perdu, nous ne quittons Xigaze qu’à 10 h 20 après un nouvel aperçu du monastère de Tashilumpo.

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Nous  prenons la nationale 318, dite route de l’amitié sino-népalaise, vers l’ouest. La campagne est globalement plus aride et moins fertile qu’hier après-midi. Nous traversons néanmoins quelques zones cultivées. Les labours sont fait tantôt mécaniquement, tantôt par des yaks. La route est toujours très lente à cause du contrôle de vitesse imposé par la police. Il faut souvent s’arrêter pour ne pas arriver trop tôt au poste de police suivant. Nous faisons ainsi halte au village de Sheb Gea Ding (55 km de Xigaze, alt. 3 900 m), puis au village de Zhang Gong (96 km de Xigaze, alt. 4 200 m). Ce dernier est situé en contrebas d’un petit fortin ruiné. Il est situé au km 5 000 de la nationale 318, qui relie Shanghai à la frontière népalaise. La route s’élève dans une vallée rocailleuse. Un col à 4 500 m au km 5 014. La route redescend ensuite dans une autre vallée, Au km 5028 (120 km de Xigaze), nous bifurquons à droite par la route X 205 qui s’élève au sud-est en direction de la frontière du Népal. Les villages présentent désormais la particularité que les maisons sont peintes en gris ou en noir. Nous passons par le village de Zhaxigang et parvenons (23 km de la route nationale, alt. 4 300 m) au monastère de Sakya, but de cette excursion.

Hélas, la rumeur qui courait entre les guides et les chauffeurs depuis ce matin se vérifie : le monastère et le village attenant sont en état de siège avec un dispositif digne d’une visite de chef d’Etat : le 11ème Panchen Lama en personne, deuxième plus haut dignitaire religieux tibétain – le titulaire officiel de la charge s’entend – est en ce moment même en visite officielle au monastère. Celui-ci est hermétiquement bouclé, pas question de le visiter. Nous en sommes réduits à nous promener autour, à le regarder à bonne distance et à voir quelques dépendances.

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Au moment de regagner notre voiture, le dignitaire et toute sa suite quittent le monastère. Au milieu d’une nuée de gardes du corps, le Panchen Lama, depuis sa voiture, bénit un par un une longue file de villageois vêtus de leur plus beaux atours, qui ont attendu ce moment depuis des heures.  La ferveur est manifeste nonobstant la complexité de la situation. Nous reprenons la route quelques mètres derrière l’impressionnant cortège.

Courte halte à Lhaze (km 5 051, alt. 4 080 m). A la sortie de la ville, un poste de contrôle, puis un carrefour. Sur la droite par la nationale 219, autre route mythique qui part vers l’ouest du Tibet le lac Manasarovar, le Mt Kailash, montagne sacrée du bouddhisme, de l’hindouisme et du Bon, puis l’Aksai Chin et enfin Yarkand, au Xinjiang. La prendrons nous un jour ?

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Notre route (nationale 318) s’élève pour sa part vers le nord-ouest, dans une vallée assez encaissée. Nous atteignons rapidement notre dernier grand col : Jyatsola ou Langpala, 5 248 m, belle vue sur un massif montagneux au sud. En descendant vers le sud-ouest, nous passons par un belvédère d’où l’on peut voir le Cho-oyu (8 201 m) et l’Everest (malaisément à cause de nuages), à 70 km au sud-sud-ouest. Plusieurs petits fortins ruinés vers 4 450 m. Nous arrivons à 18 h 30 à Tingri (village de Bebar, 87° 10’E 28° 38’N, km 5 132, alt 4 380 m) où une auberge nous offre un logis rustique.

37ème jour, 11 octobre, Tingri Zhangmu par le camp de base de l’Everest, 375 km :  Départ à 6 h 15 par une belle nuit étoilée. Au km 5 137, contrôle minutieux de nos passeports et permis par la police armée (pour la première fois). Peu après, nous quittons la nationale 318 et nous engageons sur une piste vers le sud sur laquelle nous roulerons toute la matinée (110 km). Nouveau contrôle 4 km plus loin au premier village.  La piste monte ensuite en lacets. Les premières lueurs de l’aube apparaissent à 7 h 10. Nous parvenons après 20 km de piste à un col (alt. 5 100 m) d’où nous gagnons un belvédère. Nous y restons près d’une heure. Le froid est vif mais le spectacle est de premier ordre : le lever du jour, puis le lever du soleil sur la chaîne centrale de l’Himalaya : Makalu, Lhotse, Cho Oyo et bien sûr Everest. Nous n’oublierons pas de sitôt la vision des plus hauts sommets du monde émergeant de la nuit et recevant les premiers rayons du soleil.

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L'Everest au soleil levant

Nous descendons ensuite dans des vallées que nous descendons puis remontons, vers 4 500 m. La piste est assez mauvaise (tôle ondulée, trous) de sorte que nous progressons lentement vers le sud.

