Pékin, sous la neige

Publié le par Ding

(Mis à jour le 10 janvier, voir in fine)
Un jour d'hiver, à la fin les années 90, un ancien Premier ministre de notre pays était en visite à Pékin. L'honneur m'était échu de l'inviter à dîner, ce que j'avais fait au China Club, ancienne demeure pékinoise où Deng Xiaoping avait eu ses habitudes, réaménagée avec goût en restaurant chic. Il faisait, à notre arrivée, un ciel gris blanchâtre de fin d'après-midi, avec quelques degrés au dessous de zéro et mon visiteur de marque avait risqué un pronostic : "on dirait qu'il va neiger". "Oh non, avais-je répondu avec assurance, il ne neige quasiment jamais à Pékin"  (je ne suis même pas sûr d'avoir dit "quasiment"). Une heure trente plus tard, quand nous étions sortis de table, il neigeait à gros flocons, la cour carrée était toute blanche et l'ancien Premier ministre, trop courtois pour revenir sur le sujet, m'avait jeté un regard narquois qui m'avait achevé. Du danger d'être péremptoire.

3 janvier 2010 : c'est la quatrième chute de neige de la saison (la première, fort précoce, avait été au moins en partie provoquée, voir l'article
Toussaint pékinoise ) mais la ville semble peu préparée à un événement qui ne semble plus exceptionnel. La municipalité possède paraît-il deux-cents chasse-neiges et j'ai fini par en voir quelques un au travail. Mais c'est bien peu pour une aussi grande ville et l'essentiel du déblaiement se fait toujours à la pelle, au balais, ou pas du tout. Par chance, la neige est tombée la nuit du samedi au dimanche : la plupart des Pékinois sont sagement restés chez eux et un calme irréel règne sur les grands axes. Les voitures et les autobus qui roulent tout de même le font au pas et en zigzaguant. Demain lundi, ce sera le chaos. 

Ce l'est déjà à l'aéroport où une piste sur trois est ouverte et où les voyageurs des vols annulés ou retardés s'accumulent par milliers. En Chine du nord, les aéroports de province - Tianjin, Shijiazhuang, Hohot - ferment l'un après l'autre. Les autoroutes qui desservent Pékin ont aussi été fermées en raison des dangers d'accident, faute de moyens de déneigement suffisant. Si la neige durait, la capitale du nord (c'est le sens de "Pékin") serait bientôt coupée du monde.
 
Comme il fait froid  - moins 8° cet après-midi - la neige tiendra longtemps et sera bientôt grise ou noire. Mais aujourd'hui elle est belle et le charme opère. Dans les ruelles des hutong, tout est silence et la laideur des constructions parasites ou des rénovations tapageuses s'efface sous la couche blanche. Les toits chinois avec leurs chimères émergent à peine sous leur voile blanc et paraissent séculaires même lorqu'ils n'ont rien de tel. Les anciennes cours carrées patriciennes oublient les injures du temps et retrouvent presque leur grâce d'origine.
La météo annonce  le retour du beau temps mais - 15 ou - 20° pour demain. Et pourtant, le froid est une chose bien relative : il faisait - 28 ° ce matin à Harbin.

10 janvier :  profitant d'un assez beau temps, je suis monté revoir les temples de Jietai et Tanzhe, dans les collines à l'ouest de Pékin. Tous deux sont très connus et très visités mais, bonheur : en arrivant à Jietai vers 10 heures 30, j'étais presque le seul visiteur. La légère altitude aidant, la temple était sous la neige et ses pins millénaires aussi. Moment magique de silence et de beauté avec les toits couverts de neige et quelques moines pelletant la neige. Je serais bien resté longtemps, mais les - 10 ° interrompent la méditation. Tanzhe est imposant par sa taille mais  moins intime et le visiteurs commencent à arriver vers midi. Superbe endroit tout de même au fond d'une vallée boisée, avec toits et pins sous la neige. De jeunes moines, à peine couverts, s'exercent aux arts martiaux.

Je m'élève ensuite dans les collines, à la recherche d'une ancienne promenade vers des mines artisanales. Les routes se transforment en pistes, de moins en moins déneigées à mesure que l'on monte. Je m'égare même sur une route où les visiteurs ne sont pas les bienvenus. A certains endroits, la route est toute blanche, je suis le premier à rouler sur ce tapis  depuis la chute de neige de dimanche dernier. Par chance - ou effet de vieilles réminiscences - je crois avoir retrouvé l'amorce de l'ancienne piste prise plusieurs fois pepndant les années 90, malgré le percement d'une nouvelle route a proximité qui m'a d'abord induit en erreur. Mais je ne vais pas trop loin, car s'aventurer avec une seule voiture dans cette montagne enneignée serait imprudent. L'endroit semble inchangé, toujours aussi reculé, voire sauvage, malgré sa proximité de la capitale. Il faudra revenir au printemps.

Publié dans Nouvelles de Pékin

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