Journal du Shandong (mai 2011)

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Sur les pentes du Taishan

 

7 mai : Pékin - Jinan : 439 km.  L'autoroute de Pékin à Jinan ne présente pas de difficulté, mais elle est chargée, le plus souvent à deux voies, et l'indiscipline des conducteurs la rend dangereuse. Le paysage est peu attrayant : grande plaine, tantôt agricole, tantôt industrielle. On longe la ligne à grande vitesse sur laquelle rouleront très bientôt les TGV entre Pékin et Shanghai.

 

C'est donc avec satisfaction que l'on atteint Jinan, capitale provinciale du Shandong, malgré ses embouteillages. La ville est en voie de modernisation rapide avec des chantiers un peu partout. Elle n'est, dans l'ensemble, pas très plaisante. En cherchant un peu, cependant, on trouve un petit quartier musulman haut en couleur avec les étals dans la rue (pas possible de visiter la mosquée du 13ème siècle car c'était l'heure de la prière) et un petit temple taoïste préservé au milieu des buildings. Quelques édifices du début du siècle dernier affichent un style vaguement germanique, souvenir de la présence allemande au Shandong. Cela rappelle un peu, en plus modeste, la concession de Tianjin. La nuit tombée, les petits restaurants servent des brochettes dans la rue, avec des galettes au sésame qui sont la spécialité locale. L'ambiance rappelle la Malaisie ou Singapour il y a trente ans. Sans être une belle ville, Jinan est une halte supportable.

 

8 mai : Jinan – Taian, 120 km. Une longue pérégrination en voiture sous la pluie nous conduit à la cathédrale catholique de Jinan (Honglou Jiaotang), église monumentale du début du siècle dernier où un diacre ( ?) prêche la bonne parole à des ouailles bien clairsemées. Rien ne manque, ni la grotte de Lourdes ni le commerce des objets de piété.

 

Nous trouvons ensuite le musée provincial, tout juste reconstruit, de proportions monumentales. La collection de statues bouddhistes est tout à fait remarquable. La section consacrée à l’art pictural de la dynastie des Han est aussi très belle, et il y a de très beaux bronzes. A lui seul, ce musée justifierait un voyage à Jinan.

 

Nous prenons la  route en début d’après-midi. A 33 km au SE de Jinan, près du village de Liubu, le monastère de Shentong présente plusieurs curiosités remarquable : la « pagode à quatre portes » (Simenta) du sixième siècle, une petite forêt de stupas et des bouddhas sculptés dans une falaise. C’est un beau site, où les visiteurs sont peu ,nombreux.

 

Nous poursuivons la route de Tai’an, vers le sud-ouest. En franchissant la ligne de crêtes, nous coupons une muraille de la dynastie qi, à peine visible. Toute la région, Taishan oblige, se consacre à la vente de pierres d’ornement, dont beaucoup pèsent plusieurs tonnes.

 

Tai’an fait presque figure de grande ville avec ses tours, mais nous trouvons le calme au temple Dai, en plein cœur de la ville, de vastes proportion s avec de beaux jardins et des arbres vénérables. Un petit hôtel nous accueille, au pied du Taishan.

 

9 mai : Tai’an – Qufu 70 km. Nous commençons à 7 heures, sous le crachin, l’ascension du Taishan par le chemin central (point de départ, la « première porte céleste », altitude 300 m). La première partie de la montée est plutôt agréable, avec un large chemin qui alterne avec des marches d’escalier, dans une vallée boisée. De nombreux petits temples et des rochers calligraphiés plus nombreux encore ponctuent l’ascension et l’affluence est assez réduite pour une montagne aussi fameuse. De nombreuses échoppes nourrissent et désaltèrent les visiteurs et leurs proposent des souvenirs. 

 

Après Zhongtianmen, à mi-pente, la montée est beaucoup moins agréable : la montée en escaliers devient raide et l’affluence est bien plus forte, car beaucoup de visiteurs montent en minibus jusqu’à mi-pente et ne montent que la seconde moitié à pied. Il y a donc du monde et la montée est extrêmement sale malgré les balayeurs . Nous arrivons à Nantianmen  (altitude 1400 m) après quatre heures de montée et 6 ou 7 000 marches. Nous y retrouvons les très nombreux visiteurs montés en télécabine. Quelques temples au sommet, mais aussi des hôtels  disgracieux. Nous atteignons le sommet (petit temple de l’empereur de jade, altitude 1545 m). Par chance, le temps se dégage en milieu de journée. Le brouillard se dissipe et nous pouvons voir les pentes de la montagne que nous venons de gravir.

 

Nous redescendons par le chemin de montée. La partie basse de la descente est la plus agréable : moins de monde et plus propre. Belle promenade au total, à condition de ne pas craindre l’affluence.

