La forêt de Saihanba

Publié le par Ding

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A l’extrême nord du Hebei, enfonçant un coin dans le territoire de la Mongolie intérieure, le comté autonome mandchou et mongol de Weichang paraît bien loin des plaines côtières de la province. De Pékin, c’est un trajet de 400 km qui demande une journée presque complète. Jusqu’à Chengde , une autoroute est disponible, celle là même que j’avais empruntée en 2009 et 2010 en partant vers le nord-est  (voir Journal de Mandchourie (été 2010) , premier jour). Evitant Chengde et ses feux rouges, il faut ensuite remonter au nord par Shuangluan et Longhua, jusqu’à Weichang par les routes provinciales S256 et 254. Les vallées sont assez prospères mais la route est ralentie par la pluie et les camions. Une fois à Weichang, il reste encore 50 km de vallée en remontant vers le NO (route S 256 par Haliha) pour atteindre la lisière de la forêt et son inévitable péage pour les touristes (130 RMB).

 

C’est donc à la nuit tombante, vers 18 heures, que j’entre dans la forêt protégée, ancien domaine de chasse des empereurs Qing. La route s’élève rapidement et les conifères sont prédominants. Le changement de décor est soudain et complet : finies les montagnes chinoises habituelles, la route s’élève dans une forêt de conifères qui évoque l’Europe, les Vosges par exemple. La route cimentée est encore empruntée par quelques voitures de Pékinois en week-end, mais il suffit de bifurquer à droite, sur une large piste forestière, pour ne plus croiser que quelques camions de bois.  On est à 1 600 m d’altitude et je roule à vive allure, feux éteints dans la forêt, vers le nord. En bas d’une descente en lacets assez raide, je tourne à gauche dans un petit vallon vers l’ouest, sur une piste étroite. A 18 h 30, il fait nuit noire et l’endroit est désert, malgré quelques champs vaguement cultivés. Pas une habitation, pas âme qui vive. La nuit se passe sans incident dans un silence profond, mais je la passe dans la voiture par précaution, pour le cas où des loups venus de Mongolie intérieure s’aventureraient jusqu’ici.

 

Le jour se lève à 5 h 30. Le beau temps est revenu et le paysage est celui d’une forêt européenne de moyenne montagne. Il fait 5 ° et il a sans doute gelé ces derniers jours car les arbres à feuilles caduques commencent à prendre leurs couleurs d’automne. Le début de la matinée se passe à explorer le fond du vallon, complètement désert, puis une vallée plus au nord, habitée et cultivée.

 

 

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La zone touristique est au centre de la forêt autour d’un lac, desservie par la route goudronnée et quelques pistes aisément carrossable. Autour du lac les touristes sont nombreux et les détritus jonchent la clairière.

 

 

 

 

  

 

 

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Il suffit de s’écarter un peu sur des pistes secondaires pour se trouver soit entièrement seul, soit en  compagnie des gens du pays, agriculteurs ou bûcherons. La pomme de terre pousse en grande quantité, sur des champs en bordure de route. Ensuite d’est la forêt, exploitée mais belle et bien entretenue, entre 1400 et 1900 m d’altitude. Le décor évoque l’Europe ou les forêts plus proches du Changbaishan sur la frontière coréenne. Quelques pistes larges et bien entretenues permettent de rouler à bonne allure, en prenant garde cependant aux tracteurs grumiers qui peuvent surgir à l’improviste.

 

    

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Les pistes secondaires sont étroites et n’autorisent qu’une progression lente. Elles permettent de s’enfoncer profondément dans la forêt, le seul risque étant de s’ensabler. Au fur et à mesure que l’on progresse vers l’ouest, les arbres sont de plus petite taille et le sol se fait plus sablonneux, signe avant coureur des étendues mongoles toutes proches.

 

 

 

 

 

   

La transition n’en est pas moins brutale. Au nord et à l’ouest, la forêt de Saihanba est délimitée par une toute petite rivière (photo ci-dessous). Celle-ci franchie, on  entre en Mongolie intérieure et la forêt cesse d ’un coup. C’est un paysage de prairie à perte de vue vers le nord (nouvelle réserve naturelle, accès 60 RMB). En continuant vers l’ouest, on traverse d’abord des étendues irriguées et cultivées en blé, puis un terrain plus aride et sablonneux où des dunes font leur apparition. En quelques kilomètres, on a changé de pays et presque de monde. Finies les montagnes et la forêt, le regard se perd dans les étendues à perte de vue caractéristiques du paysage mongol.

 

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J'atteins Duolun, première petite ville de Mongolie intérieure, vers 15 heures. De là une route secondaire (Y 506) part vers le sud. Elle est lente car en mauvais état, avec des tronçons très défoncés. Entre les villages de Heishanzui et Caoyuan, on retrouve le Hebei pour une longue traversée de collines et de villages (Waigoumen, Sujiadian).

 

 

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A 18 heures, j’arrive sur une ligne de crête, à 1 300 m d’altitude. C’est la seule zone à peu près déserte de cette campagne par ailleurs fortement cultivée en blé, puis en maïs. Je passe une seconde nuit en lisière de forêt, au dessus du tunnel qui marque le point culminant de la route.

 

La route descend au sud du tunnel. On retrouve la route nationale (G111) venant de Weichang, de meilleure qualité. Le retour jusqu’à Pékin (250 km pour cette dernière étape) se fait vers le sud, via Fengning. Comme souvent, les paysages les plus remarquables sont dans la municipalité de Pékin, car la route traverse une série de défilés rocheux plus spectaculaires que les collines du Hebei. On coupe la muraille à 12 km au nord de Huairou. Je suis de retour à Pékin à 10 h 30, ayant parcouru 975 km en 48 heures.

 

Excursion remarquable au total, pour qui ne craint pas une route d’accès un peu longue. La forêt de Sanhaiba est une vraie forêt alpine, avec toutes les excursions que l’on peut faire  en se fiant à son inspiration (faute de carte précise).  Le morceau de Mongolie intérieure qui la borde au nord et à l’ouest est déjà représentatif des immensités de la région autonome et au delà, avec sa prairie et ses dunes à pertes de vue. De Pékin, en moins de 1000 km aller retour, le dépaysement est complet.

Publié dans Nouvelles de Pékin

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