Déserts de Chine de l’ouest.

Publié le par Ding

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Désert de Badain Jaran (Mongolie intérieure)

Abstract : China, despite its huge population, is a great country for exploring deserts. From the empty grasslands of Inner Mongolia to the empty wilderness of Lop Nor and Taklamakan in Xinjiang, the deserts of Northwestern China offer an amazing variety of landscapes, the most dazzling being the Sahara-like dunes of Kumtag (Xinjiang) or Badain Jaran (Inner Mongolia). Oases provide a welcome respite from the austere desert landscapes, with a warm welcome extended to the few foreign visitors who visit these faraway cities and villages.

La Chine, malgré son milliard trois cent millions d’habitants et les densités de population impressionnantes de ses plaines côtières, est un pays de déserts. En soi, le phénomène est connu des géographes, des économistes et des planificateurs voire, de manière moins nette, du grand public. Il faut cependant avoir parcouru la Chine de l’ouest pour en prendre la mesure et surtout la variété.

La taille de la zone décrite ici doit être rappelée. Elle s’étend à eu près du 75 au 120ème degré de longitude est (soit 45 degrés, le huitième de la circonférence terrestre) et du 39ème degré de latitude aux frontières nord de la Chine  (le plateau tibétain, bien que comportant aussi de vastes étendues désertiques, est situé plus au sud, il sera traité dans un article séparé). Pour le parcourir partiellement en voiture, sans aller jusqu’à l’est du Xinjiang, nous avons roulé plus de 7000 km. On se gardera cependant d’en estimer la surface : ce serait un exercice très complexe, car cette vaste zone comporte aussi des zones peuplées et des grandes villes (Pékin, Tianjin et Urumqi principalement).

 

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On désigne ici par désert les zones vides de population, par opposition aux zones de population clairsemée où l’on rencontre encore quelques villages et une présence humaine minimale. Venant de Pékin, la première rencontre avec le désert se situe dans la portion de Mongolie intérieure proche de la frontière internationale, au sud-ouest de la ville frontière d’Erenhot. Sur la route provinciale 101, entre Erenhot et Hohot (autour du point 112°E 43°N schématiquement), on traverse sur plus de 100 km une zone de prairie entièrement vide. La végétation, sans disparaître, se réduit à une herbe rase et la  présence humaine est absente. Il faut descendre plus au sud pour voir peu à peu réapparaître une végétation diversifiée, les premiers villages et une activité économique. La transition entre le désert et les zones peuplées peut-être extrêmement tranchée dans le cas des oasis (voir plus loin). Elle est progressive dans la plupart des cas.

 

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Plus à l’ouest,  au nord-ouest de Bayan Khot (Mongolie intérieure), on rencontre une autre forme de désert assez répandue : la végétation subsiste mais se réduit à des buissons ou des épineux de faible hauteur, qui peuvent dans certains cas servir de nourriture aux moutons, chèvres ou chameaux. Ces derniers, fréquemment rencontrés, sont de l’espèce des chameaux de Bactriane (à deux bosses, donc), bien adaptés aux grands froids.

 

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En progressant encore vers l’ouest, on traverse plusieurs zones de désert où toute végétation est absente. Dans la plupart des cas, le sol est rocheux, gris, ocre, parfois noir. Le relief peut- être inexistant (nous avons traversé un espace absolument plat et vide au nord de Charklik (Xinjiang)) ou au contraire se matérialiser par de vraies montagnes (ex : montagnes noires à la limite du Gansu et du Xinjiang).

 

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Le désert de Kumtag (Xinjiang)

Le vrai désert à dunes de sable, de type saharien, est au total relativement rare mais c’est le plus spectaculaire. Le désert du Tengger, au sud-ouest de Bayan Khot (visité en 2012, voir Journal le long du Fleuve jaune), le désert de Kumtag près de Shanshan et le désert du Taklamakan, longé entre Korla et Charklik se rattachent à cette catégorie. Vu leur rareté et la fragilité de leur écologie, ces zones sont souvent protégées et converties en attractions touristiques (deux fonctions qui se concilient plus ou moins aisément).

 

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Le site le plus spectaculaire rencontré dans cette catégorie est le désert de Badain Jaran, en Mongolie intérieure (sur quelque 200 km au nord du point 102° 22’E, 39° 27’N. Les dunes de sable, constamment remodelées par le vent, peuvent atteindre 500 m de haut. On peut y d’admirer une douzaine de lacs, dont certains sont salés, qui forment avec le désert un contraste saisissant.

 

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La conduite dans ce désert de sable relève du grand art. Comme il n’y a pratiquement aucune piste tracée, la jeep chemine sur les dunes escarpées, parfois sans suivre aucune trace. Pour négocier les pentes abruptes, le conducteur épouse la courbe des dunes, escaladant les côtes, plongeant dans les descentes et négociant les courbes à l’inclinaison maximale que la voiture peut accepter sans chavirer. Cela revient véritablement à surfer sur des vagues de sable. Impressions fortes garanties. Tout va bien … tant que tout va bien, mais le moindre incident pourrait prendre des proportions redoutables dans ces zones vides où la marche est à peine possible là où le sable est trop mou.