 

De Tai’an, la route nationale 104 nous conduit sans difficulté à Qufu, où nous trouvons un hébergement simple à l’intérieur des murs de la ville.

 

10 mai : Qufu – Zoucheng et retour, 59 km. Journée de pluie. Nous visitons ce matin les deux incontournables que sont le temple et le palais de Confucius, à Qufu. Les deux sont de vastes proportions et ont été pour l’essentiel reconstruits sous les Ming. Très beaux arbres séculaires dans le temple. Beaucoup de groupes de touristes, un peu bruyants (mais aucun étranger). Le temple possède cependant des recoins reculés où peu de visiteurs s’aventurent. Notre meilleure surprise : les « cuisines sacrées», à l’extrémité nord, où ont été rassemblés des bas-reliefs de la dynastie des Han qui représentent des personnages ou des animaux mythiques. Le palais de Confucius (en fait, de ses descendants), est un peu trop austère avec ses briques grises pour être vraiment plaisant. Intéressant, néanmoins.

 

Après le déjeuner, nous nous rendons, toujours sous la pluie, à la « forêt de Confucius », qui est le vaste cimetière où le Maître et ses descendants sont enterrés. . Les sépultures sont d’une très grande simplicité : un tumulus herbu orné d’une stèle. Le véritable intérêt est la promenade dans la forêt, au milieu des stèles, où personne ne s’aventure sous la pluie. Les arbres sont très beaux et le désordre apparent des stèles ensevelies sous l’herbe donne une impression d’oubli. Quelques statues d’animaux aux traits d’une grande finesse et de gardiens ont un charme tout particulier dans cette végétation épaisse. Nous terminons la promenade trempés et transis, mais heureux d’avoir vu ce bel endroit.

 

Nous gagnons ensuite Zoucheng, 23 km au sud de Qufu, pour la visite du temple et du palais de Mencius. L’un et l’autre sont beaucoup plus petits qu’à Qufu, mais très plaisants. Nous y sommes en effet seuls et il n’y a pas eu de restauration trop agressive. Les petits pavillons du temple et les petites cours du palais sont un havre de paix avec, ici aussi, de très beaux arbres. C’est une visite agréable avec le caractère romantique que peuvent apporter  la pluie et la solitude.

 

11 mai – Qufu – Qingdao, 475 km : par un temps redevenu beau, nous quittons Qufu et prenons l’autoroute vers l’est jusqu’à Rizhao (244 km). Succession de plaines agricoles riches où les travaux des champs battent leur plein et de petites collines. Trajet sans incident, hormis une voiture à contre sens et l’interception musclée d’une autre par de gros bras sortis de voitures noires, qui contraignent le malheureux à s’arrêter devant nous en pleine autoroute, comme dans un film américain, et le rossent d’importance.

 

A Rizhao, nous  trouvons la Mer jaune et pique-niquons sur la plage, face au large. Cette ville, dont notre guide ne fait même pas mention, se caractérise par de grands immeubles en bord de mer mais une plage étonnamment propre. Il fait beau sans faire trop chaud et ce déjeuner sur le sable est agréable. Qufu et Confucius paraissent déjà bien loin.

 

Nous longeons ensuite la côte vers l’est jusqu’à Qingdao. Succession assez étonnante de plages aménagées avec des immeubles de luxe en construction ou tout juste achevés et de petits ports de pêche authentiques à souhait, tout juste sortis de l’époque maoïste. Sur les lotissements de luxe, les affiches rivalisent d’imagination pour proposer une « vie sublime » avec tous les attraits de la Floride ou de la Californie, là où les paysans bêchaient leurs champs il y a quelques mois. A certains endroits, ces immeubles de standing voisinent littéralement avec les chantiers navals et les zones industrielles. Autour de Huangdao, à l’ouest de la baie de Qingdao, nous nous perdons dans une zone portuaire immense dont nous ne sortons enfin que grâce à une autoroute salvatrice longtemps cherchée. En arrivant à Qingdao il fait nuit noire et trop tard pour chercher la vieille ville allemande. Le premier gîte venu fait notre affaire après cette longue journée.

 

12 mai : Qingdao : un autobus nous conduit dans le centre historique où commence notre visite : l’église catholique Saint Michel, d’imposantes proportions mais fermée, le temple protestant, dont l’intérieur est d’une sobriété confinant au dépouillement, le temple Tianlou, le palais des gouverneurs allemands, grosse maison construite en 1903 où les dignitaires communistes descendirent là où les gouverneurs allemands avaient jadis résidé. Toutes les rues du centre sont bordées de maison de style germanique construites entre 1900 et 1930. Avec des rues en légère pente plantées d’arbres et une circulation automobile réduite, on pourrait presque se croire dans la petite ville allemande que fut Qingdao, même si ce quartier historique ne représente plus qu’un petit coin de la grande ville d’aujourd’hui : c’est un peu comme la ville russe noyée dans le Harbin du XXIème siècle.

