Journal d'Uttarakhand, août 2015

Publié par Ding

Journal d'Uttarakhand, août 2015

3 août, premier jour, New Delhi Mussorie, 305 km. Nous quittons New Delhi (quartier de Safdarjung, 77° 12' E, 28° 34' N) vers 7 h 50 pour une journée de route qui est un concentré assez exact de notre grand voyage de 2013-2014 en Inde en voiture. Toutes les difficultés et les dangers de la conduite sur les routes de l'Inde (voir notre article de l'époque) ne nous ont donc pas dissuadés de tenter à nouveau l'expérience. 

La traversée de New Delhi se passe sans grande difficulté grâce à l'heure matinale mais les choses se gâtent à Ghaziabad : notre GPS Garmin nous fait passer par une route impraticable ce qui nous perd et nous fait perdre beaucoup de temps. Les routes sont ensuite relativement bonnes, surtout entre Meerut et Muzaffarnagar. Plus au nord la qualité se dégrade et certaines portions, près de Saharanpur, sont très défoncées, nous rappelant l' "Assam road" du Bengale (voir journal, 22 et 23 décembre 2013). Heureusement la densité de population décroît peu à peu et la circulation aussi.

Une vingtaine de kilomètres avant Dehra Dun, la plaine du Gange prend fin et la route s'élève dans les premières collines du Shivalik, le piémont himalayen. Traversée de Dehra Dun,  capitale provinciale, assez difficile avec une circulation dense.

Nous arrivons à Mussorie (78° 04' E, 30° 27' N, alt. 2 000 m) peu avant 18 heures. La circulation est difficile dans des rues très étroites.  La ville rappelle beaucoup les autres stations d'altitude de l'Inde coloniale, Shimla, Darjeeling et autres. Nous trouvons sans difficulté un hôtel colonial plutôt sympathique. Il fait frais ce soir mais la pluie nous a heureusement été épargnée pour cette première journée de route.

 

4 août, deuxième jour, au nord de Mussorie, 132 km. Nous quittons Mussorie peu après 8 h par la route SH 8 qui descend en lacets vers le nord-ouest. En une vingtaine de km nous descendons de 2 000 à 850 m pour trouver le cours de la Yamuna et la route NH 123. En chemin, à 15 km de Mussorie, nous apercevons les chutes de Kempty dont la fréquentation touristique et les constructions qui l'accompagnent ont largement gâché l'agrément.

Nous poursuivons vers le nord sur la NH 123. Celle-ci est de bonne qualité mais étroite et fréquentée, ce qui requiert une grande vigilance. Nous dépassons Nainbag, à 45 km de Mussorie.  Au village de Maror, nous bifurquons à droite et nous élevons vers l'est sur une route secondaire, goudronnée mais étroite, qui suit un affluent de la Yamuna. Contrairement à la descente de Mussorie, dans une forêt protégée, le déboisement est ici important autour des nombreux villages.

Après 20 km nous laissons la voiture au village de Brode (transcription phonétique, 78° 04' E, 30° 36' N, alt. environ 1 700 m) et nous élevons à pied vers le nord sur un sentier qui suit une ligne de crête. Vu beaucoup de vautours, assez spectaculaires, sans doute attirés par une carcasse en contrebas. Nous atteignons une autre ligne de crête, orientée est-ouest celle-ci, vers 2 000 m. Sur le versant nord une forêt de conifères. Plusieurs hameaux de bergeries peut être saisonniers, assez jolis avec leurs murs en pierres sèches et leurs toits de lauzes. Quelques légumes et peu de maïs sont cultivés autour. Nous assistons aux labours avec deux boeufs et une antique araire. Ça ne respire pas l'opulence.

En théorie cette route permet de continuer vers l'est, de franchir une chaîne de montagnes et de redescendre dans la vallée de la Bagirath mais nous préférons ne pas tenter cette longue boucle ne connaissant pas l'état de la route. Nous rentrons à Mussorie vers 17 heures.

 

5 août, troisième jour, Mussorie Rishikesh, 182 km. Mussorie est ce matin dans le brouillard qui persistera pendant l'essentiel de la journée. Nous partons néanmoins en voiture pour l'ancienne résidence de George Everest, à 6 km à l'ouest de la ville par des routes sinueuses. Nous la trouvons en plein brouillard, à l'abandon et couverte de graffitis, c'est un peu lugubre.

