Voyage en Europe de l'Est (juillet - août 2009)

Nous sommes arrivés à Prague le mercredi 29 juillet vers 22h. Dès la sortie du métro, au cœur de la ville, dépaysement et impression d’espace : vastes avenues parcourues de tramway, bâtisses majestueuses… nous avons parcouru dans la nuit la route sinueuse qui remonte la colline et qui conduisait à notre hôtel, derrière le château.

Tout de suite je me félicite de ce choix : quartier tranquille, vue sur la cathédrale St Vitus, chambre douillette – et pizza room service 24 h sur 24 ! Nous profitons de tout cela, et moi de plus encore puisqu’une surprise m’attend. GA m’offre une jolie palette de maquillage achetée discrètement à l’aéroport après m’avoir vu contempler longuement le rayon en question du duty free. Elle est ravissante et je suis très touchée de cette attention (d’autant plus qu’en mon for intérieur j’avais pesté de le voir disparaître si longtemps en me demandant comment on pouvait bien mettre aussi longtemps à aller fumer une cigarette).

 

Les couettes sont moelleuses, mais ma nuit est brève. Quelques heures plus tard, impossible de me rendormir et un soleil ardent passe entre rideau et mur. J’ai faim et je descends en silence : le réceptionniste me répond qu’il n’est que 5 h et demie. Tant pis, j’irai me promener en attendant que le petit-déjeuner ne soit servi. Je descends la petite route qui mène au château. « J’ai embrassé l’aube d’été. Tout était mort. L’eau dormait encore au front des palais. J’ai marché, réveillant les haleines vives et fraîches… ». Connais-tu ce poème de Rimbaud ? C’était exactement cela, et bien plus encore. Palais et églises se doraient de lumière rose, et seuls entendaient l’écho de mon pas sur les pavés. J’arrive au château mais la vue sur la ville y est trop belle. Je descends encore, et petit à petit me mets à croiser un puis deux humains… La rivière et le pont Charles s’embrasent à présent sous mes yeux, et de ruelle en placette me voici sur la place centrale de la vieille ville, seule avec les saints et les fous de Prague, seule devant l’incroyable horloge universelle de l’Hôtel de Ville.

Il faut rentrer, la faim me taraude, mais la ville m’appelle. La petite église baroque charmante devant le pont résonne déjà d’orgues et de chants, puis de l’autre côté c’est le château qui se laisse envahir. La grande cathédrale St Vitus est ouverte, vide, emplie de lumière au travers de ses extraordinaires vitraux. Deux personnes la nettoient. J’y entre comme dans un fabuleux moulin, un concerto serein de pierre et de douce lumières polychromes. Le reste des bâtiments du château est encore fermé mais c’est merveille de déambuler en toute tranquillité dans ses cours et ruelles.

 

Je rejoins enfin GA à l’hôtel pour le petit-déjeuner, et nous partons ensuite explorer la ville ensemble – enfin, soyons honnête, surtout voir ce que je n’avais pu visiter lors de mon précédent passage. Cette promenade dans un Prague somme toute assez peu touristique me réconcilie totalement avec cette ville extraordinaire. Parmi les choses un peu curieuses que nous avons vues, citons notamment : le monastère de Loretta, avec son cloître couvert de fresques d’une lumineuse douceur, et en son centre une reproduction de la « maison de la Vierge » de Lorette (qu’un ange aurait rapatriée là de Nazareth), ainsi qu’un trésor comportant d’extraordinaires ostensoirs. L’un deux notamment, une statuette de Vierge piétinant un dragon et portant le soleil/ostensoir comme manteau, était orné d’une fabuleuse myriade de diamants.

Non loin de là, un complexe religieux appartenant désormais à la nonciature et qui comporte une extraordinaire bibliothèque que nous nous sommes bien retenus de cambrioler, agrémentée de cabinets de curiosités essentiellement animales.

En redescendant vers la rivière nous parcourons le quartier « résidentiel » qui entoure le château, demeures paisibles et majestueuses. Après traversée d’un Pont Charles saturé de passants, nous nous dirigeons vers le quartier juif où se visite entre autres la plus vieille synagogue d’Europe, bâtiment gothique simple et très émouvant du XIIIème siècle.