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L'Everest en approchant du camp de base

Nous dépassons vers midi le monastère de Robuck, sommes à nouveau contrôlés par la police armée et arrivons à proximité du camp de base de l’Everest, qui ressemble plutôt à un camp d’accueil des touristes. La vue de l’Everest est spectaculaire en raison  de sa proximité. Selon  un schéma classique en Chine, on nous fait obligation de laisser notre voiture (5 000 m) et de faire les derniers km dans un minibus, jusqu’au belvédère situé à 5 200 m, sur une moraine.  glaciaire. Les lieux sont également gardés par la police armée au titre de la défense des frontières. La vue sur l’Everest, maintenant très proche, est bien sûr très belle. Nous restons près d’une heure, car le minibus met du temps à venir nous rechercher.

Nous reprenons vers 14 h la piste de montée, puis bifurquons vers l’ouest. Après un village, nous traversons une zone déserte, fréquentée tout au plus par quelques nomades. Les paysages sont toujours spectaculaires mais la piste est très défoncée, de sorte que nous avançons très lentement. Elle ne s’améliore que quelques dizaines de kilomètres plus loin, lorsque nous retrouvons des villages. Après 80 km de piste depuis le camp de base, nous retrouvons la nationale 318 vers 17 h, au km 5 194, soit à peine 50 km plus loin que le pont où nous l’avions laissée ce matin. Cette route est excellente et, bonne surprise, n’est pas soumise au contrôle de vitesse dont nous avions pris l’habitude. Paysage toujours très beaux sur les chaînes de montagnes environnantes. Nombreuses ruines d’anciens forts, héritage des guerres tibéto-népalaises.

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Vue du dernier col (alt. 5100 m)

Nous franchissons deux cols (km 5 277, alt. 4 950 m, km 5 289, 5100 m)  avant d’effectuer une forte descente en direction de la frontière. Nous quittons le toit du monde. Ainsi se termine cette longue – et magnifique  - traversée du plateau tibétain, commencée lors de notre arrivée au Qinghai. La descente, raide, se fait dans une vallée, puis dans une gorge encaissée et spectaculaire. La forêt apparaît, des cascades aussi et même des bambous. En une heure, on change de monde, du plateau aride à une gorge luxuriante.

Zhangmu, ville frontière, est aussi un choc pour l’arrivant du plateau : une rue principale en pente et encombrée, un embouteillage de camions népalais. Le Népal, l’Asie du sud arrivent à grands pas.

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38ème jour, 12 octobre Zhangmu Katmandou, 143 km : Les huit derniers kilomètres de route avant la frontière confirment les impressions d’hier : nous sommes au fond d’une vallée encaissée, couverte de forêt. Le plateau tibétain n’est plus qu’un lointain souvenir. Nous nous présentons à la frontière à 8 h 30. Bien que celle-ci n’ouvre qu’à dix heures, une file de voyageurs fait déjà la queue. Curieusement, tous ou presque sont Européens. Ce poste frontière coincé dans ce fond de vallée et entouré de bâtiments laids fait assez piètre impression d’après les standards chinois. Après une longue attente et des formalités de sortie sans difficulté, nous traversons le pont frontalier de modeste apparence (on dirait un pont de village). Une ligne au milieu du pont, deux agents de la police armée en faction. Ca y est, nous quittons la Chine.

La traversée de ce pont frontalier revêt une valeur symbolique : elle clôt cette traversée remarquable de la Chine (9 625  km depuis Pékin) et, plus largement, un séjour de plus de quatre ans qui nous a apporté d’intenses satisfactions.

Cette première partie du voyage, de Pékin à Zhangmu, s’est donc passée pour le mieux. Elle a répondu, et au delà, à toutes nos attentes. Nous n’avons rencontré aucune difficulté sérieuse. L’accueil a toujours été amical dans les villes et les villages. Nous n‘avons rencontré aucune complication avec les polices locales, pas même au Tibet. Et nous avons pleinement profité de la sécurité qu’offre la Chine : à aucun moment, ni dans les villes ni dans les villages, nous n’avons eu la crainte d’une agression. C’est un avantage inestimable. A partir d’aujourd’hui  et jusqu’à notre arrivée en Europe, la sécurité sera une préoccupation constante. C’est donc avec un peu de nostalgie que nous quittons la Chine.

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Suite de ce journal : Journal Pékin Paris (2013-2014) : 2 - au Népal

Les photos du début du voyage sont en ligne sur l'album : Pekin-Paris---1---Chine Pekin-Paris---1---Chine d'où sont extraites les illustrations du présent journal.

Voyez aussi notre album thématique  Visages de Chine du nord Visages de Chine du nord que nous continuons à mettre à jour : les photos "PPRI" sont celles du présent voyage.