Journal Pékin Paris (2013-2014) : 3.3 - en Inde

119ème jour, 1er janvier, Bodh Gaya Varanasi (Bénarès, Uttar Pradesh), 258 km : à tous les lecteurs de ce journal, nous souhaitons une bonne année !

Nous rejoignons la « Grand Trunk Road » Calcutta-Delhi (NH2) à 20 km au sud de Bodh Gaya et la suivons vers l’ouest-nord-ouest jusqu’à Varanasi. Cette route à quatre voies, l’une des plus importantes du pays, est de qualité moyenne avec pas mal de trous. Très peu de voitures (peut être à cause du 1er janvier) mais pas mal de camions. Nous ne parvenons pas, à proximité de Sasaram, à trouver le mausolée de Sher Shah que nous avions prévu de visiter : il n’est pas signalé et les gens du pays donnent des indications contradictoires.

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Les retards s’accumulant, nous arrivons à Varanasi (Bénarès, 82° 59’E, 25° 20’N) en milieu d’après-midi seulement. Nous parvenons à rejoindre notre hôtel au bord du Gange à travers des rues étroites et une circulation très dense, ce qui relève du tour de force (pardon pour l’immodestie du propos). Las ! Cet hôtel avec sa vue imprenable sur le fleuve nous offre des chambres si exiguës que nous devons décliner et traverser à nouveau toute la ville, de nuit cette fois (nouveau tour de force), pour trouver le cantonment (ancien quartier britannique) où nous trouvons enfin un gîte convenable.  Nous prenons la ferme résolution de ne plus conduire nous-mêmes dans une ville aussi compacte.

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le Gange à Bénarès

120ème jour, 2 janvier, Bénarès : grande visite de Bénarès avec deux zones d’intérêt majeur :

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  • Les célèbres quais du Gange (ghats). Construits de bric et de broc, ils attirent une foule – pour ne pas dire une cour des miracles - importante : pèlerins par milliers, sur le quai et dans les barques, mendiants, bateliers, vendeurs, vaches (très nombreuses), chèvres et touristes étrangers plus nombreux qu’ailleurs.

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Le fleuve est principalement utilisé pour les ablutions, les barques sont construites et réparées sur les quais. En dehors de quelques points précis, la densité humaine est assez faible (c’en est presque surprenant).

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Les bûchers funéraires sont regroupés sur deux points (Manikarnika et Harishchandra Ghat) où ils fonctionnent en continu, sans attirer une présence nombreuse des familles.

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La berge est aussi spectaculaire la nuit avec les cérémonies (puja), les petites lampes qui dérivent sur le fleuve, les très nombreuses barques sur le fleuve et les flammes des bûchers.

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  • Les petites rues proches des quais. Trop étroites pour la circulation, elles sont réservées par la force des choses aux piétons, à quelques motos, aux singes et aux vaches, très nombreuses. Les temples hindous s’y trouvent par centaines (mais l’accès du plus important est interdit aux non-hindous). La marche permet de bien observer la vie des innombrables temples et petits commerces. L’étroitesse des rues et l’absence de circulation automobile donnent l’impression d’une ville d’un autre siècle, qui n’est pas gâchée par une fréquentation touristique pourtant importante.

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Nous visitons aussi le fort Ramnagar, sur l’autre rive du Gange (traversé en autorickshaw sur un ponton). C’est l’ancienne résidence des mahrajahs de Bénarès, il abrite un petit musée assez hétéroclite.

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121ème jour, 3 janvier, Bénarès, Sarnath, Babatpur et retour, 60 km : sortie ce matin à Sarnath, à 10 km de Bénarès. C’est un haut lieu du bouddhisme car le Bouddha y prêcha son premier sermon après son illumination. Le site fut transformé aux siècles suivants en une série de temples et de monastères dont on visite aujourd’hui les ruines restaurées.

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A un moindre degré que Lumbini et Bodh Gaya, Sarnath attire de nombreux touristes et pèlerins, notamment d’Asie du sud-est. Certains pays y ont construit des temples à la périphérie du site principal. On est loin de Benares et de ses devotions hindoues.

Après le déjeuner, nous gagnons l’aéroport (20 km, mauvaise route). Clément nous quitte après avoir partagé notre périple pendant onze jours bien remplis.

122ème jour, 4 janvier, Bénarès Allahabad, 140 km : il nous faut 1 heure 15 pour quitter Bénarès ce matin. Notre hôtel est à la sortie de la ville, mais la route directe est fermée de même que les rues adjacentes, nous devons passer par la zone congestionnée de la gare.

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Une école coranique de village

La route Calcutta Delhi (NH2) est ensuite de qualité médiocre et traverse de nombreux villages avec leurs marchés. Sur 16 km, elle passe de quatre à deux voies, ce qui ralentit encore l’allure. Il nous faut donc quatre heures, alors que nous sommes sur l’une des plus grandes routes de l’Inde, pour parcourir les 130 km qui séparent Bénarès d’Allahabad (81° 50’E, 25° 27’N).

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A Sangam

En arrivant, nous visitons quelques uns des sites connus de la ville :Photos PPRI3 12 025

  • Sangam, lieu sacré du confluent du Gange et de la Yamuna, les cours d’eau les plus sacrés de l’Inde. Ce lieu célèbre quoique sans grand charme attire une forte affluence – et une vraie cour des miracles. Les pèlerins se plongent dans les eaux sacrées et se rendent en bateau au lieu précis du confluent.
  • le fort Akbar tout proche, dont une très petite partie comportant un temple souterrain est ouverte au public, le reste étant une enceinte militaire.

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  • le parc de Khusru Bagh, qui comporte quatre tombes mogholes dont celles du Prince Khusru († 1622, fils de l’Empereur Jehangir, rival malheureux de son frère, le futur Empereur Shah Jahan). Ce sont des édifices élégants, qui comportent de belles peintures intérieures et des inscriptions persanes.

