Abou Dabi

Publié le par Ding

Après la folie dubaïote (voir l'article précédent), Abou Dabi, 170 km plus à l’ouest, capitale des Emirats arabes unis, paraît presque raisonnable. Les tours ne dépassent pas trente étages, la circulation est moins difficile. Avec les arbres plantés à grands frais dans les avenues, on oublierait presque le désert tout proche s’il ne faisait 40 ° et plus dès les premières heures du jour.

Et pourtant … . Abou Dabi est incroyablement riche de son pétrole. Mais l’émirat pourrait s’en passer aujourd’hui car il a amassé un énorme trésor de guerre – mille milliards de dollars ou plus - sagement géré par des financiers d’élite. De cette opulence, on voit les retombées : un parc automobile surréaliste, où la Peugeot de notre ambassadeur fait figure de voiture du pauvre, des villas massives mais sans jardins, des parcours de golf dans le désert, un hôtel rose en forme de palais moghol au bord de l’eau.

Mais, à la différence de Dubaï, les princes ne se sont pas arrêtés là. Ils ont imaginé de faire de leur ville, insalubre il y a cinquante ans, une capitale de la culture. Une île aujourd’hui déserte a été choisie pour abriter une série de musées de classe internationale : le Louvre a vendu son nom et son savoir faire pour 700 millions d’euros, Guggenheim et plusieurs autres aussi. Les meilleurs architectes ont concouru pour proposé des plans futuristes. De grands hôtels et des villas de luxe assureront la rentabilité du tout. Un canal sera construit à l’imitation de Venise, avec des gondoles. Des chefs d’œuvre du Louvre seront prêtés pour quelques années, avant que les nouveaux musées aient acheté assez d’œuvres sur le marché de l’art. L’entreprise, on le sait, n’est pas du goût de tous les conservateurs français, mais la modernisation de notre Louvre parisien était à ce prix. La vénérable Sorbonne a fait le grand saut et a ouvert sous le nom de Paris Sorbonne Abou Dabi un campus de luxe où l’on enseigne depuis l’an dernier, en français et en suivant scrupuleusement les programmes français, la philosophie, les langues, la géographie, l’histoire et l’histoire de l’art, pour 13 000 € de droits de scolarité par an. Ce pari n’est pas moins ambitieux que les tours de Dubaï. S’il est gagné, la mondialisation des cultures et des idées aura franchi un pas inimaginable il y a encore trois ans.

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