Nous quittons Mussorie vers l'est par la route SH 8 déjà empruntée hier. C'est une très belle route de montagne, étroite et sinueuse, mais assez facile car peu fréquentée. Elle traverse plusieurs villages mais son intérêt principal réside dans les paysages de forêt lorsque le brouillard se lève. 25 km après Mussorie nous traversons la petite station touristique de Dhalnoti. 2 ou 3 km plus loin, nous laissons la voiture pour une courte marche en forêt, toujours dans le brouillard mais avec de belles essences tropicales d'altitude.

Poursuivant vers l'est, nous descendons en début d'après midi vers Chamba où nous trouvons une route nationale (NH 94) vers le sud qui nous conduit jusqu'à Rishikesh (78° 18' E, 30° 07' N, alt. 335 m). Les pèlerins à pied sont assez gênants pour la conduite car ils occupent généreusement la chaussée. A Rishikesh, Thibaut n'a le temps que d'un très bref aperçu des pèlerins sur les rives du Gange car il faut le conduire à l'aéroport de Dehra Dun d'où il regagne Delhi. Resté seul, je trouve sans difficulté un bon hôtel avec vue sur le Gange. Promenade le soir, il y a beaucoup de monde car Rishikesh est une ville de pèlerinage très fréquentée par les Indiens et quelques étrangers. Méditation et yoga sont proposés partout, le commerce est très actif car la quête spirituelle n'empêche pas les bonnes affaires.

 

6 août, quatrième jour, Rishikesh Guptakashi, 181 km. Petite promenade ce matin sur les quais du Gange où les pèlerins sont en foule, surtout sur la rive gauche que l'on atteint par le pont suspendu (interdit aux voitures) de Lakshman Jhuli. Le Gange à Rishikesh est plus torrentueux qu'à Kanpur ou à Bénarès car il sort tout juste du piémont himalayen.

 

Pris la route vers 10 h 30 en direction du nord-est. La route remonte la vallée du Gange. Là où cette vallée est large, la route est facile avec de beaux paysages de forêt, quelques passages de gorges où la route est plus étroite et plus difficile. Il n'y a heureusement pas une forte circulation.  L'altitude augmente très progressivement (500 m seulement vers midi).

Chute de pierres sur la route

Déjeuner rapide près de la petite ville de Srinagar, à ne pas confondre avec la capitale éponyme de l'Etat du Jammu et Cachemire. 34 km plus loin, on atteint Rudraprayag, très encaissée en fond de vallée. Je bifurque vers la gauche et remonte plein nord la vallée de la rivière Mandakini sur 40 km par la route NH 107 ou 109 (numérotation peu claire). Route étroite mais bonne dans l'ensemble, quelques passages délicats causés par les chutes de pierrres et les glissements de terrain, d'autant plus que le temps se met à la pluie.

Arrivée vers 17 h 30 au village de Guptakashi (alt. 1 250 m) où je trouve facilement un gite simple pour la nuit.

Un rémouleur sur son vélo-établi à Guptakashi

Un rémouleur sur son vélo-établi à Guptakashi

7 août, cinquième jour, autour de Guptakashi, 83 km. Je quitte Guptakashi aux premières lueurs de l'aube à 4 h 55. La route est déserte, ce qui la rend facile, mais elle est étroite avec quelques passages délicats causés par les chutes de pierres de la nuit (celles-ci seront déblayées dans la matinée).

A 6 heures, 29 km plus loin, je parviens au village de Sonprayag (79° 00' E, 30° 38' N, alt. 1 650 m) dans un grand concours de peuple. Mauvaise surprise : la route vers le sanctuaire de Kedarnath est coupée pour les voitures 4 km plus tôt que prévu, ma documentation n'était pas à jour. Elle est même interdite aux piétons ce matin car un éboulement a dû se produire cette nuit. Des centaines voire des milliers de pèlerins attendront comme moi en vain. Malgré les efforts des autorités - l'inscription biométrique des pèlerins et des touristes est obligatoire, maintenir propre un site aussi peuplé relève de la gageure et les odeurs sont fortes. Kedarnath, proche de la source de la Yamuna, est dédié à Shiva, c'est l'un des quatre temples du Char Dham, le pèlerinage aux sanctuaires situés près des sources de quatre fleuves sacrés qui attire chaque année des centaines de milliers d'Hindous.

Comme beaucoup de pèlerins, j'occupe ces heures d'attente en montant en voiture à 12 km vers l'ouest, par une route très défoncée mais belle, jusqu'au village qui abrite le temple hindouiste de Shri Triyuginarayan (photo ci-dessous, alt. 2 000 m). Ce petit sanctuaire dédié à Vishnou, lieu supposé du mariage de Shiva et de Parvati, est une consolation car il ressemble un peu à Kedarnath que je ne verrai pas.