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  • la cathédrale anglicane de tous les Saints, édifice néo-gothique imposant commencé en 1871 et jamais achevé. C’est paraît-il la plus grande d’Asie. Le Pasteur nous raconte qu’elle était à l’origine destinée à l’Australie mais fut construite en Inde par erreur … ; son épouse et lui ne ménagent pas leurs soins pour la maintenir en bon état. Comme à Bombay et Calcutta, des plaques sont posées à la mémoire d’officiers britanniques disparus dans tout l’Empire des Indes et au delà.

Le cantonment (ancien quartier colonial) comporte plusieurs autres églises et bâtiments coloniaux, dont la poste centrale.

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A Sangam

123ème jour, 5 janvier, Allahabad Kanpur, 211 km : après une sortie assez lente d’Allahabad, nous faisons une route sans histoire par la route Calcutta Delhi (NH2) qui est plutôt meilleure et moins chargée qu’hier. Paysage plat et sans grand intérêt, par un temps voilé. L’entrée dans Kanpur (ex-Cawnpore, 80° 19’ E 26° 27’ N) est en revanche très difficile, car nous traversons des quartiers populaires très denses et animés.

A Kanpur, nous bouclons la boucle puisque nous y avions déjà fait étape au deuxième jour de notre séjour en Inde (voir journal, 28 octobre) et nous descendons au même hôtel. Ainsi s’achève cette grande boucle vers le Deccan – 10 964 km de route - qui nous a conduits jusqu’au cap Comorin.

Reprise, dans l’après-midi, des recherches demeurées infructueuses le 28 octobre pour retrouver les lieux historiques du massacre de Bibi Ghar. La recherche est difficile car les citadins du 21ème siècle ont bien oublié ces faits historiques, mais finit par aboutir à la tombée du jour.

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Le massacre de Bibi Ghar et ses lieux de mémoire

 Le massacre de Bibi Ghar est un épisode particulièrement dramatique de la révolte des cipayes de 1857. Après sa reddition, la garnison anglaise de Cawnpore fut, dans des circonstances demeurées controversées, massacrée par les insurgés conduits par Nana Sahib. 120 femmes et enfants britanniques furent massacrés au couteau et jetés dans le puits dit de Bibi Ghar. Cet horrible épisode est resté symbolique des atrocités de la grande mutinerie. Les troupes britanniques, lorsqu’elles reprirent le contrôle de la ville, exercèrent à leur tour des représailles terribles.

 Ce fait historique a fourni la base du roman trop peu connu de Jules Verne la Maison à vapeur, paru en 1880. Le roman raconte les faits avec la précision coutumière de l’auteur et construit l’intrigue à partir de ce récit. Les lecteurs assidus de Jules Verne sont donc familiers de ce fait historique douloureux (nombre d’Indiens reconnaissent aujourd’hui le caractère injustifiable du massacre de civils désarmés, même dans le contexte de ce qui est considéré ici comme la « première guerre d’indépendance » de l’Inde).

 Un mémorial fut construit par les Britanniques sur les lieux du massacre en 1860, financé par une souscription forcée de 30 000 £. Sa pièce maîtresse est la statue d’un ange aux bras croisés, œuvre de Carlo Marochetti, sur fond d’un portail gothique construit par Henry Yule. Peu désireuses de conserver au cœur de la ville ce souvenir d’un passé douloureux et controversé, les autorités indiennes déplacèrent de monument  et le reconstruisirent à côté de la Kanpur Memorial Church, ex cathédrale de tous les Saints, dans le cantonment (ex-quartier britannique). Il existe donc aujourd’hui deux lieux de mémoire distincts.

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Le puits de Bibi Ghar, lieu du massacre, se situe en centre ville, dans un parc (Nana Rao Park). L’emplacement du puits reste bien visible mais aucune plaque ni inscription ne rappelle de quoi il s’agit. Un monument a été construit juste à côté en l’honneur de Tantya Tope, l’un des chefs de la révolte de 1857 (exécuté en 1859). Les citadins d’aujourd’hui, jeunes et moins jeunes, semblent avoir oublié les faits dramatiques de 1857. Lors de notre visite, des jeunes jouaient au cricket sur l’emplacement du puits.

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Le monument commémoratif, que les lecteurs de Jules Verne connaissent grâce à une illustration parfaitement fidèle de la collection Hetzel,  est donc situé derrière l’église précitée, vaste édifice de briques construit en 1875.

 Il est en parfait état, mais sa signification ne peut être comprise que par ceux qui connaissent les faits historiques. Une plaque assez peu explicite indique seulement qu’il fut construit « à la mémoire des victimes de 1857 » (sans plus de précision) et transféré sur son lieu actuel en 1949.

 Lors de notre visite, à la tombée de la nuit, le vaste espace composé de l’église, du mémorial et du parc les entourant était absolument désert, en contraste fort avec l’agitation d’une ville très dense et animée, même d’après les normes indiennes.

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124ème jour, 6 janvier, Kanpur Agra, 305 km : nous quittons Kanpur à 8 h 40 dans la brume, qui ne se dissipera qu’à midi. La première moitié du trajet sur la route NH2, jusqu’à Etawah, se fait dans les travaux, ce qui ralentit l’allure. La route est meilleure ensuite, mais la route est chargée avec de nombreux villages et petites villes à traverser.
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En arrivant à Agra (78° 00’E, 27° 11’N) vers 15 heures, nous gagnons directement le Taj Mahal.

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Le célèbre monument, visité une première fois il y a 25 ans, reste une merveille et n’a pas trop jauni malgré la pollution, mais l’affluence touristique est considérable, sans commune mesure avec celle de l’époque. Il faut faire effort pour admirer le Taj en essayant d’oublier la cohue qui l’entoure.

Nous terminons la journée par une longue recherche d’hôtel, dans une ville qui n’en manque pourtant pas.

