Brèves impressions d'Iran

Publié le par Ding

 

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Abstract : a very brief but great trip across Iran. Great deserts and mountains. Inspiring archeological sites, beautiful mosques and – yes – churches. Religion is everywhere. Wonderful people who do their utmost for the lucky few who visit their country. 

 

Nous avons passé onze jours en Iran et parcouru le pays du port de Bandar Abbas sur le Golfe persique à Kashan, au sud de Téhéran. Nos lecteurs trouveront ci-après nos principales impressions de ce pays que nous ne connaissions pas. Que ceux qui résident en Iran ou qui connaissent bien ce pays veuillent bien excuser les naïvetés ou les simplifications inévitables à l'issue d’un aussi bref séjour, que nous n’avons pu mener à son terme (voir notre journal, 4 et 5 mars).

 

Aller en Iran se mérite.

Le visa iranien se demande en deux temps : un accord préalable doit être obtenu en ligne ; avec cet accord, il faut ensuite obtenir le visa proprement dit d’une ambassade ou d’un consulat iranien. Cette procédure en deux phases a pris dans notre cas 37 jours calendaires, avec de nombreuses péripéties. Nous avons cru frôler l’échec plusieurs fois. C’est l’implication personnelle d’un diplomate iranien, alerté sur notre cas par un ami (merci à tous les deux), qui a finalement permis d’aboutir. L’issue ayant été incertaine jusqu’au bout, nous avons renoncé à envoyer notre voiture en Iran alors que le conteneur était déjà prêt sur le port de Bombay. Nous avons dû l’expédier en Turquie.

 

Traverser l’Iran est assez simple.

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Certes, nous n’y avons pas conduit nous-mêmes, mais 2 000 km sur les routes iraniennes nous ont permis de constater que celles-ci étaient dans l’ensemble excellentes, souvent à quatre voies et bien revêtues. L’Iran étant largement désertique, la circulation y est souvent réduite, surtout si l’on compare avec la Chine ou l’Inde. Contrairement à une idée largement répandue, les conducteurs iraniens nous ont paru assez raisonnables. Certes ils roulent un peu trop vite, mais ils respectent pour l’essentiel le code de la route : ils s’arrêtent en général au feu rouge, n’empruntent pas les autoroutes à contresens, utilisent le plus souvent leurs feux de croisement la nuit, pratiquent assez rarement les dépassements insensés. Par rapport aux routes de l'Inde dont nous venions, la différence est considérable et bienvenue (pas de vaches sur les routes !).

Aussi avons souvent regretté de ne pas disposer de notre voiture. Il est vrai que les choses sont plus difficiles dans les villes, surtout à Téhéran paraît-il que nous n’avons pu visiter. Mais au total, les routes iraniennes étaient bien plus ordonnées que nous l’avions cru.

 

Un décor majestueux.

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Le décor est planté dès l’arrivée, dès l’île de Qeshm, dans le golfe Persique, l’excursion de l’arrivée. L’Iran est un pays de déserts et de montagnes. Dès que l’on quitte les zones irriguées ou les palmeraies, le désert reprend ses droits, dans toute son austérité. Ocre ou gris, il est austère, voire hostile à la vie. La monotonie, cependant, est rompue par le relief. Les plateaux sont dominés par des chaînes montagneuses, le plus souvent rocailleuses, couvertes de neige en cette fin d’hiver au dessus de 3 000 m. Ce paysage de montagnes et de déserts ne ressemble pas au désert de sable que nous avions vu aux Emirats. Il nous rappelle plutôt les déserts de Chine de l’ouest., notamment ceux du Xinjiang. Nous aurions aimé aller plus loin, dans le grand désert central et dans les montagnes de Zagros.

 

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Désert ou pays de cocagne ?

