Kellie’s Castle : une folie écossaise en Malaisie

Publié le par Ding

Kellie's Castle, façade nord

Kellie's Castle, façade nord

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Abstract : the romantic and sad story of a young Scot who decided to build the finest possible mansion in colonial Malaya for his beloved wife Agnes and their children. If completed, Kellie’s Castle, as it is known, would have been Malaya’s finest residence, fit for a maharajah. Alas, the Kellie Smith family lived there only briefly and William died suddenly in 1926. The unfinished « Love Castle » was abandoned and – some people say – became haunted. Visitors today come in numbers to see this eloquent testimony of a bygone era.

C’est l’histoire somme toute banale d’un jeune ingénieur écossais issu d’une famille pauvre qui quitte son pays à vingt ans pour chercher fortune en Malaisie britannique. Parmi les entrepreneurs britanniques les plus hardis de l’époque, on comptait beaucoup d’Ecossais, dont les fondateurs de la Banque HSBC.

William Smith et des mines d'étain du Perak (photo 1) ; le bungalow initial et Kellas House, la seconde résidence des Smith (photo 2)William Smith et des mines d'étain du Perak (photo 1) ; le bungalow initial et Kellas House, la seconde résidence des Smith (photo 2)

William Smith et des mines d'étain du Perak (photo 1) ; le bungalow initial et Kellas House, la seconde résidence des Smith (photo 2)

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La fortune ne vint pas facilement. Après plusieurs métiers d’ingénieur, William Smith put acquérir un vaste domaine près de Batu Gajah (« la pierre de l’éléphant » ) dans l’État de Perak aux conditions très favorables offertes par l’administration coloniale. Les difficultés ne manquèrent pas. William perdit beaucoup d’argent avec le café puis le patchouli, le caoutchouc lui réussit mieux mais les capitaux lui manquaient. Il avait fait construire sur ses terres un bungalow en bois de style colonial dont il ne reste rien aujourd’hui. Rien de remarquable jusqu’ici.

Kellas House, la deuxième demeure, à l'époque (photo 1) ; ses ruines aujourd'hui (photos 2 et 3, au premier plan sur la photo 4)Kellas House, la deuxième demeure, à l'époque (photo 1) ; ses ruines aujourd'hui (photos 2 et 3, au premier plan sur la photo 4)
Kellas House, la deuxième demeure, à l'époque (photo 1) ; ses ruines aujourd'hui (photos 2 et 3, au premier plan sur la photo 4)Kellas House, la deuxième demeure, à l'époque (photo 1) ; ses ruines aujourd'hui (photos 2 et 3, au premier plan sur la photo 4)

Kellas House, la deuxième demeure, à l'époque (photo 1) ; ses ruines aujourd'hui (photos 2 et 3, au premier plan sur la photo 4)

Sa situation changea lors d’un voyage de retour de Londres où il rencontra Agnes sur le paquebot. L’idylle fut immédiate et le mariage fut célébré aussitôt. Une fille, Helen, naquit un an plus tard. William fit alors construire pour Agnes, qui supportait mal la chaleur, une belle demeure en briques, Kellas House, aujourd’hui en ruines.

Kellie's Castle, la troisième résidence, une folie en terre malaiseKellie's Castle, la troisième résidence, une folie en terre malaise
Kellie's Castle, la troisième résidence, une folie en terre malaise
Kellie's Castle, la troisième résidence, une folie en terre malaiseKellie's Castle, la troisième résidence, une folie en terre malaiseKellie's Castle, la troisième résidence, une folie en terre malaise

Kellie's Castle, la troisième résidence, une folie en terre malaise

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C’est après la naissance de leur fils Anthony et avec l’héritage reçu par Agnès en 1908 que William se lança dans la construction d’une troisième demeure, grandiose celle-ci. Il fit venir soixante-dix maçons indiens de Madras. Les briques orangées furent produites sur place. Comme le ciment manquait, on le remplaça par un mélange de blanc d’œufs de canard, de sable, de craie, de sucre et de miel. Ne souriez pas : des mortiers comparables avaient été utilisés pour construire les temples d’Angkor et de Java qui sont toujours debout.

Les chambresLes chambresLes chambres

Les chambres

William voyait grand : quatorze pièces, des chambres pour sa famille ses invités, un court de tennis sur le toit, un bar, une cave pour trois mille bouteilles de vin. Mais pas de cuisine, ni de logements dignes de ce nom pour une domesticité pourtant nombreuse. Sa sécurité le préoccupait sans doute car il fit aménager plusieurs escaliers dissimulés et un passage secret de cinq-cent mètres vers un temple hindou voisin : il fallait pouvoir partir vite en cas de coup dur. Le couronnement de son œuvre devait être un ascenseur hydraulique qui ne fut pas livré à temps. On peut encore contempler la cage d’ascenseur vide.