Notre flânerie nous amène ensuite au ravissant couvent de Ste Agnès. Mes pieds ne me portant plus, je renonce à l’exposition d’art bohémien que GA qualifiera lorsque nous nous retrouvons d’une des plus belles collections d’art médiéval qu’il ait jamais vues – un argument de plus pour retourner bientôt passer un week-end dans cette ville fascinante et maintenant si simple d’accès !

 

Le lendemain matin, nous parvenons à attraper un train pour la ville d’Olomouc en Moravie. Voyage très agréable de 3-4 heures pour découvrir cette après-midi-là ville plus agréable encore : presque déserte souvent (et complètement par endroits), elle recèle néanmoins des trésors d’architecture baroque, places ravissantes, ruelles paisibles, églises superbes, et quelques curiosités dont une colonne de la Sainte Trinité, colossale de sculptures presque noires et coiffée d’un ruisselant sommet doré, et une « chapelle » construite autour du lieu de supplice de St Jean Sarkander, prêtre catholique soupçonné de trahison en faveur des polonais (qu’il aurait empêché de piller sa paroisse) – on voit les instruments au sous-sol à travers une vaste ouverture du sol ! La canonisation de ce dernier par Jean-Paul II est loin d’avoir fait l’unanimité en République Tchèque…

Nous avons surtout visité avec beaucoup d’intérêt la résidence des évêques d’Olomouc, qui longtemps rendirent la justice, battirent monnaie et levèrent des armées. Quelques sculptures médiévales sublimes, un trésor d’objets de culte magnifiques, et des appartements raffinés couverts de peintures – dont une petite descente de croix fulgurante d’un peintre inconnu de nous mais doué d’une utilisation magnétique de la couleur, et une ravissante Vierge à l’Enfant de Dürer qui n’a pas eu l’heur de plaire à GA… Des goûts et des couleurs…

 

Samedi 1er août, nous avons quitté notre auberge bien tôt pour prendre une série de trois trains qui nous ont amenés à Wroclaw, en Pologne. Le dernier des trois étant bien plein, nous sommes restés dans le couloir, devant les fenêtres, à contempler les forêts et campagnes silésiennes. Début de ces bois riches en bouleaux qui nous enchanteront désormais régulièrement au cours de ce voyage.

Une fois trouvée une auberge de jeunesse où poser nos bagages, nous entamons notre promenade-flânerie dans cette jolie ville depuis si peu polonaise puisqu’il s’agit de l’ancienne Breslau, allemande jusqu’à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Plusieurs riches églises et autant de mariages, et de jolis parcs autour de la rivière. Sur un petit pont, des dizaines de cadenas attachés à la rambarde avec des noms d’amoureux gravés dessus. Nous n’avions jamais vu cela mais nous en retrouverons, même en Lithuanie.

La ville comporte en outre deux restaurants végétariens dont nous allons user et abuser, l’un faisant partie d’une chaîne que nous reverrons à Cracovie. Nous sommes pourtant bien en Pologne et pas aux Etats-Unis, et il suffit de pénétrer une église pour s’en rendre bien compte : messes à toute heure du jour, toujours des fidèles, beaucoup de jeunes ecclésiastiques – et partout tableaux, sculptures et expositions de photos de St Jean-Paul II (si si, je l’ai vu écrit sous un bas-relief ! De toutes manières cela ne saurait tarder, car il fait l’objet d’une ferveur populaire incroyable dans la région et qui dépasse bien les frontières de la Pologne). Et les restaurants veggy servent comme accompagnement abondant de tous leurs plats… du choux ! Qui ne m’enchante guère plus que toi lorsque la quantité se joint par trop à la qualité.

 

Le lendemain dimanche, nous sommes allés à la messe chez les jésuites, église magnifique et discipline martiale : tous s’agenouillent comme un seul homme quand tintent les clochettes, et il faut communier à genoux et sans les mains, ce qui ne m’était jamais arrivé.

