Le plateau tibétain, de Huatugou à Zhangmu

Publié le par Ding

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L'Everest, en approchant du camp de base

« Les étrangers aiment nos montagnes parce qu’ils les trouvent belles. Mais ils ne se rendent pas compte à quel point nos conditions de vie y sont difficiles. »

Confidence d’un moine tibétain de Spiti (Inde), avril 2006

Abstract : crossing Qinghai and Tibet proved easy, with excellent roads. The scenery is truly amazing with the world’s highest peaks and several turquoise blue lakes. Most of the plateau is an altitude desert with very harsh living conditions. Valleys around Lhassa and Xigaze are more livable to an extent. Tibetan buddhism largely determines people’s lives. Lhassa has been modernized but remains a complex and attractive city, with many Tibetan features not to be found elsewhere.

Après avoir beaucoup arpenté les régions périphériques du plateau tibétain, en Chine et en Inde (voir les articles  Au Tibet sans y être , Le Tibet à 6 kmune si longue genèse ), il nous restait à découvrir le Tibet proprement dit et Lhassa, sa capitale.

 

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le Potala de Lhassa

C’est désormais chose faite. Nous avons traversé le plateau en voiture, de Huatugou, petite ville pétrolière au nord ouest du Qinghai, à Zhangmu, à la frontière du Népal. 2930 km de route et de piste en sept jours, cinq jours de repos à Golmud et deux jours de visite à Lhassa. Qu’en retenir ?

D’abord, la facilité du voyage. A condition de rester sur les grands axes, le Qinghai et le Tibet disposent aujourd’hui d’un réseau routier de très bonne qualité. La différence est frappante avec les très mauvaises routes nationales du Sichuan parcourues l’an dernier. Nous avons franchi une dizaine de cols à plus de 5000 m  sans difficulté aucune, favorisés il est vrai par un très beau temps. Nous n’avons été secoués et ballottés que sur les pistes, principalement pour monter au camp de base de l’Everest. Pour autant, nous avons roulé lentement, 40 km/h en moyenne. Car une réalité tibétaine insoupçonnée que nous avons découverte est le contrôle de vitesse draconien, sans équivalent dans le reste de la Chine, que pratique la police locale. Résultat : sur des routes excellentes, des files de gros 4x4 se traînent à 40 km/h et multiplient les arrêts champêtres pour ne pas arriver trop tôt au poste de contrôle suivant. Ces contrôles routiers par des policiers tibétains sont omniprésents, à chaque bourgade. Dans les zones fréquentées par les touristes, chaque maison arbore un drapeau chinois, pratique inconnue dans le reste de la Chine.

 

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Ensuite, la variété des paysages. Dans notre article précédent, nous racontions les déserts de Chine de l’ouest. . De Huatugou aux approches de Lhassa, nous sommes restés dans le désert, mais un désert d’altitude. Nous en garderons l’image d’immenses étendues, entre 4 et 5000 m d’altitude, presque vides d’occupation humaine, même le long de la route Pékin Lhassa. Ce plateau est beau, mais d’une beauté austère, surmonté de chaînes montagneuses enneigées : Kunlun, Tangula. 

 

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Cette traversée donne l’occasion d’admirer des paysages grandioses, plus encore peut-être que ceux des zones tibétaines que nous connaissions déjà. Le spectacle des pics enneigés de 6 à 8000 m et plus dominant un plateau lui-même situé à 4 500 m est majestueux partout, mais la palme revient à la chaîne centrale de l’Himalaya – le Makalu, le Lhotse, le Cho-Oyu et tous les autres 8000 y compris bien sûr l’Everest - émergeant de la nuit et recevant les premier rayons du soleil.

 

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le lac Yamdrok

L’autre spectacle magique, nouveau pour nous, a été celui des lacs d’un turquoise éclatant enchâssés dans leur cirque de montagnes enneigées : Nam-Tso, Yamdrok.

