Dahai

Publié le par Ding

Cet après-midi, j'ai assisté au vernissage d'une exposition d'art abstrait.

Cela se passait dans un petit musée d'art moderne créé par un riche homme d'affaires il y a cinq ans, qui est vite devenu l'un des lieux branchés de la capitale. L'artiste, qui se prénomme Dahai ("la grande mer") a vécu très longtemps en France. Avec 60 ans, ses ses grosses lunettes et une mèche rebelle sur un front qui se dégarnit, il serait à sa place à Montmartre et parle un excellent français appris aux Beaux arts, comme d'ailleurs nombre des participants. Le tout-Pékin de l'art moderne est là, les directeurs de musées, les propriétaires de galeries. Un artiste m'est présenté, non pas comme le meilleur mais comme "le plus cher de Pékin". Jeunes Chinois riches et d'autres qui le sont moins (moins jeunes et moins riches) forment un public averti pour une exposition qui ne déparerait pas à New York ou ailleurs.

Dahai est en effet un peintre abstrait. Le premier contact avec ce "champ de cordes" (titre de l'exposition) déroute, pour dire le moins : de vastes rectangles, noirs ou gris à quelques exceptions près, qui pourraient sembler unis au visiteur trop pressés. Un examen plus poussé révèle cependant des formes à peines visibles, des zones légèrement plus claires que l'on perçoit avec un peu d'étude, aux contours évanescents, des halos qui suggèrent des bancs de brume dans la nuit . "Vision subtile", "Vision vide", "Soudain", "Largeur douce", "Profond",  "Sans titre", "Obscuration" : les titres des oeuvres accroissent la part du mystère. Le lieu - une salle peinte en blanc avec une hauteur de cathédrale - se prête à merveille à des oeuvres dont certaine sont monumentales.

Flatteurs comme il se doit, les commentaires de la critique sont d'assez peu d'aide pour le profane.: "la combinaison d'une poursuite délibérée de modernisme occidental avec la spontanéité incidente de l'art chinois", écrit l'un d'eux. Sans doute. Pour le profane, l'abstraction est ici poussée si loin que l'héritage chinois n'est perceptible qu'à l'initié qui en aura compris les influences philosophiques (taoistes, notamment).

Invité par un ami universitaire, je me croyais spectateur incognito ... pour me retrouver soudain appelé à côté du Maître sous les éclairs des flashes,  au milieu des directeurs des musées de la capitale, et devoir improviser devant les micros quelques mots de circonstance dont la seule qualité fut à coup sûr la concision. Une chose devait être dite et elle le fut : que cette exposition remarquable est l'oeuvre d'un Chinois mais aussi d'un Parisien et témoigne avec éclat de la rencontre de nos cultures.

Publié dans Nouvelles de Pékin

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Caroline 28/10/2009 17:08


Je souscris au commentaire de mon frère mais il me semble que tu as bien dit ce qui devait l'être... et que tu as été sensible à ce que tu as vu.
Ce que tu dis de ces toiles m'en rappellent certaines que j'ai vues à Boston (artiste chinois mais nom oublié).
Ton ami est-il le professeur Y.... ?