Ensuite visite de l’hôtel de ville et d’autres églises, dont deux appartiennent à l’Eglise Catholique Nationale Polonaise, sur laquelle quelques explications n’ont pas laissé de nous intriguer. C’est une église née aux Etats-Unis à la fin du XIXème siècle parmi les immigrants polonais, qui se reconnaît inféodée au pape mais marie ses prêtres et comporte une certaine parenté dogmatique avec le protestantisme. Elle appartient aux Eglises Vieilles-Catholiques, dont la première est celle d’Utrecht qui a fait sécession au XVIIIème siècle, et qui flirtent e près avec l’anglicanisme. Ces deux églises gothiques étaient d’ailleurs d’une sobriété toute protestante.

Nous avons terminé l’après-midi dans le charmant jardin botanique de la ville, où les serres de cactus et plantes grasses nous ont particulièrement enthousiasmés. J’ai découvert une nouvelle sorte de lys, le Schéhérazade, tout droit sorti d’un tableau de Gustave Moreau : plusieurs fleurs jaillissant d’une même haute tige droite, grandes, blanches, avec un éclatant cœur rouge. Dans la serre des lierres, GA s’est particulièrement pris d’affection pour l’espèce Victoire de Marengo aux feuilles bordées d’or. Je le note ici car il souhaite se souvenir de ce nom pour en orner un jour un sien mur. Heures douces devant les grands chênes et les petits lacs.

 

Lundi fait mentir le proverbe et commence sous la pluie, avec nous dessous plus précisément, avec armes et bagages, jusqu’à ce que nous trouvions un taxi pour finir le trajet vers la gare. Destination Czestochowa, où se trouve le lieu saint de la Pologne : le monastère paulin fortifié de Jasna Gora. Après avoir des siècles durant contribué à forger et maintenir un sentiment d’identité nationale (étroitement lié à la religion, cela va sans dire), c’est plus que jamais un lieu de pèlerinage où l’on se presse pour adorer une icône miraculeuse : profanée et détruite lors d’un assaut des protestants hussites, elle aurait pu être nettoyée grâce à une source qui serait apparue à cet instant dans ce but. Lors de sa réparation, on lui aurait laissé les deux balafres au visage de la Vierge en mémoire de cet épisode. Cette image est reproduite dans toutes les églises polonaises que nous avons visitées.

L’icône est cachée par un écran d’argent, derrière une grille, dans une chapelle. Plusieurs fois par jour, la chapelle est ouverte et prise d’assaut par la foule. Tous s’agenouillent, une musique de peplum retentit et en grande pompe des prêtres relèvent l’écran pour révéler l’icône le temps d’une messe. La Vierge de Jasna Gora avait tout de même été couronnée reine de Pologne !

Le monastère recèle bien d’autres œuvres et notamment un très moderne chemin de croix, choquant de réalisme, où l’on voit même des ecclésiastiques hypocrites figurés comme des tortionnaires du Christ. Il me semble que les communautés jeunes et très ferventes n’hésitent guère à mêler le politique au religieux – peut-être même leur est-il impossible de concevoir leur dissociation ?

 

Nous terminons notre passage à Czestochowa par quelques courses de vêtements (ce sont les soldes !), et même par un passage chez… Yves Rocher - ce que c’est que la mondialisation… Puis nous reprenons le train pour Cracovie, passant à travers de petits bois et des grands champs où les longues herbes folles semblent vouloir nager dans la douce lumière du soir. Sans en parler à ce moment-là, nous avons tous les deux pensé aux camps d’Auschwitz et de Birkenau qui devaient se trouver, non loin de là, au milieu de ces paysages si bucoliques, presque aimants.

 

Trois jours ensuite consacrés à Cracovie la charmeuse, des rues calmes de Kazimierz avec ses synagogues et ses églises à la promenade souterraine dans les mines de Wieliczka et leur fantastique église creusée dans le sel, éclairée par des lustres en cristal de sel. Une fois quittée la magnifique et populeuse place centrale, on est vite à l’abri des hordes de touristes (dont nous retrouvons malheureusement un échantillon peu flatteur dans notre auberge).

