Les fourmis migrent au nord

Publié le par Ding

 

Dans l'article chez les fourmis , il était expliqué que de nombreux jeunes désargentés venus des provinces s'installaient à Tangjialing, un village du nord de Pékin, faute de pouvoir louer des appartements en ville. Ils y vivaient dans des conditions difficiles, dans de minuscules logements dépourvus de tout confort, mais tenaient bon dans l'espoir de trouver un emploi assez stable et  rémunérateur pour pouvoir s'offrir un logement digne de ce nom et accéder enfin à la vraie vie pékinoise. Un chercheur les avait surnommé "la tribu des fourmis" en raison de leur mode de vie collectif et laborieux.

 

Comme la presse en a rendu compte depuis à plusieurs reprises (voir Chine : notes de lecture (mises à jour le 13 août) , les choses ont évolué depuis. Préoccupées par l'urbanisation anarchique de Tangjialing, et aussi sans doute par la notoriété acquise par cet ancien village, les autorités ont entrepris de démolir les (nombreux) immeubles construits illégalement et d'y remettre un peu d'ordre.

 

Ce qui devait arriver est  arrivé : contraints de quitter Tangjialing, les "fourmis" ont cherché un peu plus loin (donc un peu plus au nord) et d'autres villages suburbains sont en voie d'urbanisation rapide sur le même modèle. Le village dont on parle le plus actuellement est Shigezhuang, dans le district de Changping à 20 km au nord de Pékin, entre l'autoroute de Badaling et  la voie ferrée qui dessert la gare du nord.

 

 

La ressemblance avrc Tangjialing est frappante, mais Shigezhuang est peut-être plus dur à vivre encore. Tangjialing, urbanisé depuis plusieurs années, avait fini par s'humaniser dans une certaine mesure avec d'innombrables petits commerces et restaurants. A Shigezhuang, dans la chaleur de l'été, c'est le chantier complet. Photos-Shigezhuang-150810-001.jpgDes immeubles de un à quatre étages poussent partout, construits par des ouvriers venus surtout du Hebei. Les nouveaux citadins vivent donc au milieu des tas de briques et de la poussière des chantiers; les immeubles étant construits dans un ancien village, les rues ont gardé la largeur du village disparu : c 'est dire si la densité est forte. Cela a quelques avantages en plein été, car l'étroitesse des rues permet de marcher à l'ombre, mais on imagine la difficulté posée par une construction aussi dense (par exemple pour l'accès des pompiers).

 

 

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Un mode particulier de logement est apparu, qui semble plutôt provisoire : des logements sur deux niveaux autour d'une cour intérieure, à mi-chemin entre les barraquements qui logent les travaileurs migrants sur les chantiers et de vrais logements permanents. 

 

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Le commerce, bien sûr, reprend très vite ses droits et des boutiques ouvrent entre les chantiers, mais pas encore autant qu'à Tangjialing. Du coup, de nombreux vendeurs ambulants viennent proposer des produits de la campagne. De petits restaurants proposent aux nouveaux citadins des plats de leur province d'origine à des prix bien plus bas qu'au  centre Pékin : on y déjeune très correctement pour moins d'un euro.

 

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La vie n'était déjà pas facile à Tangjialing. Elle est sans doute plus dure encore à Shigezhuang, où il faut vivre au milieu des chantiers, avec une densité sans doute encore plus forte, et un ramassage des ordures qui reste à mettre en place.

 

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La scolarisation des enfants est un problème car les travailleurs migrants, ne résidant pas légalement à Pékin, ne sont pas autorisés à inscrire ceux-ci dans les écoles publiques. Du coup, des jardins d'enfants privés se sont ouverts, sans grands moyens, pour ces enfants. Photos-Shigezhuang-150810-006.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bien sûr, les trajets sont plus longs vers le quartier high tech de Zhongguancun où beaucoup des ces jeunes migrants travaillent. Il est trop tôt pour dire si ce nouveau village urbanisé va devenir permanent ou si les autorités décideront d'arrêter ici aussi cette urbanisation mal contrôlée. Où iront alors les "fourmis" ?

 

P.S. (24 août) : Shigezhuang, comme Tangjialing il y a quelques mois, est en train d'accéder à la notoriété médiatique, y compris hors de Chine : voir le reportage de Brice Pedroletti; "en Chine, des communautés de jeunes sous-employés", "le Monde" du 24 août 2010 p11.

 

 

Publié dans Nouvelles de Pékin

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