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Publié le par Ding

A Caroline, Thibaut et Clément,

 compagnons et soutiens de tous nos voyages.

 

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la porte Tiananmen à Pékin (août 2013)

Abstract : we have just returned to Paris after travelling 21,500 miles overland from Beijing. Although we could not complete the entire journey as originally planned, the trip itself was easier than we might have expected, with a lot of help and support received from so many friends and strangers. An extraordinary voyage.

Nous sommes de retour à Paris, après 211 jours et 34 553 km de route depuis Pékin. Pour fixer les idées, l’itinéraire direct de Pékin à Paris représenterait 10 500 km de route à peu près. Notre voyage s’est étendu sur 114 degrés de longitude (entre le 116ème et le deuxième degrés de longitude est) et 41 degrés de latitude (entre les 8ème et 49ème parallèles).

 

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Cap Comorin, le point extrême sud du voyage

 

A Fukang, près d’Urumqi, le 21 septembre, nous étions à la latitude d’Orange, en France (44° N). Au cap Comorin, à l’extrême sud de l’Inde, le 8 décembre, nous étions par 8° N, un peu plus au sud qu’Addis Abeba. Entre la Chine et la France, nous avons parcouru quinze pays : Mongolie, Népal, Inde (111 jours en Inde), Oman, Emirats arabes unis, Iran, Turquie, Grèce, Macédoine, Albanie, Monténégro, Croatie, Bosnie Herzégovine, Slovénie et Italie. Bien que ce voyage ait été surtout continental, nous avons longé la mer et le golfe d’Oman, le golfe du Bengale, le golfe Persique, la Mer noire, la mer de Marmara, la mer Egée et l’Adriatique. C’est dire que nous avons beaucoup tourné avant de prendre une fois pour toutes la direction de Paris.

Ce voyage n’a pas été le périple continu de Pékin à Paris par la route que nous aurions souhaité (voir l’article une si longue genèse). Nous avons dû utiliser l’avion sur trois segments : de Bombay (Inde) à Mascate (Oman), de Dubaï à Bandar Abbas (Iran) et de Téhéran à Ani (Turquie). Cela résulte, pour les deux premiers de l’impossibilité d’obtenir un visa pour le Pakistan, point de passage obligé entre l’Inde et l’Europe, pour le troisième de notre retour précipité à Paris le 5 mars. Malgré ces interruptions, qui pourront fournir la matière d’un voyage ultérieur quand les conditions de sécurité le permettront, nous avons très largement concrétisé notre grand projet.

 

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Un pneu crevé en arrivant sur le plateau tibétain

Ce fut en fait un voyage facile. Les principales difficultés ont été d’ordre administratif : l’obtention des visas que nous n’avions pu solliciter avant le départ, les formalités douanières pour la voiture. Pour le reste tout s’est bien passé, pour le voyage lui-même s’entend. Nous n’avons pas eu d’accident, hormis un accrochage minime près de Karikal le 10 décembre. C’était loin d’aller de soi vu les conditions de route, notamment sur les routes de l'Inde (voir article séparé). Nos deux voitures, la chinoise et la française, n’ont eu aucune panne. Pour ceux que la logistique d’un tel voyage intéresse, par désir d’en faire autant ou simple curiosité, nous avons mis en ligne un petit mode d’emploi de notre périple (voir page séparée).

 

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le lac Yamdrok (Tibet)

Est-il nécessaire de dire que ce fut un beau, un  magnifique voyage ? Les lecteurs des articles précédents et de notre journal quotidien l’auront déjà compris. Des déserts de Chine de l’ouest au plateau tibétain, des vallées du Népal aux anciens comptoirs français de l’Inde, au Rajasthan et aux déserts d'Iran , d’ Ani en Turquie à l’Europe du sud-est, nous avons visité par dizaines des pays, des sites et des monuments inoubliables. S’il fallait en retenir une chose, ce seraient sans doute ces paysages immenses de désert ou de haute montagne ou encore cette belle côte dalmate qui donnent au voyageur au long cours l’impression d’un espace sans limites. A l’heure du village mondial et d’Internet accessible presque partout sur un simple téléphone, on peut encore voyager et même explorer au vrai sens du terme. C’est réconfortant.