Je reprends la route vers l'aval en milieu de journée mais une forte pluie et une très forte migraine me contraignent à faire à nouveau étape à Guptakashi où la même auberge m'accueille à nouveau.

 

8 août, sixième jour, Guptakashi Govind Ghat, 170 km. Je quitte Guptakashi sous la pluie, descends en 6,5 km jusqu'au lieu-dit Kund où je bifurque sur la gauche sur une petite route (NH 107A) qui passe par Ukimath (var. Okimath) et Chopta et rejoint directement Chamoli, 80 km à l'est, en évitant un long détour par le sud.

Cette route étroite ne présente aucune difficulté sérieuse. Les croisements à flanc de falaise pourraient être périlleux mais la route est presque déserte. Son revêtement est neuf, sauf sur une portion de 15 km après le col que l'on franchit à 2 670 m. Toute la partie proche du col se fait dans une belle forêt d'altitude protégée.

A Chamoli, on rejoint la route NH 58 sud nord, plus large mais en moins bon état et beaucoup plus fréquentée jusqu'à la petite ville de Joshimat. Quelques passages difficiles dûs à des éboulements et des glissements de terrain, mais rien de vraiment redoutable. Les 21 km entre Joshimat et Govind Gath sont les plus spectaculaires avec la route au fond d'une gorge encaissée de la rivière Alaknanda. La route devient plus impressionnante avec plusieurs passages emportés dans la rivière, le spectacle est majestueux.

Le village de Govind Gath (79° 34' E, 30° 37' N, alt. 1 892 m) se spécialise dans l'accueil des pèlerins qui montent vers les sanctuaires environnants. On s' y loge donc sans difficulté mais les liaisons téléphoniques sont limitées et les connexions Internet inexistantes.

 

9 août, septième jour, Govind Gath Ghangaria, 14 km à pied, dénivelé net 1 250 m. Le beau temps est revenu ce matin après deux jours de pluie. Je quitte Govind Gath peu avant 8 heures accompagné d'un porteur. La rivière Alaknanda franchie (alt. 1 850 m), la route s' élève au nord-est en suivant le cours d'un affluent, le Lakshman Ganga.

L'orientation ne pose aucune difficulté. La piste est carossable sur 4 km. Elle se prolonge ensuite par un large chemin cimenté et empierré qui s' élève en pente assez douce. On chemine dans une belle forêt protégée, les conifères faisant leur apparition vers 2 500 m. Au même moment, une vallée sur la droite fait apparaître une montagne couverte d'un glacier (photo ci-dessous). C'est la première et la seule fois du voyage, les nuages ayant masqué les sommets le reste du temps. Outre sa beauté, la forêt fournit presque partout une ombre bienvenue.

Le ravitaillement est assuré par de nombreuses échoppes - dhaba - qui proposent repas simples et rafraîchissements. Plus encore que dans la vallée de Langtang au Népal (voir journal, 16 au 20 octobre 2013), ce sont des conditions de marche très faciles.

Les touristes indiens partagent le chemin avec de nombreux pèlerins sikhs. Certains, ascétiques, sont très beaux avec leurs turbans, les autres sont ventripotents et suent à grosses gouttes devant un effort auquel ils ne sont pas habitués ou sont mal assurés sur leurs chevaux de louage (les odeurs équines sont fortes malgré le ramassage), sans compter ceux qui se font monter à dos d'homme (le spectacle fait frémir) et les quelques privilégiés qui nous survolent en hélicoptère.

Le chemin était, il y a une vingtaine d'années, jonché des détritus jetés par les pèlerins. L'action méritoire des autorités et d'une ONG locale a permis d'organiser la collecte et le recyclage de ces tonnes de plastique mais il faut deux balayeurs par kilomètre de chemin pour maintenir celui-ci dans un état de propreté presque parfait. C'est dire le travail qui serait nécessaire pour nettoyer le parc du Rinjani (Indonésie) visité en décembre dernier. Le Mont Taishan (voir notre journal du Shandong, 9 mai 2011) pourrait aussi prendre exemple même s' il est vrai que l'affluence y est bien supérieure.