125ème jour, 7 janvier, Agra  New Delhi, 264 km : visite le matin de deux sites célèbres de l'architecture moghole : 

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  • le fort d’Agra, très beau mais fantomatique dans un épais brouillard ;

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  • la mosquée et le palais de Fatepur Sikri, 35 km plus à l’ouest ; le brouillard se dissipe quand nous arrivons sur le site et nous profitons de ces sites magnifiques par un beau soleil ; il y a bien sûr beaucoup plus de monde que lors de notre première visite, il y a 25 ans, mais l’endroit reste remarquable.
Nous continuons ensuite notre route via Bharatpur et Mathura. A Mathura, nous retrouvons la route NH2, de qualité toujours très médiocre. La circulation est de plus en plus dense à mesure que nous approchons de la capitale. Nous entrons dans New Delhi (77° 13’E, 28° 37’N) vers 17 heures et trouvons non sans mal à nous loger avec des hôtels très pleins et qui, comme c’est de plus en plus le cas en Inde, ne prennent même pas la peine de décrocher le téléphone quand on les appelle. Nous poussons un ouf quand nous trouvons finalement une petite chambre dans le centre non loin de Connaught Circle.

126ème jour, 8 janvier, New Delhi : courses et démarches diverses le matin. L’ambassade d’Iran, où nous nous présentons avant l’ouverture et sommes les seuls visiteurs, nous informe que nous devons déposer notre demande en ligne et attendre environ deux semaines avant de recevoir l’accord qui nous permettra de déposer nos passeports. Que ne l’avions nous su plus tôt !

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Visite l’après midi du tombeau de Humayun, chef d’œuvre de l’art moghol précoce (début 16ème). Il s’agit en fait d’un ensemble de mausolées (l’Empereur, sa famille, son barbier …) dans un grand parc. L’ensemble a été très restauré depuis notre première visite, avec goût dans l’ensemble à l’exception de la porte d’accès au site devenue trop clinquante.

Visite aussi, dans le même quartier, du tombeau de marbre du Saint soufi Nizam-ud-din Chishti, reconstruit en 1562. Haut lieu de dévotion musulmane qui attire de très nombreux fidèles avec le cortège prévisible de mendiants et de marchands du temple. Lieu haut en couleur locale, donc.

127ème jour, 9 janvier, New Delhi Gurgaon, 30 km : incursion ce matin dans l’ « enclave diplomatique » avec ses belles pelouses, ses grands arbres et bien sûr de nombreuses ambassades.

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Visite en début d’après-midi du Qutub Minar, au sud de Delhi, spectaculaire minaret de 73 m de haut dont la construction a débuté en 1193. La forme générale est celle des minarets d’Asie centrale, mais son originalité tient aux matériaux employés (grès et marbre) et à sa structure en faisceau de colonnes.

Le minaret proprement dit est au cœur d’un vaste complexe comprenant tombes, mosquées et monuments divers. C’est l’un des monuments les plus visités de la capitale.

Nous gagnons ensuite Gurgaon (77° 06’E, 28° 27’N), au sud-ouest. Bien que situé dans l’Etat de Haryana, Gurgaon est une ville satellite de Delhi, connue pour son activité économique et ses centres commerciaux. C’est l’un des hauts lieux où de la classe moyenne supérieure indienne et des expatriés. Avec un temps gris très brumeux et des chantiers un peu partout, l’endroit manque cependant de pittoresque pour le visiteur de passage.

128ème jour, 10 janvier, Gurgaon Jaipur (Rajasthan), 253 km : la matinée est consacrée à la révision de la voiture dans un garage de Gurgaon, concessionnaire de la marque. Tout le personnel s’y met et c’est la grande affaire du jour, car on n’a jamais vu de mémoire de garagiste de voiture de ce modèle avec cette motorisation. Pour autant que nous puissions en juger, le travail est bien fait mais il est heureux que nous ayons apporté des filtres avec nous, car ceux-ci sont introuvables ici. La voiture ne semble pas avoir trop souffert des 9 200 km parcourus depuis Bombay et des mauvaises routes endurées certains jours.

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Nous prenons vers 13 h 30 la route de Bombay (NH8). Les premiers kilomètres sont difficiles avec une circulation considérable (camions pour l’essentiel) et les travaux. Il nous faut une heure pour franchir un carrefour à 20 km de Gurgaon. Cela va un peu mieux ensuite même si la route est souvent en travaux. Elle traverse plusieurs zones industrielles et des lotissements en construction : le grand Delhi gagne sur la campagne. La nuit tombe à 18 h (une bonne heure de jour gagnée depuis Calcutta). Nous arrivons à Jaipur (75° 50’E, 26° 56’N) à 19 h 45 avec un aperçu nocturne des premiers palais.

129ème et 130ème jours, 11 et 12 janvier, Jaipur et ses environs, 36 km : deux jours consacrés à la visite de la célèbre « ville rose » et de ses environs. Nous découvrons en particulier :

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* le palais royal (City Palace) ; il ne se visite qu’en partie, car l’ancienne famille régnante l’habite toujours ; on peut cependant voir une succession de cours et de pavillons décorés dans le style local (quelques très belles portes notamment) et de nombreux souvenirs des maharadjahs successifs qui se sont illustrés comme souverains, hommes de guerre, mécènes, bâtisseurs, diplomates, joueurs de polo …

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* Hawa Mahal, le palais du vent, curieuse construction alvéolaire en hauteur dans le style du pays, avec de nombreuses petites cours et tours ; il permettait jadis aux femmes de la famille royale d’observer la vie de la ville sans être vues ; du sommet, belle vue sur la ville, le palais, l’ancien observatoire (Jantar Mantar) et les forts environnants.

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* Lal Mahal, déjà aperçu le soir de notre arrivée : c’est un  palais construit sur un lac au nord de la ville ; il ne se visite pas mais les visiteurs se pressent sur la rive pour l’admirer au coucher du soleil.

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* le musée ; il est installé dans Albert Hall, bâtiment imposant de style indo-sarracénien (anglo-indien) ; contenu très éclectique avec une pièce remarquable : un bodhisattva du Gandhara (gréco-bouddhique) venu de Peshawar.

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* la vieille ville et ses marchés, haute en couleur ; les temples hindous s’y comptent par douzaines, des cours intérieures révèlent d’anciennes belles demeures plus ou moins à l’abandon.