J’ai tout particulièrement aimé la très vieille chapelle des Clarisses, asymétrique et presque biscornue tant les époques successives l’ont façonnée par petits bouts. Mais également l’église franciscaine entièrement redécorée en style Art Nouveau. En fait, c’est vraiment la ville des églises, avec un intérieur assez caractéristique, beaucoup de noir et or, et bien des merveilles. Et surtout, là plus qu’ailleurs encore, des fidèles, des messes, des jeunes bonnes sœurs partout ! Et bien sûr un certain Wojtyla qui a plus de statues que Lénine n’en dut avoir…

Mais Cracovie n’est pas que délices pour le flâneur, c’est une assez grande ville qui doit être agréable à vivre avec la grande promenade verte qui encercle la ville historique et où l’on peut se poser sous les arbres avec sa pivo. Figure-toi qu’on peut même adhérer localement au Fa Lun Gong, qui faisait de la pub dans notre restaurant végétarien pro-tibétain préféré.

 

Jeudi soir, nous nous rendons à regret à la gare pour gagner l’Ukraine. Nous attendons 80 minutes sur un quai quasi-désert notre train, cependant que celui d’en face a 340 minutes de retard (c’est affiché comme cela). La nuit en couchette n’est pas mauvaise hormis les réveils intempestifs par les polices polonaise puis ukrainienne au beau milieu de la nuit.

L’arrivée à Lviv, ancienne Lwow des Polonais (jusqu’en 1945) est dépaysante – on se croirait presque en Russie. Le minibus indiqué par le guide nous emmène bien loin en banlieue avant que nous ne comprenions qu’il nous égare. Aperçus intéressants d’une vie qui conserve bien des stigmates du communisme.

 

Lorsque nous trouvons enfin le centre ville, en revanche, c’est une tout autre affaire : un enchantement. Notre hôtel tout d’abord, le George, façade rose ornée de stuc blanc et intérieur luxueux décati juste ce qu’il faut. Nous sommes dans une chambre non rénovée et sans salle de bain mais spacieuse et lumineuse. Et toute la ville est à son image, micmac ravissant de tous les styles, pas encore trop rénovée, cathédrale, petites chapelles, grosse église fortifiée presque outrageusement ornée, une étonnante église arménienne avec des fresques d’un genre plutôt symboliste, séduisantes et effrayantes, et pas mal d’églises gréco-catholiques ukrainiennes (orthodoxes s’étant rattachés au catholicisme au XVIème siècle), qui ressemblent fichtrement à des églises orthodoxe, à un détail près : toutes les icônes sont encadrées sur trois côtés d’un genre de banderole blanche ornée de point de croix dont la signification m’échappe encore.

Dans une église désaffectée sont exposées les œuvres du « Michel-Ange » de Lviv, le sculpteur Johan Pinsel, dont la puissance dramatique et les contrastes nous ont absolument fascinés. Les visages, les chairs sont comme animés, souvent même torturés, alors que les amples vêtements de bois doré ont des plis hiératiques qui descendent en droite ligne de l’art byzantin. Cadre magnifique de surcroît, puisque l’église est couverte de fresques ; du plafond pend une jambe sculptée de saint, qu’on ne différencie pas aisément de la peinture – le comble du baroque ?

 

La ville est calme, par endroits presque campagnarde. Des chats paressent sous de vieilles Lada, la nostalgie se savoure à chaque pas. Dans les restaurants d’un impeccable chic soviétique, le temps s’écoule doucement devant une bière ou une crêpe. Et pourtant, comme partout ailleurs, le reste du monde est déjà là, mais s’amalgame gracieusement. Yves Rocher est même là, mais son enseigne en cyrillique le rend moins immédiatement discernable, et le restaurant où nous dînons est le mélange le plus réussi possible de cuisine traditionnelle ukrainienne avec l’art du restaurant «à la mode ». Je pense que GA se souvient encore avec émotion du plat gastronomique dont il s’y est régalé (lui qui avait enduré presque une semaine de repas végétariens)…

Nous sommes bien mortifiés de devoir repartir le lendemain déjà, et aux aurores… Mais notre seule option pour atteindre Vilnius est de prendre d’abord le train pour Varsovie : 12 heures ! Par quel mystère ?