Le salon (photo 1), le bar (photo 2), la domesticité en uniformes (photo 3)
Le salon (photo 1), le bar (photo 2), la domesticité en uniformes (photo 3)Le salon (photo 1), le bar (photo 2), la domesticité en uniformes (photo 3)

Le salon (photo 1), le bar (photo 2), la domesticité en uniformes (photo 3)

Fasciné par l’Inde du sud, William donna à son château les apparences d’un palais indien. Rien d’étonnant : les administrateurs britanniques, aux Indes et en Malaise, affectionnaient le style moghol revisité que l’on nomme aujourd’hui indo-saracénien. Nombre de bâtiments publics de Kuala Lumpur sont construits dans ce style (voir notre journal). William ne se gênait pas pour mélanger les styles, un peu de grec par ici, un peu de gothique par là et une construction unique au bout du compte.

Escaliers dérobés (photos 1 et 2) ; la cage d'ascenseur vide (photo 3)Escaliers dérobés (photos 1 et 2) ; la cage d'ascenseur vide (photo 3)Escaliers dérobés (photos 1 et 2) ; la cage d'ascenseur vide (photo 3)

Escaliers dérobés (photos 1 et 2) ; la cage d'ascenseur vide (photo 3)

Les ennuis se succédaient. William et Agnès s’étaient mis à dos les fonctionnaires coloniaux en sollicitant des prêts en attendant l’héritage d’Agnès. Autour d’un whisky-soda, on ironisait beaucoup sur le « palais d’Agnès » et les demandes d’argent répétées de l’héritière. La Première guerre mondiale rendit les importations de matériaux difficiles. La grippe espagnole de 1918 tua beaucoup des maçons indiens.

La famille Kellie Smith vécut peu dans son palais inachevé. Agnes partit vers 1920 pour Londres pour l’éducation d’Anthony, comme c’était courant dans les colonies britanniques. William devait gérer ses intérêts au Timor portugais. En 1926 il partit pour un voyage en Europe. Il se rendit à Lisbonne pour réceptionner le fameux ascenseur, prit froid et mourut. Il avait cinquante-six ans. Agnès ne revint jamais en Malaisie et vécut dans un bel appartement à Londres. Anthony devint pilote de chasse et fut tué pendant la Seconde guerre mondiale.

Vues sur la campagne et les plantations alentourVues sur la campagne et les plantations alentour
Vues sur la campagne et les plantations alentourVues sur la campagne et les plantations alentourVues sur la campagne et les plantations alentour

Vues sur la campagne et les plantations alentour

L’histoire s’achève mais la légende prit bientôt le relais. Avec son passage secret et ses escaliers dérobés, le château délaissé eut bientôt la réputation d’être un repaire de fantômes. Il se dit, mais ce serait à vérifier, que des exécutions eurent lieu sur le domaine pendant l’occupation japonaise, de 1941 à 1945.

Kellie’s Castle tomba à l’abandon. Il fut mis en vente avec la plantation et continua à se dégrader jusqu’au jour où son intérêt historique et patrimonial fut compris et exploité. C’était heureusement une construction solide qui a bien résisté, contrairement au premier bungalow et à Kellas House.

Le Taj Mahal d'Agra (photo 1, janvier 2014) ; le palais des maharajahs de Mysore (photo 2, décembre 2013)Le Taj Mahal d'Agra (photo 1, janvier 2014) ; le palais des maharajahs de Mysore (photo 2, décembre 2013)

Le Taj Mahal d'Agra (photo 1, janvier 2014) ; le palais des maharajahs de Mysore (photo 2, décembre 2013)

Les administrateurs coloniaux se gaussaient volontiers du « château de l’amour » ou du « palais d’Agnes ». Il est vrai que Kellie’s Castle fut construit par William pour Agnes, en bonne partie avec l’héritage de celle-ci. William avait donné à sa femme une partie de ses terres en échange de sorte qu’elle était chez elle. On a de ce fait souvent comparé Kellie’s Castle au Taj Mahal d’Agra construit par l’Empereur Shah Jahan par amour pour son épouse disparue Mumtaz.

Une comparaison plus juste pourrait être faite avec le remarquable palais des maharajahs de Mysore, au Karnataka (voir notre journal, 3 décembre 2013) : même époque à peu près, même style indo-saracénien, même souci du confort et de la modernité, y compris l’ascenseur, à ceci près que celui de Mysore existe bel et bien alors que celui destiné à Batu Gajah n’a jamais quitté Lisbonne. Kellie’s Castle est loin d’être le seul apport de l’Empire britannique des Indes à la Malaisie mais c’est peut-être le plus surprenant.

Kellie’s Castle : une folie écossaise en Malaisie

#adm888

 

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