Ghangaria (79° 35' E, 30° 42' N, alt. 3 100 m) est un village saisonnier entièrement conçu pour l'accueil des touristes et des pèlerins. Un gurdwara (établissement sikh) et de nombreux petits hôtels offrent au visiteur un confort sommaire et des repas simples. L'héliport, qui peut accueillir trois machines à la fois, fait aussi office de terrain de cricket - nous sommes en Inde. Mis à part un repos bien mérité, les distractions sont limitées l'après midi quand la pluie et le froid s'installent. Ni les téléphones portables ni Internet ne fonctionnant, c'est un site tout indiqué pour une courte (ou longue) cure de désintoxication. La pluie cesse en fin d'après midi mais il fait frais ce soir en l'absence de tout chauffage.

 

10 août, huitième jour, Hem Kund et la vallée des fleurs, environ 28 km à pied, dénivelé net cumulé 1 400 m. Temps très favorable aujourd'hui : quasiment pas de pluie mais assez de nuages pour tamiser le soleil.

Je quitte Ghangaria à 7 h 20 par le sentier des pèlerins qui s' élève en lacets sur une direction générale à 140° parallèle au torrent Bhyundar Ganga. La montée est très facile avec une pente douce à flanc d'une paroi pourtant raide. On quitte la forêt vers 3 500 m. La beauté et la diversité des fleurs est remarquable, y compris quelques essences que je ne reverrai pas l'après midi.

Journal d'Uttarakhand, août 2015

A 9 h 50, je parviens à 4 050 m d'altitude et, à ma surprise, suis déjà arrivé au sanctuaire sikh de Hem Kund que les panneaux et les guides de voyage donnaient 400 m plus haut. Cette montée abrégée est presque une déception. Le site est joli au bord d'un petit lac de montagne (photo ci-dessus) mais le sanctuaire sikh vénéré est moderne et d'une esthétique discutable. Un tout petit temple hindou le côtoie. Le spectacle des dévotions des pèlerins, dont certains se plongent dans l'eau froide du lac, est le principal intérêt de l'endroit. J'y consacre une heure avant de redescendre tranquillement en deux heures en admirant les fleurs.

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Rentré dès 13 h à Ghangaria, je me présente à l'entrée du parc où on me laisse rentrer de justesse avec obligation d'en sortir avant 18 h. Je consacre l'après midi à la célèbre vallée des fleurs, objet d'un article séparé.

 

11 août, neuvième jour, Ghangaria Govind Gath et excursion à Mana, 21 km à pied environ et 57 km de route. Je quitte Gangharia à 6 h 55 et descends à Govind Gath tranquillement en 3 h 40. De nombreux pèlerins dans les deux sens à pied, à cheval ou en hélicoptère.

Vers 11 h, je reprends la route NH58. La chance est au rendez vous puisque la route, fermée ces derniers jours par un éboulement, vient de rouvrir. Mais c'est une mauvaise route avec un revêtement dégradé, de nombreux tronçons emportés par des chutes de pierres et des glissements de terrain dont certains sont difficiles à franchir. Je regrette de ne pas disposer d'un 4x4. La circulation est de plus assez importante car de nombreux pèlerins, hindous ceux-là, se font conduire au sanctuaire de Badrinath, autre pilier du Char Dham. Il me faut 1 h 30 pour parvenir au village de Badrinath (25 km de Govind Gath, alt. 3 200 m).

L'affluence au célèbre temple dédié à Vishnou est réduite car ce n'est pas l'heure des cérémonies et il est fermé. Bien qu'hindou, ce temple coloré a un air vaguement tibétain qui n'est peut-être pas fortuit : on me dit que son architecture, plusieurs fois remaniée, a été copiée sur celle d'un monastère tibétain assez proche d'ici. Les pèlerins sont nombreux dans le village qui vit de leur présence. Beaucoup de sadhu - sages hindous - et de marchands du temple.

Je reprends la route NH 58 sur 4 km, jusqu'à son terme. C'est Mana (79° 30' E, 30° 46' N, alt. 3 270 m), connu comme "le dernier village indien" (avant la frontière), situation qui lui vaut beaucoup de visiteurs. C'est aussi un village d'été : lorsque la neige arrive, la population s' installe bien en aval, près de Chamoli. Les ruelles, accessibles aux seuls piétons, ne manquent pas de charme. Les gens vivent d'un peu de maraîchage et surtout du tourisme.

 La route civile s' arrête là. Une piste monte en lacets vers le nord, mais c'est un "axe militaire" interdit qui se poursuit jusqu'au col frontalier de Mana à une cinquantaine de kilomètres.