 

Le train en question comporte un wagon-lit, où nous prenons possession de nos couchettes à 7 heures du matin, en compagnie d’un sympathique allemand. Il se met à rouler à une allure raisonnable vers la frontière, et là les ennuis commencent. Nous restons près d’une heure aux mains de policiers patibulaires qui bloquent même l’accès aux toilettes. Nous roulons à peine quelques kilomètres, jusqu’à Przemysl, et de nouveau, arrêt. Qui se prolonge. Jusqu’à ce que nous comprenions qu’il doit durer quatre heures. Comme nous n’avons rien à manger, j’insiste pour descendre en dépit des protestations de notre chef de wagon. GA m’accompagne, nous laissons les bagages et passons la douane les mains dans les poches pour aller faire des provisions pour cette longue journée.

A notre retour, on nous empêche de remonter, et voici que notre bout du train se détache, recule et sort de la gare cependant que l’on nous enjoint d’attendre sur un autre quai. Nous sommes moyennement fiers, d’autant que nous n’avons pas nos sacs ni nos livres, et n’osons pas quitter la gare de peur d’avoir mal compris, mais faisons passer le temps comme on peut – et avec un peu de pivo… pendant 3 bonnes heures, jusqu’à ce qu’entre en gare le train pour Varsovie. Auquel vient gentiment se raccrocher notre wagon avec ses quelques passagers.

 

Il s’agit en réalité d’un wagon qui effectue le trajet Odessa-Varsovie. Entre l’Ukraine et la Pologne, il doit passer sur un nouveau chariot car les rails des deux pays n’ont pas les mêmes dimensions. Nous avions déjà eu droit à ce genre de micmac dans l’autre sens. Mais pourquoi ne fait-on pas descendre les quelques passagers pour prendre une correspondance en gare de Przemysl ? Ce petit wagon est sans doute l’héritier d’un imbroglio politico-économique des temps anciens, mais nous ne parviendrons pas à en savoir plus. Fin du voyage agréable en tous cas, et la couchette favorise la sieste.

 

Nous n’aurons vu de Varsovie que les abords immédiats de sa gare, qui sont plutôt beaux dans le genre grande ville moderne à passé communiste, et sommes montés dans le car pour Vilnius où nous avons fort mal dormi. Mais la fin de la route, à l’aube, dès avant 5 heures du matin, était féerique, et il m’a même semblé voir du givre sur les champs.

 

Vilnius est une mignonne petite ville et son centre regorgeant d’églises baroques ne laisserait pas deviner qu’il s’agit d’une capitale. Etat de rénovation très disparate : flambant neuf par endroits, totalement décrépit à d’autres, et tous les intermédiaires. Nous posons nos valises dans la très champêtre république d’Uzupis, autoproclamée par ses habitants bohèmes, et dotée de sa propre constitution qui affirme que « L'Homme a le droit de vivre près de la petite rivière Vilnalé et la Vilnalé a le droit de couler près de l'Homme », « L'Homme a le droit d'aimer le chat et de le protéger », « Le chat a le droit de ne pas aimer son maitre mais doit le soutenir dans les moments difficiles », « L'Homme n'a pas le droit d'avoir des vues sur l'éternité » etc.

 

Le lendemain, nous effectuons une excursion à Trakai, à 25 km de Vilnius, qui fut longtemps une ville importante. C’est aujourd’hui une petite bourgade qui s’étale sur une péninsule lacustre, et qui comporte en particulier un petit fort médiéval en brique sur une petite île qui attire bien du monde et renferme un musée au contenu plus qu’éclectique. La promenade sur les bords du lac est ravissante. Notre grosse déception, en revanche, et que le musée sur les Karaim est fermé. Il s’agit d’une secte juive dont les premiers représentants dans la région arrivèrent des bords de la Mer Noire (avec des Tatars de Crimée) au XIVème siècle comme gardes du corps du grand-duc de l’époque. Les maisons karaïtes de Trakai, en  bois peint de couleurs vives, présentent chacune à la longue rue qu’elles bordent trois fenêtres alignées, et pas de porte (elle est derrière). Le temple karaïte est également fermé ce jour-là…

 

Avant de repartir mardi en bus pour Riga, nous visitons la belle université et nous aventurons dans des quartiers plus modernes et résolument occidentalisés. Nous oublions l’heure et regagnons la gare à marche forcée…Le voyage en bus est agrémenté de clips de musique lituanienne dont l’esthétique kitsch n’aurait pas déparé au plus fort des années 80, mais le paysage est magnifique. Petits bois de frêles bouleaux et conifères, champs de céréales, fermes en bois, c’est la version balte de la Syldavie.