 

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Pour les habitants des quelques villages traversés entre Golmud et Lhassa comme pour les rares nomades aperçus, ce sont des conditions de vie extrêmement rudes, même avant l’hiver. Ici la prairie n’est pas verte comme l’an dernier au Gansu, au Sichuan ou dans l’ouest du Qinghai, mais jaune (voir nos photos). Nous avons retrouvé quelques zones désertiques par la suite, notamment à proximité de l’Everest. Entre Lhassa et la frontière, cependant, nous avons trouvé un Tibet plus peuplé, plus aimable et moins rude, presque bucolique par endroits. Si les montagnes sont pelées et dépourvues d’arbres, les vallées sont cultivées dès que l’irrigation le permet. Les cultures dominantes sont le blé et surtout l’orge. Les troupeaux de yaks, de moutons et de chèvres sont nombreux. A cette période de l’année, la fenaison et les labours battent leur plein. Ils sont parfois mécanisés, parfois à l’ancienne : yaks et chevaux tirent les charrues. Malgré la sécheresse du climat, le Tibet produit quelques fruits et légumes. Partout, nous avons été accueillis avec une très grande gentillesse, de grands sourires … et le thé traditionnel au beurre de yak.

 

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La pauvreté n’en reste pas moins réelle. Nous l’avons souvent observée dans les villages. Le tourisme – chinois à plus de 99 %, les étrangers ne représentent qu’une part infime – se traduit malheureusement par des habitudes de mendicité inconnues dans le reste de la Chine. Un enfant s’est littéralement jeté sur un œuf dur que nous avions sorti pour nous restaurer au lac Nam-tso.

 

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Autour du Jokhang (Lhassa)

Chacun le sait : le bouddhisme joue un rôle essentiel pour la très grande majorité des Tibétains. Nous le savions par nos voyages précédents mais en avons nous à nouveau des illustrations fortes : foule dans les monastères de Lhassa au petit matin, pèlerins faisant le tour rituel des grands sanctuaires voire se déplaçant sur les routes par milliers de prosternations. Par un pur hasard, notre chemin a croisé celui du Panchen Lama, le deuxième dignitaire du bouddhisme tibétain : nous l’avons approché à quelques mètres au monastère de Sakya. Bien que ce jeune dirigeant religieux soit controversé, nous avons été les témoins de la ferveur des villageois qui se pressaient pour recevoir sa bénédiction.

 

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Pèlerins faisant le tour rituel du Potala (Lhassa)

 

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Deux jours et demi à Lhassa sont beaucoup trop courts pour comprendre vraiment une ville aussi complexe, souvent décrite en termes trop simples : Lhassa dominée par le pouvoir central, un drapeau chinois sur chaque maison, une police omniprésente, des caméras de surveillance partout, des boutiques comme n’importe quelle autre ville chinoise, bref, une Lhassa sinisée qui a perdu son âme ? On peut l’écrire et les journalistes l’écrivent souvent. Mais ce serait oublier toute la ville tibétaine dont le Barkhor est le centre, une vraie ville qui vit, où même les logements sociaux sont des villages tibétains à leur manière. Lhassa trop restaurée pour les millions de touristes chinois qui s’y pressent (10 millions en 2012) ? Sans doute, mais Lhassa n’est pas une ville musée : c’est une vraie ville tibétaine dominée par ses montagnes toutes proches, malgré tous ses immigrants, que les Tibétains de toute la région autonome et d’ailleurs découvrent avec un bonheur évident. La distinction entre touristes et pèlerins, déjà difficile dans le reste de la Chine, est ici plus ardue encore. Loin des clichés, Lhassa est une vraie ville. Une ville complexe bien sûr, une ville sous tension sans doute qui a été violente à plusieurs reprises, mais une ville joyeuse par ces belles journées d’automne. Plus une ville en état de siège comme on nous la décrivait il y a quelques mois.

Il nous restait une expérience intéressante à faire : la descente du plateau. En moins cent kilomètres, on passe le dernier col (5100m), avec le spectacle du plateau et des pics enneigés et on descend comme sur un toboggan, dans une vallée encaissée. Les arbres apparaissent, puis la forêt, et bientôt la jungle. A Zhangmu, ville frontière, ça sent le curry et les camions Tata venus du Népal bouchent la rue principale. Demain matin, nous serons dans les rizières et les bananiers. Nous sommes descendus du toit du monde.

Nous le savions déjà mais ce voyage l’a confirmé avec éclat : le Tibet est splendide et les Tibétains extrêmement attachants.

 

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Devant le Potala

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