Pékin bling bling, Pékin artistique

Publié le par Ding

Cette semaine, j'ai été invité au club P..., dans une banlieue de Pékin. Fondé l'an dernier par un riche entrepreneur, ce club affiche l'ambition de devenir un lieu de rencontre et de divertissement pour les riches et les puissants. Construit sur un terrain de 25 ha, il fait figure de camp du drap d'or et  rien n'a été jugé trop beau pour impressionner les visiteurs. Le "salon des ambassadeurs" est une rotonde noyée de lumière, meublée avec un luxe du meilleur goût et cerclée de colonnes du plus bel effet. Le clou de la fête est, juste à côté, le "palais de cristal", une salle de spectacle entièrement translucide et noyée en permanence sous des jets d'eau qui donnent l'impression de se trouver dans un bocal. De l'extérieur, où nous avons dîné, les jets d'eau réglés par ordinateur font un feu d'artifice permanent éclairé par des projecteurs de couleur : un peu comme les grandes eaux de Sentosa, à Singapour. Spectacle étonnant, dont le propriétaire du club nous fait les honneurs pendant le dîner avec une fierté que chacun comprendra. Dignitaires chinois et étrangers se pressent visiblement dans ce lieu auguste, à en juger par l'épaisseur du livre commémoratif dont nous sommes généreusement gratifiés. A l'issue de cette soirée mémorable, nous repartons en nous demandant si nous avons rêvé ...

Soucieux de revenir à des activités plus traditionnelles, je suis allé aujourd'hui au musée des beaux arts. Ici, l'art pourrait subsidiairement être beau, mais il est d'abord destiné à éduquer les masses et à raffermir leurs convictions patriotiques et politiques. Aucun visiteur étranger hormis le rédacteur des ces lignes et aucune légende traduite en anglais : le public visé est clairement national et il est nombreux ce dimanche matin. Ici,on ne fait pas dans la demi mesure : les tableaux sont vastes, les couleurs sont vives, les Japonais qui fusillent les civils innocents à Nankin (tableau de 9 m x 3,60 ) sont aussi hideux que les Européens qui saccagent le Palais d'été en pillant les oeuvresd'art et en tirant sur des femmes désarmées. La geste de l'armée populaire de libération, luttant contre l'ennemi japonais, est une veine inépuisable. Les dirigeants, de Mao à Jiang Zemin, sont portraiturés sous tous les angles, tel Mao recevant Richard Nixon dans une lumière à la Breughel ... L'armée marche à l'ennemi, les paysans travaillent, les enfants sourient et, sur les toiles les plus récentes,  Hong Kong et Macao font retour à la mère patrie. Un tableau inhabituel montre le procès de la bande des quatre peu après la mort de Mao : le public reconnait avec curiosité ces proscrits dont on ne parle plus guère dans la Chine d'aujourd'hui. C'est l'art officiel, au service des masses.

Plus intime - beaucoup plus intime - est l'ancienne résidence dui danseur d'opéra de Pékin Mei Lanfang (1894 - 1961), sur Huguosi, petite rue proche des lacs. Cette célébrité des années 30, étant devenue une personnalité de la Chine nouvelle (Mei adhéra au Parti et fut promu vice-président due la conférence consultative du peuple), fut gratifiée d'une agréble résidence : une cour carrée pas trop grande, avec ses pavillons ombragés où sont pieusement conservés costumes et souvenirs de théâtre. C'est petit, c'est modeste, mais cela donne une bonne idée du charme des belles demeures pékinoises d'antan. Reposant, après les visites précédentes.

Publié dans Nouvelles de Pékin

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