A la plage

Publié le par Ding

Quittant sans regret Qinhuangdao, port industriel, je suis arrivé tôt le matin (27 décembre) à Shanghaiguan. Cette petite ville fortifiée est fameuse dans l'histoire militaire chinoise, car la montagne approche à 5 ou 6 km de la mer, laissant une étroite bande littorale qui fut longtemps le passage des invasions venues de la Mandchourie toute proche. 
 
Même s'il est assez arbitraire de parler "d'extrémité" de la grande muraille, puisque l'on en trouve des restes un peu partout, jusqu'à Hushan sur la frontière coréenne (voir Journal de Mandchourie , quatorzième jour), Shanghaiguan est classiquement réputée en être l'extrémité orientale, le lieu précis où la muraille rencontre la mer (l'extrémité occidentale étant non moins classiquement fixée à Jayuguan, au Gansu). Les derniers kilomètres de muraille avant la mer sont tout sauf impressionnants : une simple levée de terre d'une dizaine de mètres de haut, comme une vieille digue percée, comme il est assez fréquent lorsque la muraille n'est pas en montagne. Mais à 100 mètres de la mer, tout change : la restauration a fait son oeuvre et c'est une belle muraille crénelée toute neuve qui se jette dans l'océan pour les touristes. Si le spectacle est désolant quant on vient de la ville (parkings et restaurants à perte de vue), il est beaucoup plus réussi quand on vient de l'est. La plage est couverte de neige, le fond de l'anse a pris en glace et la silhouette crénelée du dernier fortin se détache en contre-jour sur les flots avec les cargos qui défilent : assez réussi.
 
Pour la ville fortifiée elle-même, je suis hélas arrivé trop tard : une rénovation-reconstruction a été menée trambour battant à partir de 2006 et le résultat est à peu près le même que sur Qianmen Dajie à Pékin : une ville du moyen âge recontruite à neuf avec ses restaurants et ses boutiques, sans intérêt. Il faut s'écarter des rues principales pour trouver quelques hutong épargnés avec leur laideur natuelle qui en fait le charme et quelques traces d'histoire ça et là. Le tout au pas de charge, car on gèle.
 
La muraille, je la retrouve un peu plus haut, là où elle part à l'assaut de la montagne (Jiao Shan), et un peu plus à l'est, à Jiumenkou. J'ai alors quitté le Hebei et me trouve dans la province du Liaoning, l'une des trois provinces de l'ancienne Mandchourie. La muraille est ici connue pour enjamber une petite rivière. Ici encore, les rénovations ont largement gâché le spectacle, mais il suffit de s'élever un peu pour retrouver une muraille authentique et escarpée. Le grand froid rend toutefois les sorties de la voiture assez brèves.
 
Au prix d'une lente déambulation vers l'ouest sur une côte très industrielle, je retraverse Qinhuangdao et arrive à Beidaihe en début d'après-midi. C'est la station balnéaire de Chine du nord, sur une belle plage mise à la mode par les Européens dans les années 1890. Diplomates et colons de Pékin et des concessions de Tianjin s'y étaient fait construire des villas. Plus récemment, Beidaihe a été célèbre pendant plsu de trente ans, car toute la nomenklatura maoïste venait y prendre ses quartiers d'été. Dans de vastes villas sous les pins au bord du Golfe de Bohai, Mao et les dignitaires venaient passer l'été en se distrayant sans cesser de gouverner l'Empire. Une savante hiérarchie du pouvoir régissait la plage et les villas des dirigeants, protégés du commun des mortels par une sécurité stricte. Du coup, les diplomates s'installaient aussi dans cette petite capitale d'été (il existe encore une "guesthouse diplomatique") et les dignitaires étrangers en visite en Chine devaient faire le voyage pour être reçus. Tout ceci a pris fin il y a une douzaine d'années, lorsqu'un premier ministre soucieux d'efficacité (le même qui fit adhérer la Chine à l'OMC) mit fin à cette transhumance estivale et décida que le siège du pouvoir ne quitterait plus Pékin, été ou pas.
 
Beidaihe n'est donc plus un lieu de pouvoir mais les touristes chinois s'y pressent, l'été du moins. L'hiver, la plage est toujours belle avec ses rochers frangés de glace, mais la ville est vide. Les Chinois riches prenant désormais l'avion pour Hainan ou pour les mers du sud, Beidaihe avec ses hôtels fatigués et ses maisons de repos pour cadres méritants accuse un peu son âge. les touristes russes l'appécient sans doute, car de très nombreuses enseignes sont bilingues, chinois et russes. Du coup, avec les pins, on se croirait un peu en Crimée.

Publié dans Nouvelles de Pékin

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