Nous avons tenté de réaliser un voyage extraordinaire, à telle enseigne que nous avons cherché et trouvé, de l’Inde à l’Italie, les traces de plusieurs de nos héros favoris de Jules Verne. Une page spécifique le relate pour nos lecteurs que ceci  intéresse.

 

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Au mont Mandela (Mongolie intérieure), un accueil particulièrement chaleureux

A aucun moment, des banlieues de Pékin à celles de Paris, nous n’avons eu à pâtir du mauvais vouloir des autorités ou des hommes : les polices et les douanes ne nous ont jamais inquiétés, au contraire elles nous ont aidés autant qu’elles le pouvaient. Nous n’avons jamais rencontré de marque d’hostilité dans aucun pays. Au contraire, des centaines si ce n’est des milliers d’amis de rencontre, des déserts de Mongolie intérieure à l’Europe nous ont accueillis, aidés, orientés quand nous étions perdus (c’est arrivé souvent), malgré une barrière linguistique qui a souvent limité nos échanges, y compris dans les Balkans.

De nombreux conducteurs nous ont fait un bout de conduite pour nous aider à trouver notre chemin. A Bombay, où nous avons passé un mois au total, notre hôtelier nous a traités un peu comme un membre de sa famille. Nous avons trouvé soutien et réconfort quand nous en avons eu besoin, à notre départ d’Iran notamment. Ce voyage a été, comme il se doit, l’occasion d’innombrables échanges. Que tous en soient ici remerciés même s’ils ne liront pas ces lignes.

 

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Clément nous rejoint à Bagdogra (Bengale occidental) le 24 décembre

Nous avons aussi eu des moments de fête entre nous : un dîner familial à Katmandou le 13 octobre, la nuit de Noël à Kalimpong, sur les pentes de l’Himalaya, le 31 décembre à Bodh Gaya, sur les lieux de l’illumination du Bouddha, avec notre cher Clément qui nous avait rejoints le 24 décembre et a pris toute sa part au voyage.

211 jours, c’est long. La vie, que l’on peut mettre entre parenthèses le temps de courtes vacances, ne s’arrête pas aussi aisément pendant sept mois. Elle nous a rattrapés brutalement en Iran (voir journal, 4 mars). Le voyage, commencé dans l’enthousiasme en septembre, s’est achevé dans le deuil en avril. Mais nous avons tenu à l’achever comme Clément l’aurait souhaité. Sa présence nous a accompagnés jusqu’à Paris dans notre voiture qu’il connaissait si bien. Car la route continue même quand un voyageur tombe au bord du chemin. Le voyage existe et fait sens en soi. Ce devait être le voyage de notre vie. Cela le fut pleinement.

 

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Coublevie (Isère), le 19 avril

Conclure le récit d’un grand périple n’est pas simple. Il faut essayer de n’être ni grandiloquent, ni trivial à l’excès, beaucoup de bons auteurs s’y sont essayés. Mieux vaut faire simple. Au retour de son grand voyage vers l’Asie (1979), Jean-Claude Guillebaud avait trouvé Paris et les Parisiens si déprimants qu’il avait conclu que mieux valait s’endormir en « prenant un léger somnifère ». Plus positif, Philippe Gloaguen, co-fondateur des Guides du routard, concluait au retour de son voyage mythique sur « la route des Zindes », assis au buffet de la gare de Bourges : « j’ai eu froid, j’ai eu chaud, j’ai eu sommeil (...) c’est formidable, ça vaut le coup de l’avoir vécu. »

Formidable, en effet. Cela valait le coup, cent fois. Il faut maintenant nous réhabituer au quotidien avec l’absence qui l’habite désormais. Pour faire simple, il faut cultiver notre jardin.

 

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Hubert Guillois 04/05/2014 23:39

Merci de nous avoir fait partager ce voyage. Nous avons pu voyager grâce à vos lignes et à vos photos. Les envois réguliers empilent les émotions, les rêves. Nous avons partagé vos joies, vos
éblouissements, vos peines.
Merci d'avoir été au bout de cette longue étape de vie. Hubert et les siens