 

Riga fait plus grand ville que Vilnius, elle est résolument différente. Beaucoup de bâtiments en brique nue dans le centre historique – et la sobriété des églises protestantes nous repose. En quittant le cœur de la ville, de nombreux immeubles Art Nouveau audacieux, de larges rues et toujours ce calme qui émane des villes en été.

Nous nous y sommes longuement promenés et avons visité un intéressant musée sur l’histoire du pays, qui éclaire en fait le passé si romanesque de toute la région, avec ses villes hanséatiques objets des convoitises de tous les empires voisins, ses histoires de moines chevaliers et de guides d’artisans ; l’histoire plus récente invite moins à la rêverie, mais procure la satisfaction des happy end tant on sent ces trois pays baltes heureux de n’être plus sous le joug soviétique qui leur pesa tant.

 

Dernière étape de notre voyage, Tallinn est encore bien différente des deux précédentes capitales. La vieille ville est absolument ravissante, un peu Disneyland par endroits mais l’on s’en échappe vite et c’est un enchantement de s’y promener. Et puis la mer n’est pas loin, nous franchissons les remparts pour aller la voir vendredi soir, lourde et grise ce jour-là, puis piquetée de pluie – jusqu’à ce que l’orage arrive sur nous. Nous rentrons à l’auberge de jeunesse (école transformée pour l’été) à tordre, et donc mourant de froid étant données les températures : nous sommes à la latitude de Stockholm... Pour nous réchauffer, direction le « Kalev Spa », centre aquatique populaire avec une piscine olympique, des toboggans vertigineux, six sortes de jaccuzzis différents, et des saunas, qui semblent faire partie de la religion du pays. Nous y passons une grosse heure et en sortons nettement ragaillardis.

 

Le lendemain, je me promène seule au petit matin dans la vieille ville, prenant le temps de revoir ce que j’ai aimé la veille, explorant un peu plus avant certains coins, surprise de découvrir au sein même de la vieille ville des coins bruts de décoffrage, pour ne pas dire presque glauques.

Nous quittons ensuite la ville en tramway pour aller à l’ancien couvent (mixte) de Ste Brigitte, derrière la plage de Pirita. Le couvent s’avère être le siège d’un festival, et nous parcourons les stands disséminés entre les murs en ruines en écoutant la musique de Prokofiev sortir de l’église sans toit. Le petit cimetière me touche particulièrement avec ses croix en pierre tenant lieu de pierres tombales.

Nous traversons ensuite un joli petit bois de pins pour accéder à la plage battue par le vent. Beaucoup de volleyeurs et de kite-surfers non loin, mais nous trouvons un coin tranquille pour contempler la mer, lire dans le sable et… c’est tout ou presque, car la température n’incite guère à la baignade et d’ailleurs personne ne se baigne. Je m’immerge tout de même pour m’être baignée dans la Baltique, et ce n’est au fond pas beaucoup plus froid qu’à Bréhat…

 

Belle promenade de six kilomètres pour rentrer en ville, en bord de mer au début, avec vue sur Tallinn au loin, puis dans le parc de Kadriorg avec la résidence d’été de Pierre le Grand, et enfin dans la ville moderne.

La journée et le voyage se concluent par une jolie messe de l’Assomption dans l’église catholique de la ville puis par un bon restaurant où nous cessons vraiment de surveiller nos dépenses, et où nous repensons déjà avec presque nostalgie à ces vacances somme toute très réussies et si dépaysantes, au cours desquels nous avons pu partager quelque chose du bien-être nouveau qui a envahi la vie des gens d’ici depuis une vingtaine d’années.

 

Dimanche 16 août, retour sans difficultés à Paris si ce n’est que notre adorable petit avion qui relie Tallinn à Riga part légèrement en retard ; on nous informe qu’il attend pour partir que l’on apporte à bord de l’eau chaude pour pouvoir nous offrir du café, je trouve très mignon qu’on nous le dise…

Je retrouve l’appartement avec mes deux frères, un mot de Maman, et ta lettre qui nous a tous les trois beaucoup touchés. Home sweet home !