 

Après un excellent poisson dégusté en front de mer, nous parcourons les plages d’ouest en est : n° 1, n° 2, n°3. elles sont belles et très propres pour des plages de ville, avec leur sable et leur granit ocre. Pourtant, elles sont exploitées intensivement : une véritable industrie de la photo de mariage les utilise comme studios de plein air. Des douzaines de couples se font photographier sur fond de grand large en prenant des poses romantiques, théâtrales ou inspirées, chaperonnés par des agences dont ces séances sont le gagne-pain. Pas un promontoire pas une anfractuosité qui n’ait ses mariées prenant la pose en robe blanche, rouge, jaune, rose ou bleue selon les goûts.

 

Si les maisons allemandes sont encore nombreuses derrières les plages 1 et 2, la plage 3 offre le décor futuriste de tours de bureaux flambant neuves en front de mer : on se croirait à Shanghai, Singapour ou Dubaï. La modernité chinoise est ici éclatante et presque oppressante, au point que l’on est presque soulagé de retrouver l’humanité des commerces et des marchés du quartier où nous avons élu domicile, un peu au nord de Ningxia Lu.

 

13 mai : autour de Laoshan, 125 km : Nous visitons le matin la brasserie Tsingtao, la plus célèbre de Chine, fondée en 1903. Visite intéressante des anciennes installations de l’époque , puis de la brasserie actuelle largement automatisée.

 

Nous reprenons ensuite l’exploration du littoral, à l’est de la ville. Shilaoren est une très belle plage de sable, très propre. Puis nous nous engageons sur la route de côte qui fait le tour de Laoshan. Certaines zones sont très construites mais il reste des zones sauvages en corniche, et quelques jolies plages où nous retrouvons les mariées et leurs séances de pose. Malheureusement, notre projet de faire le tour de la montagne est mis en échec à un poste de contrôle, où l’on nous réclame un billet … que nous aurions dû acheter 10 ou 15 km plus tôt. C’est dommage, car la route de corniche est très belle à cet endroit.

 

Nous revenons sur nos pas jusqu’au village de Shazikou, puis partons dans l’intérieur vers  Beizhai et au delà, à la découverte d’une partie du parc naturel du Laosghan. Joli paysage de petite montagne. Nous regagnons  Qingdao à la nuit tombante.

 

14 mai : Qingdao – Dezhou, 510 km : une route sans histoire nous conduit le matin au village de Jiangjiayu, à 60 km environ à l’est de Jinan, près de la bourgade de Jiangqiu. Trajet dans une riche plaine agricole : céréales et cultures sous serres à perte de vue.

 

Jiangjiayu est un très beau village ancien, qui vit aujourd’hui du tourisme. Nous passons près de trois heures à déambuler dans les rues dallées  – heureusement sans voitures - et à admirer les maisons anciennes. Il en subsiste paraît-il près de 200, mais le village a été plus développé encore autrefois : les quartiers extérieurs sont en ruines et nous rappellent les villages fantôme proches de Pékin. Des films ont été tournés ici. Bien que vivant du tourisme et du commerce qui en découle, les habitants sont accueillants et nous passons un bon moment.

 

Nous contournons Jinan par une autoroute circulaire démesurément large et presque vide, qui enjambe le Fleuve jaune sur un pont suspendu monumental, et retrouvons l’autoroute de l’aller, étroite et encombrée de camions.

 

Nous arrivons à Dezhou (70 km NO de Jinan) vers 18 h 30. Un très bon hôtel tout neuf nous accueille dans la cité administrative moderne situé à l’ouest de la ville, qui fait un peu figure de ville fantôme avec ses avenues immenses et vides (réminiscence de Kangbashi, près d' Ordos ). Nous devons parcourir 5 km de plus pour aller dîner dans la vraie ville, où l’ambiance est à l’opposé : nombreux restaurants, petits marchés en plein air où les jeunes dînent dans la rue de brochettes et de bière : nous retrouvons à nouveau l’ambiance de l ‘Asie du sud-est il y a une trentaine d’années. Pékin, qui n’est qu’à un peu plus de 300 km, nous paraît encore loin.

 

15 mai : Dezhou – Pékin : 317 km : et pourtant, quatre heures d’autoroute nous ramènent au bercail sans encombres.

 

Nous avons parcouru 2 123 km en huit étapes, sans difficulté bien que la conduite soit toujours dangereuse. Nous avons visité deux grandes villes et parcouru une riche province agricole, gravi la montagne la plus emblématique de Chine, marché sur les traces de Confucius et Mencius et pris un petit air de Côte d’Azur de Rizhao à Qingdao. Cela en valait la peine.