Tourisme rouge au Hebei

Publié le par Ding

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« Le rêve dans le pavillon rouge », grand classique littéraire de Cao Xueqin (1715-1763 environ, représenté ici) est un sujet improbable pour du tourisme rouge, comme l’on nomme ici le tourisme politique, sur les lieux d’histoire du Parti et du régime.

Et pourtant, les studios de cinéma Rongguofu, à Zhengding, dans le Hebei, relèvent bien du tourisme rouge. Ils furent fondés voici près de trente ans par un jeune cadre du Parti plein d’avenir, qui avait choisi de quitter le confort relatif d’une carrière toute tracée dans la capitale pour venir faire ses classes à Zhengding, pas très loin certes (260 km), mais en pleine Chine rurale tout de même. Soucieux de développer sa petite ville, il y fit construire ce décor de cinéma, parfaitement inspiré du « rêve dans le pavillon rouge », au point que les nombreux visiteurs peuvent revivre pièce par pièce les scènes du grand classique littéraire. Mais plus d’un ignore sans doute que le Secrétaire du Parti de Zhengding qui fit construire ces studios se nommait Xi Jinping. Trente ans plus tard, il se hissait au sommet du Parti et bientôt de l’Etat chinois. 

 

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 Ces studios de cinéma n'ont rien d'authentique, dira-t-on. Sans doute, mais n'est-ce pas le lot de tous les monuments chinois, tant  détruits et reconstruits que l'avatar que l'on visite n'est souvent guère plus ancien ? C'est la réflexion relativiste que nous avons pu nous faire à Zhengding, en visitant le "temple du Bouddha géant", temple Longxing de son vrai nom, construit en 586 mais reconstruit tant de fois depuis. Ce temple séduit par ses proportions imposantes et la sobriété de sa restauration.

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 Pour voir une vraie antiquité, nous sommes allés un peu plus loin au sud-est, dans la bourgade de Zhaozhou. Là se trouve « le plus vieux point sous le ciel », construit lui aussi vers 600, qui passe pour le premier pont au monde dont la voûte est en arc de cercle (les ponts chinois traditionnels ont une voûte en demi-cercle). Il enjambe une rivière gelée sur laquelle on peut marcher pour l’admirer de près.

 

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Tourisme rouge à nouveau à Xibaipo, le lendemain matin. Joli site de collines baignées de soleil, au bord d’un grand lac gelé. C’est là que les dirigeants de l’Armée rouge et du Parti s’installèrent en pleine guerre civile, en 1947-48, après avoir « évacué volontairement » Yan’an (au Shaanxi, voir Journal le long du Fleuve jaune (juin-août 2012), 26 et 27ème jours), pour préparer l’offensive finale contre Beiping (« la paix du nord », comme on appelait alors Pékin). Comme Yan’an, Xibaipo est un lieu de pèlerinage. Un musée rappelle les hauts faits du Parti et de l'armée.

 

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La maison  de Mao à Xibaipo

On visite religieusement les demeures spartiates qui hébergèrent un temps Mao, Zhou Enlai, Zhu De et leurs compagnons. On se recueille dans la modeste salle (mi-chapelle, mi-salle de classe) où le comité central se réunit jadis en session plénière. Hiver ou pas, nouvel an ou pas, Xibaipo, haut lieu de l’histoire du régime, fait recette toute l’année.

 

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Trois heures de route au nord-ouest à petite vitesse nous conduisent ensuite dans les montagnes aux confins du Hebei et du Shanxi , à quelques dizaines de kilomètres des sanctuaires de Wutaishan visités en 1998 et 2010. Là, dans une région de moyenne altitude (980 m) déshéritée, jadis refuge des maquis communistes pendant la guerre civile, le petit village de Luotuowan (littéralement : la courbe - ou le méandre - du chameau) vivait oublié du reste du monde. Ceci jusqu’au 30 décembre dernier, lorsque le Secrétaire général du Parti y a soudain débarqué pour partager le temps d’une visite le quotidien des villageois et leur promettre une vie meilleure. Depuis lors, les dons de toute la Chine affluent à Luotuowan, paraît-il.  

 

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Sans constituer bien entendu un événement comparable, notre arrivée impromptue a beaucoup surpris et amusé les villageois, qui doivent s’habituer à leur notoriété nouvelle. La surprise passée, l’accueil a été chaleureux. Ce village perdu est pauvre, certes, mais bien tenu et très propre (effet de la récente visite ?). Pas plus qu’à Zhengding, rien ne signalerait au visiteur non prévenu que le plus haut dirigeant du Parti est passé par ici. Les villageois qui nous reçoivent ne cachent pas les problèmes bien concrets d’un petit village pauvre : les enfants partis à Pékin qui n’ont pas pu rentrer au pays pour le nouvel an, la corvée d’eau quotidienne, les pensions de retraite bien maigres. Luotuowan profitera-t-il de sa notoriété toute neuve ou retombera-t-il bientôt dans l’oubli ?

 

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Il ne nous restait plus qu’à redescendre des montagnes vers Baoding puis Pékin, ce que nous avons fait, retrouvant aussitôt le brouillard et l’air pollué de la plaine. Un petit détour nous a néanmoins conduits aux tombeaux Qing de l’ouest , déjà visités dans le passé (et abondamment photographiés : voir notre album Qingdongling, Qingxiling).

Manière de terminer ce petit pèlerinage composite aux maîtres de la Chine, ceux du passé et celui de demain.

 

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Le drapeau flotte sur Luotuowan

Publié dans Nouvelles de Pékin

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