A la sortie du village, la rivière sort littéralement d'un gouffre en grondant, c'est le "rocher de Bhima" qui attire beaucoup de curieux. Si la route est fermée, un sentier très bien tracé part vers le nord-ouest à 300°, passe près d'un petit temple - Viyash Gufa - et permet de suivre la vallée d'un torrent (Saraswati). Quelques pâturages et de jolies fleurs. Comme le temps passe et le brouillard gagne, je fais demi-tour sur une moraine, environ 3,5 km plus loin, alt. 3 530 m, mais rien n'empêcherait de poursuivre au moins un peu. Le fond de la vallée est visiblement barré par une muraille rocheuse massive au nord-ouest mais celle-ci se laisse à peine entrevoir tant les nuages de mousson, arrêtés par les sommets, sont épais. Peut être est-ce mieux ainsi, les confins indo-tibétains resteront enveloppés dans leur mystère.

Mana étant le bout de la route civile, je n'ai plus qu'à commencer la descente vers le sud, avec une sage lenteur, sur la route NH 58. Les mauvais passages franchis ce matin sont négociés sans encombres, sauf un peu avant 18 h, une chute d'eau assez abondante faisant radier. Rien de redoutable en apparence mais mes roues arrière s' enfoncent dans un sable meuble au point précis du passage de la chute d'eau. Un 4×4 se serait sans doute sorti de là aisément mais mon pauvre Mahindra Scorpio est bel et bien bloqué avec de l'eau jusqu'aux moyeux et des milliers de litres d'eau qui tombent d'en haut à grand fracas. Mes jours ne sont pas en danger puisque j'ai toujours la ressource de quitter la voiture avec de l'eau jusqu'aux chevilles mais celle-ci est en fâcheuse posture : elle est complètement bloquée, il suffirait que le débit de la chute augmente dans les minutes ou les heures qui viennent pour qu'elle soit emportée et disparaisse dans la rivière Alaknanda qui gronde en contrebas. Ma voiture bloque de surcroît la circulation dans les deux sens. Un obligeant possesseur de 4x4 me sort de ce mauvais pas en me tractant d'un mètre ou deux en arrière. Cet incident plaide fortement pour disposer à l'avenir au minimum d'un SUV et si possible d'un vrai 4×4 sur des routes pareilles, comme c'était le cas lors de notre grand voyage de 2013-2014. Je retrouve Govind Ghat vers 18 h 15.

 

12 août, dixième jour, Govind Ghat Adibadri, 124 km. Faux départ à 7 h 20. La route est bloquée 2,4 km en aval par un éboulement survenu cette nuit. Une pelleteuse est déjà à l'oeuvre mais le travail est lent, difficile et non exempt de risques car des pierres continuent de tomber, formant parfois une vraie cascade de cailloux qu'il faut à nouveau enlever. Quelques personnes passent en courant, non sans danger. Une poignée d'autres contournent la difficulté au prix fort grâce à l'hélicoptère. Une foule de plus en plus dense s'accumule sur le site qui devient couvert d'hommes, de femmes (beaucoup moins nombreuses), de motos et de voitures, rendant le redémarrage problématique le moment venu (phénomène classique sur les passages à niveau indiens).

Journal d'Uttarakhand, août 2015

Le déblaiement du verrou rocheux final, après midi, semble le plus difficile et traîne en longueur. La pelleteuse peine à se saisir des gros quartiers de roche sous les yeux de centaines de badauds assis sur la route comme au spectacle. Le verrou saute enfin à 13 h 40. Quelques secondes plus tard, une seconde pelleteuse arrive de l'amont sur le site, sans doute dépêchée par les carabiniers de Badrinath. L'écoulement de la foule est comme prévu laborieux : piétons et motos s' engouffrent alors que des pierres tombent toujours. Un nouveau travail de pelleteuse (la première) est nécessaire pour rendre le passage praticable aux voitures. Celles-ci se précipitent alors, chacun essayant de passer devant. A ce jeu, je passe dans les derniers à 14 h 32, après plus de sept heures d'attente. Il est heureux qu'il fasse beau car de la pluie aurait pu compromettre les travaux de dégagement.

La route qui suit, connue jusqu'à Chamoli et nouvelle ensuite, se passe sans incidents mais elle est lente. Il me faut 3 h 40 pour rejoindre la petite ville de Karnaprayag après 100 km de route. Malgré le retard accumulé, je décide de passer par Nainital comme je l'avais prévu et bifurque vers le sud-est par la route NH 87E. Il est 18 h 15.