A l’extérieur de la ville, nous avons fait la tournée des forts :

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* le fort d’Amber est le plus remarquable (et de loin le plus visité par les touristes indiens et étrangers). C’est un véritable palais, avec ses cours et son grand hall d’audience, construit à partir de 1592, plus qu’un véritable fort à vocation défensive. La famille royale y habitait jusqu’au moment où la capitale fut déplacée d’Amber à Jaipur (1727).

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* le fort de Jaigarh, plus tardif, domine celui d’Amber. Plus tardif (18ème siècle), c’est un véritable fort qui ne fut jamais pris. Il possède un gros canon (le plus gros du monde affirme-t-on, à vérifier) et une fonderie.

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* le fort de Nahargahr, plus au sud, domine la ville comme un nid d’aigle et offre donc de très belles vues. Sans être aussi raffiné qu’Amber, il présente des cours et des salons dignes d’intérêt.

Toutes ces visites et l’ambiance générale de la ville font de Jaipur un séjour agréable.

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131ème jour, 13 janvier, Jaipur Ajmer et excursion à Pushkar, 173 km : nous partons à 8 h 30. Grâce à l’heure matinale, la traversée de Jaipur se fait aisément bien que la route NH8 passe par la vieille ville.

La route jusqu’à Ajmer se fait très facilement : la route NH8 est à six voies en parfait état, c’est la meilleure route que nous ayons trouvée en Inde. La campagne se fait de surcroît plus aride et moins peuplée, de sorte qu’il y a peu de villages à traverser.

A Ajmer (74° 38’E, 26° 28’N) où nous arrivons peu avant 11h, nous trouvons un petit hôtel familial très agréable et visitons les petites curiosités de la ville :

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* le tombeau du saint soufi Khwaja Muin ud din Chishti, haut lieu de dévotion musulmane avec un grand concours de dévots et la cour des miracles prévisible ; le quartier environnant est riche en couleur locale ;

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* le palais d’Akbar, construit en 1570 et transformé en musée (nous l’entrevoyons seulement car il est fermé le lundi) ;

* le temple jain de Nasiyan, avec un grand diorama doré représentant la cosmogonie jain ;

* la berge du lac Ana Sagar, dans le parc Subash Bagh (intérêt limité – nous ferons le tour du lac en voiture l’après-midi).

L’après-midi, nous franchissons le petit col à l’ouest d’Ajmer et gagnons Pushkar, petite ville connue pour ses temples (nous visitons celui de Brahma) et ses ghats : quais pour la baignade rituelle autour du lac local, en fait un petit étang.

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Pushkar est assez jolie avec ses maisons peintes en bleu. Les touristes étranger y sont nombreux, la ville vit du tourisme et des pèlerins. Nous regagnons Ajmer à la nuit tombante.

132ème jour, 14 janvier, Ajmer Jodhpur, 216 km : nous quittons Ajmer à 9h 20. La route de Bombay est toujours excellente jusqu’à Beawar (50 km). Nous bifurquons ensuite ouest-nord-ouest  par des routes moins fréquentées (NH14 puis NH112), plus étroites (deux voies) mais de très bonne qualité dans l’ensemble. La campagne est nettement plus aride, au point que certaines zones ne sont pas cultivées, donc peu peuplée.

Nous arrivons à Jodhpur (73° 02’E, 26° 16’N) vers 14 heures et nous installons dans un hôtel non dépourvu de charme, une demeure familiale construite en 1920. Nous partons aussitôt à la découverte de la vieille ville.

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132ème au 134ème jour, 14 au 16 janvier, Jodhpur et ses abords, 26 km : favorisés par le beau temps, nous profitons pleinement de Jodhpur, la « ville bleue ». Nous visitons en particulier :

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* le fort Mehrangarh, bâti sur un piton rocheux dominant la ville ; c’est un vrai fort, qui a connu plusieurs fois l’épreuve des sièges et des combats, les traces de boulets autour de la porte fortifiée en témoignent ; de ses remparts, très belles vues sur la ville ; mais c’est aussi un remarquable palais, avec ses cours intérieures et ses bâtiments raffinés ; il est aujourd’hui aménagé en musée ; c’est peut-être, avec le fort d’Amber, le plus beau fort que nous avons vu depuis notre arrivée en Inde, alors que la liste commence à être longue ;

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* le Jaswant Thada, tout proche du fort précité, cénotaphe de marbre blanc achevé en 1906 à la mémoire du Maharaja Jaswant Singh II, érigé par sa veuve ;

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* le palais Umaid Bhavan est moderne puisqu’il fut construit par un architecte britannique de 1929 à 1944 (le mobilier art-déco importé d’Angleterre fit malheureusement coulé par les Allemands pendant le trajet, il fallut en fabrique sur place) ; comme les grands travaux de Roosevelt, il fut lancé pour fournir du travail à des milliers d’artisans lors d’une grande famine ; le Maharajah actuel y réside, en exploite un partie comme hôtel de luxe (c’est un homme d’affaires avisé) ; le public est admis dans un petit musée, dont le principal point d’intérêt est sans doute la collection de voitures anciennes de la Cour de Jodhpur ;

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 * les jardins de Mandore, à 8km au nord de la ville ; Mandore fut la capitale royale du Marwar jusqu’au milieu du 15ème siècle ; dans un jardin paisible se trouvent un petit fort et nombre de cénotaphes à la mémoire des maharajas de l’époque.

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Nous nous sommes bien sûr beaucoup promenés dans la vieille ville de Jodhpur, qui est une des plus pittoresques que nous ayons trouvées en Inde. Le bleu, jadis réservé aux maisons des brahmanes, est aujourd’hui largement pratiqué par les autres castes. Avec les sculptures et encorbellements, il donne beaucoup de cachet à la ville. Mais il faut être vigilant, car les motos et autorickshaws, lancés dans les ruelles, frôlent les piétons et les vaches à chaque instant.

