Aux musées des chemins de fer

Publié le par Ding

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Pékin compte plusieurs musées trop peu connus, ignorés des touristes pressés, mais instructifs pour qui s’intéresse à la Chine d’un peu près. Nous avions raconté en 2009 notre visite au musée de la police .Depuis lors, nous avons visité les deux musées des chemins de fer. Car les chemins de fer sont une chose si sérieuse en Chine qu’il faut bien deux musées spécialisés pour instruire le public.

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  1 - Le premier a pour cadre assez prestigieux l’ancienne gare de Moukden, la première de Pékin, à l’angle sud-est de la place Tiananmen, donc au cœur de la ville. Il n’est pas étonnant que l’une des premières lignes du pays ait relié la capitale à Moukden (aujourd’hui Shenyang, au Liaoning). La Mandchourie, la colonisation japonaise aidant, est une région de vieille industrie, l’une de celles où les trains ont roulé le plus tôt en Chine, et le siège de nombre d’usines de fabrication de matériel roulant.. Cette ancienne gare, bien sûr désaffectée, ne tient malheureusement pas ses promesses : l’intérieur a été refait d’une manière moderne et fonctionnelle, sans cachet, ce qui est dommage pour une gare historique.

L’autre faiblesse de ce musée est que … l’on y voit pas de train. Sa taille ne le permet pas.  On regarde surtout des photos et des maquettes, les pièces originales étant des documents ou des outils de cheminots.

Et pourtant, la visite présente un intérêt réel à double titre :

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  • La Chine est un pays d’ingénieurs. Une forte proportion de ses dirigeants sont d’anciens ingénieurs. Ce musée rend hommage à juste titre à l’extraordinaire collection d’ouvrages d’arts construite par les chemins de fer chinois depuis l’origine. La Chine est tout sauf un pays plat et les voies ferrées se fraient partout un chemin à travers les montagnes et les vallées, même dans les régions où les montagnes sont de hauteur moyenne (voir notre article récent Chengde, à petite vitesse). D’où une vraie débauche de ponts, de viaducs et de tunnels en tous genres. Le sous-sol du musée comporte une intéressante collection de plans-relief où quelques unes des lignes mythiques du pays sont présentes en maquettes : les lignes à grande vitesse Pékin – Shanghai et Pékin – Canton (cette dernière n’est pas encore entièrement ouverte), la voie ferrée Qinghai-Tibet de Xining à Lhasa (représentée sur la photo)  avec ses wagons pressurisés, ses locomotives Diesel spécialement conçues et la gare la plus haute du monde (5 072m) dans les montagnes du Tanggula, et d’autres lignes moins connues mais spectaculaires. Belle collection aussi de maquettes de gares ; les gares TGV sont aujourd’hui des objets de fierté pour les villes, qui en font une image de leur modernité et emploient pour les construire des architectes de renom.

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  • Les chemins de fer sont un sujet très politique : un objet de fierté nationale et un réseau centralisé dans lequel le Parti s’investit fortement. L’armée aussi d’ailleurs : dans la galerie de photos des anciens ministres des chemins de fer, plus d’un titulaire porte l’uniforme. La partie ancienne, avant 1949, ne peut passer sous silence le rôle des étrangers dans l ‘édification des premières voies : chemin de fer français du Yunnan, construit en 1910, mais aussi la voie Pékin-Hankeou, par exemple, dont la plaque inaugurale en fonte est bilingue en français et en chinois. Les années 50 et 60 sont un âge d’or de la construction du réseau et des luttes idéologiques : comme en URSS, les locomotives pouvaient arborer à l’époque l’effigie des plus  hauts dirigeants (ici l'effigie de Mao). Les prouesses technologiques récentes – les TGV les plus rapides du monde, le chemin de fer jusqu’à Lhasa – illustrent quant à elles le « développement scientifique » qui est le credo actuel du régime.

La visite se conclut sur l’évocation de l’ « avenir brillant » des chemins de fer chinois. Pas de mention, bien sûr, des nombreux débats dont le ministère des chemins de fer, un Etat dans l’Etat, est l’objet dans la presse ou sur les blogs. Rien ne doit gâcher la fête.

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Locomotive "Mao Zedong"

2 – Pour voir de vrais trains, il faut visiter l’autre musée. Au delà du cinquième périphérique et du village d’artistes de Caochangdi, il occupe un vaste hangar sans grâce, près de l’anneau ferroviaire expérimental de Pékin. Il est plus difficile à trouver, dans une sorte de friche industrielle, desservi par un embranchement à demi désaffecté.  Les trains sont bien là, empilés comme dans une gare artificielle.

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  Locomotive produite en France (1926) pour le chemin de fer du Yunnan

Le clou du musée, c’est l’exposition de locomotives à vapeur. La plus ancienne, importée d’Angleterre, fut construite en 1886. Parmi les plus vénérables on trouve aussi une loco construite en France en 1926, pour le chemin de fer du Yunnan. Ce dernier étant à écartement métrique, il a fallu construire un petit morceau de voie sur mesure. Parmi les plus grosses, une machine soviétique de 1931 : 29 mètres de long, 14 roues. Elle s’appela d’abord « Amitié », puis fut rebaptisée « Anti-révisionnisme » après 1960, quand les relations entre Pékin et Moscou  tournèrent à l’aigre. La plupart des locomotives du musée furent cependant produites en Chine dans les années 50. Certaines s’appellent « Mao Zedong », « Zhu De » ou « Fête nationale » et sont  décorées à l’effigie des dirigeants de l’époque, dans la meilleure tradition inspirée de l’URSS.         

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On apprend que la Chine produisit des locomotives à vapeur jusqu’en 1988. Mais elle s’était lancée, dès les années 50, dans la production de motrices Diesel et électriques, certes moins évocatrices, mais dont de beaux spécimens sont montrés fièrement.

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Les wagons sont plus banals, souvent fatigués, dans la grande tradition des wagons verts inspirés eux aussi des trains soviétiques (alors que les trains russes modernes ont troqué le vert pour le gris, voir l’article Paimpol - Pékin, treize jours de train. ). Quelques pièces intéressantes néanmoins : wagons salon, un vieux wagon-lit en bois, le wagon officiel de Zhou Enlai.

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Ce second musée est très différent du premier : les commentaires politiques sont réduits au minimum, et l’histoire semble s’être arrêtée dans les années 70 : pas une rame ni même une photo de TGV. Mais pour les nostalgiques de la vapeur et des trains de l’époque héroïque, ce hangar sans charme perdu au bout des voies est un petit monument d’histoire, à ne pas manquer.

PS : Pour voir de vrais trains près de Pékin, dans leur cadre naturel, relisez l'article Le lac de Zhenzhu, un cañon ferroviaire

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Le logo des chemins de fer chinois

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