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Dans ce pays austère, les Iraniens font cependant des prodiges pour amener l’eau là où elle manque. Les qanat sont des canaux souterrains, entretenus avec soin non sans danger parfois, qui amènent l’eau des sources de montagnes jusqu’aux villes, Yazd par exemple, comme les karez du Xinjiang ou les falaj d’Oman. Résultat : les marchés iraniens fournissent des fruits et légumes délicieux et abondants qui peuvent étonner dans un pays si désertique. A Ispahan et à Kashan, le printemps arrivait déjà : saules couvert de vert tendre, arbres fruitiers en fleurs

 

Des sites remarquables.

Nous avons visité en peu de jours des monuments remarquables et extrêmement variés : Persépolis est à la hauteur de sa réputation avec ses colonnes élancées et de remarquables bas-reliefs qui mettent en scène les Perses, les Mèdes et les autres peuples tributaires de l’ancien empire. Pasargadae, la capitale précédente, nous a plu avec ses quelques vestiges (photo du tombeau de Cyrus ci-dessous) dans une plaine battue par les vents.

 

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A Ispahan

La visite des mosquées a été notre  grande activité : il en est de magnifiques avec leurs proportions parfaites et leur décoration polychrome en faïence (le bleu domine mais il est loin d’être exclusif). Nous avons aussi visité des palais et de très beaux bazars couverts, à Shiraz, Ispahan et Kashan en particulier.

 

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Dans le bazar de Kashan

La promenade dans les quartiers traditionnels des villes peut être pleine de charme, à Yadz notamment avec ses ruelles bordées de maisons en pisé à cours carrées où les fontaines apportent une fraîcheur bienvenue lors des chaleurs torrides. Les bazars couverts protègent efficacement du froid de l’hiver et de la chaleur de l’été.

 

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A Kashan, nous avons visité un délicieux hammam avec ses multiples coins et recoins sous ses coupoles qui lui donnent un peu l’air d’un vaisseau spatial.

 

L’islam marque profondément le pays et la vie quotidienne.

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A Ispahan 

Les mosquées sont partout, les portraits des dirigeants religieux aussi, les références à l’islam baignent la culture et l’architecture. Dans plusieurs villes, des versets du Coran sont placardés sur les murs, obligeamment traduits en anglais pour les étrangers que nous sommes. La conversation des Iraniens ramène souvent à Dieu et à la prière. L’appel à la prière nous a cependant surpris : beaucoup moins tonitruant que le muezzin dles pays arabes de l’autre rive du Golfe, moins impérieux aussi, poétique même avec une sorte de chant poignant à plusieurs voix.

 

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99 % des Iraniens sont musulmans, dont 90 % de chiites. Nous avons cependant eu la chance de visiter la Nouvelle Jolfa, le petit quartier arménien d’Ispahan. Là, nous étions en terre chrétienne d’Orient. Si les églises étaient surmontées de dômes en bulbes comme des mosquées (photo ci-jointe), l’intérieur était tapissé de fresques bibliques étonnantes. Nous avons admiré de vieilles bibles enluminées. Une matinée durant, nous avons été transportés, au cœur de l’Iran chiite, chez les chrétiens des montagnes d’Arménie.

 

La condition des femmes iraniennes donne à réfléchir.

Dès nos premières minutes en Iran, nous avons entendu la triste histoire d’un  enfant enlevé par son père et avons vu une mère désespérée, dépourvue de tout moyen de faire valoir ses droits. « La femme n’a aucun droit en Iran ! », nous a dit sa sœur la rage au cœur, sans que nous puissions vérifier si l’affirmation est vraie ou exagérée.

 

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Au quotidien, c’est bien sûr le port du voile dans la rue et tous les lieux publics qui frappe le nouvel arrivant : toutes les femmes sont voilées en  Iran, y compris les étrangères. Elisabeth a porté le voile avec un mélange de stoïcisme, d’humour et de colère ; les seules que nous avons vu transgresser parfois la règle étaient … des touristes chinoises. Nous avons vu aussi des petites filles voilées, visiblement plus jeunes qu’à l’âge où le voile est imposé. Mais le voile islamique connaît des variations considérables. A Bandar Abbas et même à Shiraz, nous avons vu beaucoup de femmes voilées a minima : un voile de couleur artistement perché sur le chignon, découvrant au maximum les cheveux, les oreilles et un maquillage appuyé.