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135ème jour, 17 janvier, Jodhpur Ranakpur, 180 km : nous quittons Jodhpur vers le sud à 10 h 50. Au sud de la ville s’étend une région de savane arborée sèche, riche en antilopes paraît-il, habitée par les Bishnoi, une secte hindoue. Nous passons par de petites routes et nous arrêtons dans deux villages, Kakani et Rohet. La région est connue pour ses tissages et attire pas mal de touristes.

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On nous fait admirer les chevaux du pays, reconnaissables à la forme de leurs oreilles. Ils sont utilisés pour des excursions dans le désert proche.

Nous poursuivons jusqu’à Pali, puis toujours vers le sud par la route NH14. Quelques portions sont refaites et mais beaucoup sont en cours de réfection et d’élargissement, ce qui ralentit beaucoup l’allure. Au village de Sanderao, nous bifurquons vers l’est et arrivons à Ranakpur (73° 28’E, 25° 08’N), au pied d’une chaîne  de collines, peu avant 18 h. Comme il s’agit d’une petite ville de tourisme et de pèlerinage, nous y trouvons un toit sans difficulté.

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Ranakpur, petit temple jain

136ème jour, 18 janvier, Ranakpur Udaipur, 121 km : Ranakpur est connu pour son grand temple jain, que nous entrevoyons seulement car il ne se visite pas le matin.

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Nous partons explorer à petite vitesse les collines situées au sud. Elles sont couvertes de forêt et habitées paraît-il par une faune importante, dont nous ne voyons que quelques spécimens : des oiseaux superbes au plumage coloré et de très nombreux singes langgurs, dont certains se juchent sur notre voiture, à la recherche sans doute de quelque pitance.

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Boeufs actionnant une noria

En montant plus haut, vers 1200 m, et en se dirigeant à nouveau vers le nord-est, on arrive dans une zone déboisée, assez aride mais cultivée.

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La route, pittoresque, traverse quelques villages habités par une population à peu sombre, peut-être des aborigènes. A deux reprises, nous passons devant des cadavres de vaches abandonnés en pleine route « que des chiens dévorants se disputaient entre eux » ; il pourrait s’agir d’une coutume locale car nous n’avions pas encore rencontré cette pratique en Inde.

Nous arrivons à 14 h 30 à Kumbalgahr, connu pour son fort immense (voir article séparé).

Nous repartons à 15 h 45 vers le sud par une petite route sinueuse (SH 49) qui traverse une jolie région de collines éclairées par la lumière de l’après-midi.

Nous parvenons à Udaipur (73° 41’E, 24°35’N) vers 18 heures. La recherche de la petite presqu’île située au nord du lac Pichola est laborieuse, à travers des ruelles étroites. Mais nous sommes récompensés de nos peines et au delà : nous trouvons la dernière chambre d’un palais du 17ème siècle les pieds dans l’eau, et nous dînons avec le spectacle magique des palais de la ville illuminés sur l’autre rive.

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137ème et 138ème jours, 19 et 20 janvier, Udaipur : l’attrait d’Udaipur vient avant tout de ses palais qui bordent le lac Pichola. Cette situation particulière, les pieds dans l’eau, lui donne un charme vénitien unique. Plusieurs hôtels, dont le nôtre, se sont installés dans d’anciens palais sur les rives du lac, voire sur des îles (le film de James Bond Octopussy fut tourné dans le plus beau d’entre eux).

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Nous avons bien sûr visité le palais principal qui est remarquable, même si l’étroitesse des corridors et l’affluence touristique rendent la visite pénible par moments. Nous sommes arrivés juste à temps : à partir du 20 janvier, le palais ferme plusieurs jours pour le mariage d’un fils du Maharaja.

Autres curiosités, plus mineures : le temple Jagdish, construit en 1651 et dédié à Vishnu ; Bagore ki Haveli, palais d’un Premier ministre construit au 18ème siècle, transformé en musée qui donne un aperçu de la vie aristocratique de l’époque.

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Nous sommes promenés dans la vieille ville, moins typée peut-être qu’à Jodhpur mais intéressante dès que l’on s’éloigne des quartiers touristiques situés de part et d’autre du lac. Le spectacle des bains et du lavage du linge dans ce dernier ne manque pas d’intérêt non plus.

139ème jour, 21 janvier, Udaipur Ahmedabad (Gujerat), 281 km : nous quittons Udaipur par une forte pluie, peu habituelle à cette période de l’année et dans le brouillard. La route NH8 Delhi Bombay que nous retrouvons est heureusement à quatre voies, de bonne qualité et pas trop encombrée. Elle est sinueuse car elle traverse des collines et, comme il est habituel en Inde, il n’y a ni viaducs ni tunnels.

A midi, 120 km plus tard, nous quittons le Rajasthan pour le Gujerat. Le temps se lève heureusement et la température augmente. Nous franchissons le tropique du Cancer, pour la troisième fois depuis notre arrivée en Inde.

Nous bifurquons vers la droite 25 km avant Ahmedabad. Nous passons à la périphérie de Gandhinagar, capitale de l’Etat du Gujerat avec ses larges avenues plantées d’arbres ; c’est une ville nouvelle sur le modèle de Chandigarh.

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Nous visitons le puits à étages (vav) d’Adalaj, qui est une vaste structure souterraine sur cinq niveaux, avec piliers et sculptures, construite en 1499. Ce puits souterrain était une sorte de thermes pour les épouses royales, utilisable quel que soit le niveau de l’eau.

Nous gagnons ensuite Ahmedabad (72° 35’E, 23° 02’N), où nous finissons par trouver un bon hôtel au bord de la rivière.

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140ème jour, 22 janvier, Ahmedabad : Ahmedabad, qui est la plus grande ville du Gujerat, est une ville dense, sans aucune unité ni plan d’urbanisme, avec des marchés étendus où l’on marche parfois avec peine tant la foule est compacte.