Le désert, ce sont aussi les oasis. Ici encore les contrastes sont forts, car la végétation explose littéralement dès que l’eau apparaît. Dans l’est du Gansu et au Xinjiang, l’eau est amenée depuis des siècles des montagnes environnantes par des karez, des canaux souterrains. Cette technique séculaire permet de transporter l’eau sur de longues distances dans des contrées très arides en minimisant l’évaporation. Les karez tendent malheureusement à se détériorer faute d’entretien régulier.

 

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La vigne borde le désert de Kumtag

A partir de corridor de Hexi – au Gansu, plaine étroite entre le désert de Gobi et la plateau tibétain, qui fait communiquer le Xinjiang avec la Chine centrale – on retrouve la même succession : des zones désertiques arides et des zones peuplées et cultivées partout où l’irrigation est possible. Cette plaine, jadis axe central de la route de la soie, est si étroite que l’on voit aisément les premières chaînes de Mongolie intérieure eau nord et les sommets enneigés du plateau tibétain au sud.

Le climat s’étant modifié avec le temps, sont aujourd’hui désertiques des zones qui ont été boisées et habitables jadis : les célèbres momies du musée provincial du Xinjiang, à Urumqi, ont été trouvées sur site de Loulan, au Lop Nor, aujourd‘hui l’un des déserts les plus hostiles qui soient (nous l’avons aussi longé entre Korla et Charklik).

 

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Récolte du coton au Xinjiang

Le maïs, le coton et toutes sortes de fruit sont cultivés intensivement dans ces oasis (la ville de Hami est célèbre dans toute la Chine pour ses melons). Ces contrées globalement arides et désertes produisent des fruits en surabondance, de sorte que les marchés donnent l’impression d’un vrai pays de cocagne. L’ensoleillement aidant, la plupart de ces fruits et légumes sont d’une qualité remarquable. Les raisins, que l’on voit sécher un peu partout en plein air ou dans des séchoirs, sont particulièrement savoureux. Ils sont consommés frais ou séchés et produisent, au Gansu et au Xinjiang, des vins parmi les plus réputés de Chine.

 

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Au Xinjiang, la population des villages des oasis est presque entièrement ouighoure, les Han (chinois de souche) vivant surtout dans les villes. Avec les maisons de terre cuite, les portes en bois décorées, leurs cours intérieures et leurs mosquées (de style centre-asiatique par opposition au style chinois des mosquées du reste du pays), ces villages évoquent l’Asie centrale – l’Ouzbékistan notamment – bien plus que les autres provinces de Chine. L’accueil fait aux – rares – étrangers de passage est partout très chaleureux.

 

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Le mausolée des rois hui à Hami (Xinjiang)

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Notre oasis préférée reste cependant sans doute la plus petite que nous ayons rencontrée. Dans une zone désertique brûlée par le soleil (90 km à l’est de Badain Jaran), une source a pu être captée dans la montagne rouge. L’eau est transportée au pied de la montagne par un karez. Dans ce décor minéral, le hameau installé là possède deux minuscules jardins enclos de murs à l’intérieur desquels poussent sur quelques mètres carrés (sans la moindre place perdue) tous les fruits et légumes nécessaires à la vie de quelques familles. L’hospitalité du désert faisant son oeuvre, nous quitterons les lieux chargés de victuailles sans avoir pu faire accepter un yuan en paiement.

Après avoir longé le désert du Lop Nor, uniformément gris et plat,  au départ de Charklik (alias Ruoqiang, au Xinjiang) des montagnes apparaissent, la couleur revient et la route s’élève dans une belle vallée. Le ciel se dégage après les vents de sable et les premières montagnes enneigées émergent. La route monte jusqu’à 3 300 m. La montagne reste désertique, sans un village sur des centaines de kilomètres, mais c’est un désert d’altitude avec sa rocaille et ses dunes. Nous aurons donc traversé des déserts jusqu’à Golmud, au Qinghai. Ici, c’est le plateau tibétain qui commence. C’est un autre monde, que nous vous raconterons dans un prochain article.

 

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Guy et Françoise Barruol 29/09/2013 09:48

On est admiratifs devant les distances parcourues, les difficultés surmontées et la diversité des pays traversés. Cependant, gardez-vous et soyez un minimum prudents !Pouvez-vous dans chaque
article remettre la carte générale du trajet et le parcours effectué et commenté ? Merci de ce travail quotidien, passionnant pour nous. Au retour vous aurez un ouvrage original tout prêt, à faire
diffuser ! Bonne continuation. Affectueusement, Guy et Françoise

Ding 29/09/2013 15:22



Chers Guy et Françoise, merci de votre commentaire. Nous avons parcouru 7 150 km de Pékin à Golmud alors que le trajet direct mesure 2 700 km.


Bien noté votre souhait de disposer d'une carte. Mettre en ligne une carte précise n'est pas simple compte tenu des contraintes de l'Internet chinois. A la fin de notre journal de voyage, vous
trouverez un lien vers une carte qui donne l'itinéraire approximatif suivi depuis le début du voyage et celui prévu pour les prochains jours.