 

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Plus au nord, en revanche, le voile devient noir et couvrant. Le tchador, ce voile noir qui couvre tout le corps, se généralise chez les femmes de tous âges et même chez les très jeunes filles. Des bazars des villes aux petits villages, la vue des ces femmes drapées de noir est saisissante, obsédante. On ne peut que se poser la question : le voile est-il accepté ou imposé ? Les deux sans doute. Certaines femmes le portent probablement de leur plein gré, tant la religion est prégnante. D’autres le subissent sous la pression de la famille, de la société ou de l’obligation officielle. La discrimination entre les sexes qui en résulte est choquante pour nous.

A l’aéroport le jour du départ, les files d’attente au contrôle de sécurité étaient bien sûr séparées entre hommes et femmes, celle des hommes beaucoup plus longue. « C’est le seul endroit où les hommes sont discriminés », nous a dit un passager iranien avec humour.

 

L’économie iranienne souffre des sanctions internationales.

 

Bien que certains officiels le nient, l’effet appauvrissant des sanctions saute aux yeux. L’arrivée en Iran, c’est un saut en arrière dans le temps. Les rues, les vitrines, le parc automobile sont ceux d’un pays pauvre des années 70. Les constructions modernes sont sans grâce, les bazars regorgent d’une pauvre pacotille dont on ne voudrait pas en Inde ou en Chine. La rue, les vitrines rappellent souvent l’Europe de l’est au temps du communisme. Les « grands » hôtels (les guillemets s’imposent) où nous avons séjourné offrent une décoration et un service qui évoquent les hôtels Intourist de la grande époque.

Le parc automobile, voitures autobus et camions, pourrait alimenter un musée de l’automobile. C’est un retour étonnant aux années 70 ou 80. Il y a de la construction locale et de nombreuses voitures étrangères – souvent françaises – construites localement sous licence. La Peugeot 405 règne en maître, la vieille Renault 5 n’est pas rare, ce sont la Peugeot 206 et la Renault Logan (baptisée ici Tondar) qui incarnent ici la modernité.

Pourquoi les sanctions appauvrissent-elles autant les Iraniens ? Il y a bien sûr du commerce courant avec le reste du monde – le téléphone portable Samsung est partout – mais l’investissement étranger s’épuise et le réseau bancaire iranien est coupé du reste du monde. L’Iran est aujourd’hui en marge de la mondialisation. N’en déplaise aux détracteurs de celle-ci, les Iraniens en paient le  prix fort.

 

Les Iraniens sont d’une extrême gentillesse.

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Ils multiplient les efforts pour accueillir les étrangers peu nombreux qui visitent leur pays. A la minute de notre arrivée, une Iranienne nous a pris sous son aile et nous a accueillis et conduits. La scène s’est reproduite vingt fois : on nous a abordés (« bienvenue en Iran, bienvenue à Ispahan … »), on nous a parlé, on nous a guidés, on nous a aidés.

Les Iraniens sont visiblement très soucieux de l’image de leur pays, dont ils savent qu’elle n’est pas bonne à l’étranger. Fiers de leur pays et de leur culture, ils s’inquiètent du regard des étrangers et font tout leur possible pour que visiteur aime celui-ci.

Nous avons dû quitter l’Iran trop tôt, mais cette gentillesse et ce sourire des Iraniens sont l’impression sur laquelle nous resterons de ce trop bref voyage.

 

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Vous pouvez lire notre journal quotidien du voyage : Journal Pékin Paris (2013-2014) : 5 - en Iran

et regarder nos photos d'Iran (et d'Oman, et de Dubaï) : Pekin-Paris-4-Oman EAU - 5 - Iran Pekin-Paris-4-Oman EAU - 5 - Iran

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