Elle comporte de nombreux vestiges historiques, en grès rouge pour la plupart, dont nous visitons quelques uns :

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* la mosquée Ahmed Shah, construite en 1414 ; elle ne comporte pas de minarets mais une forêt de piliers sculptés et des toits à coupoles qui évoquent autant des temples hindous qu’une mosquée ;

* les « minarets tremblants » de la mosquée Sidi Bashir, construits en 1452 ; ils sont supposés trembler en cas de séisme pour ne pas s’écrouler ; ils sont remarquables mais c’est tout ce qui subsiste de l’ancienne mosquée, qui a été remplacée par une moderne ;

* le puits à étages (vav) d’Amritvarshini, construit en 1723, aux sculptures modestes comparées à celles d’Adalav ; nous le voyons de l’extérieur car l’accès est fermé ;

 

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* la mosquée Jama, construite en 1423, avec sa vaste cour et une architecture proche de celle de la mosquée Ahmed Shah (colonnes et plafonds à coupoles) ;

* les mausolées d’Ahmed Shah († 1442) et de la Reine, proches de la mosquée Jama ;

* la mosquée Siddi Sayid, construite en 1573, connue pour ses fenêtres finement sculptées.

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L’après-midi, nous sortons de la vieille ville vers le nord pour aller visiter l’ashram Sabarmati, au bord de la rivière ; les gens du pays le nomment « l’ashram Gandhi ») car le Mahatma et son épouse y vécurent de 1928 à 1940 ; c’est de là que fut lancée la marche du sel en 1930 ; on y trouve la maison des Gandhi, devenue un lieu de pèlerinage et une exposition de photos et de citations.

141ème jour, 23 janvier, Ahmedabad Vadodara (Baroda), 218 km : nous partons à 9 h 30 par un temps gris. Il nous faut presque une heure pour nous extraire d’Ahmedabad et de ses encombrements. Cela fait, nous retrouvons la route NH8 Delhi Bombay. A notre surprise, c’est une véritable autoroute et non une simple route à quatre voies, la première que nous ayons empruntée en Inde si l’on met à part un tout petit tronçon à l’entrée de Delhi. Quelques piétons la traversent cependant de temps à autre.

A l’approche de Vadodara, nous bifurquons vers le nord-ouest, dépassons la bourgade de Halol et arrivons à 13 heures au site historique de Champaner, qui fut brièvement (de 1484 à 1535) la capitale du Gujerat. Abandonnée 50 ans après sa fondation, Champaner se réduit aujourd’hui à un village mais les vestiges historiques y sont nombreux. A l’exception des plus centraux, ils sont très peu visités et nous avons le bonheur d’être seuls pour la plupart des visites :

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* la citadelle, qui contient le village moderne, comporte aussi l’ancienne mosquée royale (Saher ki Masjid) et l’ancienne maison de l’octroi ;

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* hors des murs, la mosquée la plus grande et la plus spectaculaire est Jama Mesjid, remarquable avec son pavillon d’entrée, sa cour en forme de cloître, ses deux minarets intacts et sa salle de prières avec colonnes et coupoles ;

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* toujours hors des murs, en cherchant bien et en couvrant la voiture de boue dans de mauvais chemins, nous trouvons d’autres mosquées intéressantes : Kevda, Nagina (particulièrement séduisante car éloignée dans la forêt et complètement déserte), Kamani (plus détruite que les autres, en cours de restauration) ;

* à la périphérie occidentale du site,nous trouvons d’autres vestiges intéressants :

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- Ek Minar ki Mesjid, ancienne mosquée dont il subsiste un minaret, une tombe et un puits ;

- Sakhar Khan’s Dargah, bâtiment funéraire à coupole ;

- le pavillon Kabutankhana, au bord d’un petit lac ;

- et un vaste puits contenant un escalier partiellement hélicoïdal, qui semble avoir été creusé là pour fournir de l’eau aux caravanes (entièrement différent dans sa conception des puits à étages vus les jours précédents).

Cette visite fort intéressante prend l’après-midi entière. Nous devons renoncer à gravir la montagne toute proche de Pavagadh, qui compte nombre de vestiges plus anciens mais est perdue dans les nuages. Nous l’apercevons néanmoins en fin de journée, lorsque les nuages se lèvent en partie.

Nous rebroussons chemin vers 17 h 30 et arrivons à Vadodara (plus connue sous le nom de Baroda, 73° 11’E, 22° 19’N) à la nuit tombante.

142ème jour, 24 janvier, Vadodara Damman, 280 km : visite le matin de deux curiosités de Baroda :

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* Tambe Karwada, une demeure mahratte traditionnelle en bois et à étages, résidence du Diwan de Baroda de 1849 à 1854 ; bien qu’en mauvais état, cette ancienne résidence présente des fresques intéressantes, certaines empruntées à la mythologie hindoue, d’autres représentant des personnages européens (scènes des guerres anglo-mahratte) ;

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* le palais Laxmi Vilas, résidence de la famille régnante de Baroda ; c’est un vaste palais construit en style indo-sarracénique (anglo-indien), achevé en 1890, construit par un architecte britannique ; le malheureux mit fin à ses jours pendant la construction, craignant d’avoir construit un édifice instable ; l’avenir lui a donné tort puisque ce vaste palais est toujours de bout et loge le Maharaja actuel et sa famille ; l’édifice est très éclectique (statues occidentales et indiennes …), mais réussi, le palais étant au cœur d’un vaste domaine transformé en golf.

Nous quittons Baroda vers 12 h 15. La route Delhi Bombay est peu agréable car elle est très chargée de camions et traverse de nombreuses zones industrielles (le Gujerat est l’un des Etats les plus industrialisés de l’Inde). Nous passons près de Surat, grande ville industrielle, sans nous y arrêter et tentons notre chance à Valsad, petite ville située un peu plus au sud. C’est bien décevant, l’endroit ne présente ni intérêt, ni ressource hôtelière. Mais nous retrouvons la mer à la plage de Tithal toute proche. Nous n’avions pas vu la mer depuis le 18 décembre, à Konark en Odisha.