C'est une route très étroite qui s' enfonce dans des vallées boisées presque désertes. Ce n'est pas désagréable mais la nuit arrive et la question du gîte commence à se poser avec acuité. Alors que les montagnes visitées jusqu'ici étaient touristiques et bien pourvues en hôtels, il n'en va plus de même ici. En arrivant au village d'Adibadri (79° 14' E, 30 ° 09' N, alt. 1 380 m) à 19 h 05, deux surprises m'attendent en quelques secondes : un très joli temple ancien avec plusieurs petits pavillons dont j'ignorais absolument l'existence et une auberge gouvernementale. Le gîte est sommaire et le couvert frugal mais c'est bien préférable à des dizaines de kilomètres de route nocturne en pleine forêt.

 

13 août, onzième jour, Adibadri Gajrula (Uttar Pradesh), 385 km. Départ à 5 h 30 après une seconde visite    au temple du village. La première partie de cette longue étape, 115 km jusqu'à Ranikhet, se passe dans une succession de collines (un col à 2 180 m peu après le départ).  Certaines sont couvertes de forêt et tout à fait désertes. On traverse cependant aussi de nombreux villages entourés de cultures en terrasses. Dès 6 h 30 les enfants partent pour l'école et partagent avec les voitures une route très étroite. Le paysage est beau mais la conduite fatigante sur une route aussi étroite et sinueuse.

Nouvelle bonne surprise au village de Dwarahat (79° 26' E, 29° 46' N, alt. 1 550 m) : deux temples estimés du 11ème siècle (Mritunjaya et Badrinath, à ne pas confondre avec le sanctuaire éponyme vu avant hier).

Journal d'Uttarakhand, août 2015
Journal d'Uttarakhand, août 2015

Ranikhet, que j'atteins vers 9 h 45, est une station d'altitude (1 829 m) mais surtout le siège d'un régiment et de nombreuses installations militaires. L'armée est partout, le patriotisme est ici à l'honneur mais il m'est demandé de ne pas photographier les monuments qui l 'exaltent.

La route devient ensuite plus large, donc plus facile. Elle reste accidentée, à travers des collines où le pin et l'eucalyptus dominent.

Nainital, atteint vers midi, est une station d'altitude très connue (1 938 m), bâtie dans un beau site autour d'un lac volcanique (réputé être l'oeil de l'épouse de Shiva). Je la parcours malheureusement dans de mauvaises conditions : par un épais brouillard et en voiture seulement,  car il est très difficile d'y trouver à se garer. Les rues sont très étroites et le moindre centimètre carré y est occupé. Visite plus stressante que reposante faute de pouvoir y faire étape.

Je reprends la route vers 13 h et descends aussitôt vers la plaine. Derniers regards sur les belles forêts de pins et le spectacle des collines. Déjeuner à mi-pente pour profiter encore un peu de la fraîcheur si appréciée des montagnes. Mais à Haldwani, c'est bien fini, c'est à nouveau la plaine.

Le retour y est assez brutal, comme s' il fallait expier dix jours passés au "pays des dieux". On retrouve d'un coup la chaleur lourde, la poussière, les villes pauvres et sales de cette partie de l'Uttar Pradesh, une circulation chaotique et, entre Rudrapur et Rampur, une portion de route NH 87E abominable, avec des trous à casser les essieux des voitures et le dos des passagers. Est-ce à dessein que les stations d'altitude de Darjeeling, Mussorie et Nainital sont toutes trois desservies par des routes parmi les pires de l'Inde ?

La grande route après Rampur (NH 24) est bien meilleure là où elle n'est pas en travaux mais une circulation dense et anarchique la rend périlleuse. Alors que la nuit arrive, je trouve un hôtel en bord de route juste avant Gajrula (78° 16' E, 28° 50' N, alt. 400 m). C'est sans aucun charme mais il n'y en a pas d'autre et la conduite de nuit est à proscrire.

 

14 août, douzième jour, Gajrula New Delhi, 125 km. Départ à 5 h 15. Cette dernière et courte étape se passe sans encombres malgré une circulation chaotique à l'approche de Delhi, surtout à Ghaziabad. Je suis de retour au point de départ à 7 h 50, ayant parcouru au total 1 744 km. Ce voyage s' est parfaitement déroulé malgré les risques des routes indiennes et ceux de la mousson. Un article en rend compte de facon synthétique.

 

Voyez aussi l'article spécifique consacré à la vallée des fleurs et notre album de photos de voyage.