Nous reprenons la route et arrivons à la nuit tombante  à Damman (72° 50’E, 20° 27’N), ancienne possession portugaise. L’entrée dans ce territoire se fait par une toute petite route entre des usines, mais on trouve quelques hôtels sur la route qui longe la plage de Devka, au nord de la petite ville de Damman.

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Daman

Daman (Damão en portugais), territoire de 72 km² enclavé dans l’Etat du Gujerat, à 190 km au nord de Bombay, fut colonisé par les Portugais un peu par hasard (le navigateur Diogo de Melo y fut jeté par une tempête en 1523) mais resta aux mains du Portugal pendant plus de quatre siècles. L’Inde le récupéra de vive force en même temps que les deux autres possessions portugaises, Goa et Diu. « Daman fut libéré par le premier bataillon d’infanterie légère mahratte le 19 décembre 1961 après un combat héroïque  [il y eut quatre morts indiens et dix portugais, NdR]). Ainsi prit fin le régime portugais vieux de 450 ans » nous enseigne la plaque apposée sur le monument commémoratif. Daman  compte aujourd’hui un peu plus de 35 000 habitants.

Avec Diu, une autre ancienne possession portugaise située plus à l’ouest, Daman forme le territoire de Daman et Diu, rattaché directement au gouvernement central indien (comme Pondichéry et les trois autres anciens comptoirs français qui lui sont rattachés), mais  distinct de Goa depuis 1987. Daman jouit de privilèges fiscaux. En particulier, la vente d’alcool y est libre et donne lieu à un commerce prospère. Le territoire compte aussi des usines pharmaceutiques et chimiques, sources importantes de pollution.

*     *     *

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143ème  et 144ème jours, 25 et 26 janvier, Daman, 43 km : nous longeons la plage de Devka de sa partie centrale jusqu’à son extrémité nord, au point où un estuaire marque la fin du territoire de Daman. La marée est basse et la mer a reculé loin, dégageant une vaste étendue de sable gris, de vase et de rochers. La plage elle-même est de sable gris, jonchée de détritus.

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A l’extrémité nord, nous assistons à une crémation : les hommes, en chemise blanche pour la plupart, sont sur la plage autour du bûcher, les femmes restent à légèrement à l’intérieur des terres, assises sur un chemin, psalmodiant des chants.

Nous visitons aussi la plage de Jampore, au sud du territoire. Elle est plus belle que la précédente, mais très sale et très fréquentée dans sa partie centrale, y compris par des visiteurs ayant visiblement abusé des liqueurs fortes. Elle ne nous laissera donc pas un grand souvenir.

Nous visitons à deux reprises la partie urbaine de Daman qui se divise en deux petites villes distinctes, séparées par la rivière Damanganga :

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- Nani Daman (« le petit Daman », bien qu’il s’agisse aujourd’hui de l’agglomération principale), au nord, ne présente guère d’intérêt ; on y trouve cependant un petit fort en bordure d’estuaire, l’ex- fort Saint Jérôme, avec un église et un petit cimetière ;

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- Moti Daman (« le grand Daman »), au sud, est beaucoup plus riche ; un grand fort se trouve en bord d’estuaire, face au précédent ; il contient dans ses murailles l’essentiel de l’ancienne ville portugaise ;

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nous y visitons deux églises sur la place principale : l’église du Bon Jésus et Notre Dame du Rosaire ; de même style et datant de la première décennie du 17ème siècle, toutes deux sont très simples dans leur structure mais possèdent des autels et des chaires en bois richement décorés en style baroque ; une troisième église de même facture, ruinée, se trouve à l’intérieur du fort ;

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une quatrième église, Notre Dame du Bon Secours, se situe dans la ville nouvelle, plus au sud ;

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dans les rues de la vieille ville se trouvent aussi les ruines du couvent des Dominicains (photo ci-dessus) qui semble avoir comporté aussi une église de grande taille : comme à Goa , la présence religieuse était massive ;

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la vieille ville compte aussi quelques maisons et bâtiment publics plus ou moins coloniaux, qui abritent pour la plupart les services administratifs du territoire et les anciens logement des fonctionnaires portugais, largement à l’abandon ;

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deux phares se trouvent à l’angle nord-ouest des fortifications : l’ancien, désaffecté, date des années 1880 (photo ci-contre); le moderne, à l’extérieur des remparts le domine de très haut mais n’a bien sûr pas le même charme.

Ces monuments, dont l’intérêt historique est loin d’être négligeable, semblent peu visités boen qu’ils soient bien tenus (pelouses soignées, beaux arbres). Plus encore que les quartiers français de nos anciens comptoirs, la vieille ville de Moti Daman, à l’intérieur du fort, est très peu habitée, au point de donner l’impression d’une ville morte, spectacle très rare en Inde mais qui contribue à l’agrément de la visite. Visiblement, l’ancien comptoir portugais ne compte guère sur ses vestiges historiques pour attirer les visiteurs mais sur la vente d’alcool, qui marche d’autant mieux que le Gujerat voisin est un Etat « sec ».

145ème jour, 27 janvier, Daman Bombay, 198 km : nous quittons Nani Daman à midi par une route étroite et encombrée. 16 km plus tard, à Vapi, nous retrouvons la route NH8 Delhi Bombay qui n’est heureusement pas trop chargée jusqu’aux abords de Bombay. Nous traversons une série de collines boisées, sans doute les dernières forêts que nous verrons d’ici quelques temps.

L’entrée dans Bombay se fait sans incident mais très lentement : plus de 2 h 30 d’embouteillages pour entrer en ville et la traverser. C’est avec soulagement que nous retrouvons, peu avant 18 heures, le petit hôtel du quartier de Colaba où nous avions séjourné en novembre.

Nous regagnons donc Bombay après un périple de 67 jours et 11 261 km sur les routes de l’Inde au volant de notre voiture (et 13 955 km au total depuis notre entrée en Inde il y a trois mois jour pour jour, puisque nous avions loué des voitures de la frontière népalaise jusqu’à Bombay). Tout s’est bien passé malgré des conditions de route à tout le moins difficiles (nous y reviendrons dans un article spécifique). Nous garderons un grand souvenir de ce grand voyage en Inde.

Nous allons devoir à nouveau passer du temps à Bombay avant de quitter le pays, car nous devons à présent :

-         nous procurer des visas pour l’Iran ; les démarches engagées le 8 janvier lors de notre passage à Delhi sont en bonne voie (nous avons reçu un accord de principe) mais il faudra encore une semaine ou deux avant qu’elles aboutissent ; nous avons en revanche essuyé un refus pakistanais : le Pakistan ne délivre pas de visas à Delhi aux étrangers tiers qui ne résident pas en Inde ; aucun visa n’est non plus délivré pour traverser le pays d’est en ouest en raison de la situation au Baloutchistan ; nous avions longuement débattu du caractère raisonnable ou non d’une traversée du Pakistan par la route : ce débat a été tranché par les Pakistanais eux-mêmes ;

-         trouver un navire qui transportera notre voiture de Bombay en Iran, puisque l’Inde et l’Iran n’ont pas de frontière commune ; ceci risque aussi de prendre un peu de temps.

146ème au 162ème jour, 28 janvier au 13 février, Bombay, 55 km : deuxième séjour à Bombay, bien plus long que nous l’aurions souhaité.

-         La procédure d’obtention du visa iranien a été beaucoup plus longue que prévu, avec plusieurs péripéties. Nous avons finalement obtenu ces visas le 13 février. Au total, leur obtention a nécessité 37 jours calendaires, depuis notre visite initiale du 8 janvier à l’ambassade d’Iran à New Delhi.

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-         L’issue de cette procédure étant demeurée incertaine jusqu’au bout, nous avons renonçé à regret, le 5 février, à expédier notre voiture en Iran alors que le conteneur était déjà préparé sur le port. En cas de refus de visa, nous aurions été en très mauvaise posture si la voiture avait vogué vers l’Iran. La prudence nous a conduit à l’expédier directement vers la Turquie. Après avoir considéré un envoi vers Trébizonde (compliqué, avec deux transbordements), nous avons opté pour une expédition vers Izmit  (près d’Istanbul, à ne pas confondre avec Izmir), plus simple (liaison maritime directe de Bombay, trois semaines de mer). Pour cela, il a fallu conduire la voiture au port de conteneurs de Nava Sheva (55 km de mauvaise route du centre de Bombay - photo ci-dessus) le 10 février. La procédure est plus simple que pour l’importation, mais prend la journée entière, trajets compris. La voiture a été mise en conteneur pour un départ le 13.

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Une poissonière de rue et ses admirateurs

Le reste du séjour n’a pas été désagréable mais assez peu occupé, car nous avions déjà bien visité Bombay à notre premier séjour. Nous avons retrouvé le chaos que nous vous avions décrit à l’époque et visité à nouveau plusieurs sites et musées déjà vus en novembre. Visite aussi de plusieurs expositions temporaires, dont l’une du British Museum sur la Perse ancienne, avec pour pièce maîtresse le cylindre de Cyrus, un cylindre en argile retrouvé à Babylone (c’était en Perse à l’époque) portant un texte en caractères cunéiformes.

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Nous avons aussi fait quelques nouvelles visites, notamment le petit quartier de Kotachiwadi, proche de la plage de Girgaun. Il se compose de quelques ruelles bordées de petites maisons en bois, ou de petits immeubles largement en bois.   La population est surtout catholique, avec des noms portugais. Cette courte promenade donne une petite idée du charme ancien de Bombay.
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Une Vierge couleur locale, à Kotachiwadi

163ème jour, 14 février, Bombay Mascate (Oman) : Après une journée de repos et d’ultimes préparatifs, nous quittons notre hôtel du quartier de Colaba pour l’aéroport en fin d’après-midi. La lumière est très belle mais il nous faut 1 h 35 pour gagner l’aéroport dans les embouteillages. Nous partons du nouveau terminal, flambant neuf.

Ce n’est pas sans regret que nous quittons l’Inde par voie aérienne. Si tout s’était passé selon nos souhaits, l’intégralité de ce voyage de Pékin à Paris se serait faite sur les routes. Mais le Pakistan, en nous fermant ses portes, ne l’a pas permis.

Ainsi s’achèvent notre second séjour à Bombay et ce long séjour en Inde : 111 jours depuis notre arrivée du Népal le 27 octobre. Mise à part l’inactivité forcée des dernières semaines en raison des démarches de visa et d’expédition de la voiture, il s’est déroulé dans les meilleures conditions possibles. Nous avons survécu sur les routes indiennes (voir article séparé), ce qui était loin d’aller de soi compte tenu des difficultés et des risques.

Mis à part une entorse malencontreuse, nous sommes restés en bonne santé pendant ce long voyage, ce qui n’allait pas de soi non plus. Deux facteurs y ont contribué : nous avons presque toujours séjourné dans de bons ou de très bons hôtels dont nous avons fréquenté les restaurants, évitant presque entièrement les petits restaurants bon marché, plus risqués. Et nous avons adopté pendant tout le séjour en Inde (et avant cela au Népal) un régime végétarien (avec œufs et lait cependant) moins risqué. Sécurité alimentaire mise à part, les bons hôtels nous ont aussi permis de nous reposer chaque soir dans un environnement propre et confortable, bienvenu après une longue journée sur les routes ou dans les villes. Ceci n’est pas négligeable non plus pour rester en bonne forme physique et mentale dans un environnement qui pourrait devenir à la longue difficilement supportable.

Ceci nous a permis de profiter pleinement de l’Inde, du nord au sud et d’est en ouest. Nous n’avons pas tout vu, bien  sûr, mais avons pleinement profité de ce très beau pays. Il nous restera des régions à découvrir pour de prochains voyages : plateau du Deccan au delà de nos visites à Hampi et Mysore, Etats du nord-est, îles Andaman notamment.

C’est sur ce bilan très positif que nous quittons Bombay.

A suivre :  Journal Pékin Paris (2013-2014) : 4 - en Oman et aux Emirats

 

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Le port de Bombay et la porte de l'Inde