798

Publié le par Ding


Aujourd'hui, je suis allé visiter le centre artistique 798 à Dashanzi, sur la route de l'aéroport. C'est aujourd'hui en pleine ville mais il s'agissait encore d'une zone agricole au début des années 50.

Il s'agit d'une ancienne usine électronique de l'armée chinoise, construite à partir de 1954 en coopération avec l'Allemagne de l'est. Les bâtiments de l'époque, sans être beaux, présentent une belle hauteur de plafond et de grandes verrières; à l'époque, cette architecture industrielle où l'on peut voir des réminiscences germaniques entraîna des querelles entre experts allemands, soviétiques et chinois. Les machines, dont quelques unes  sont encore exposées et sont de beaux exemples d'archéologie industrielle, ont été apportées par le Transsibérien. C'était à l'époque l'une des usines les plus performantes de Chine, qui offrait à ses travailleurs une protection sociale particulièrement étendue. Bien que divisée en plusieurs unités de production, l'usine a décliné dans les années 80 avec l'ouverture économique du pays et fut progressivement désaffectée.

L'Académie centrale des beaux arts s'y est installée en 1995 et les artistes ont commencé à s'y installer dans les années qui ont suivi. Aujourd'hui, il s'agit d'un véritable village de galeries d'art, rejointes par des cafés, des magasins de mode et divers commerces. Le site, surplombé par des cheminées d'usines désormais à l'arrêt, reste spectaculaire. On se promène agréablement dans ces bâtiments industriels plus ou moins transformés en vue de leur nouvel usage et dans es logement ouvriers plus ou moins envahis par l'herbe.

Il ne faut pas  chercher d'unité de style dans les oeuvres exposées. On trouve de tout, peinture sculpture et design, de l'art le plus abstrait à du (presque) conventionnel, d'une inspiration parfois tout à fait étrangère, parfois manifestement chinoise avec tous les degrés de l'interaction entre les deux. Le résultat est parfois gauche, parfois presque choquant, parfois marqué par un réalisme socialiste plus ou moins parodique. C'est très illustratif de la vitalité intellectuelle de la Chine d'aujourd'hui avec des artistes jeunes et moins jeunes, souvent formés aux Etats-Unis et en Europe,  qui cherchent à traduire leurs deux cultures et expriment le legs d'une histoire récente tourmentée.

J'ai visité avec un intérêt particulier la galerie de Mansudae, l'entreprise artistique officielle de Corée du nord : cela nous renvoie vingt ou trente ans en arrière avec un art idéologique particulièrement décalé qui tente néanmoins de s'exporter en devises : étonnant sinon convaincant.

Tout cela ne va pas sans controverses. Cet avant-gardisme largement inspiré de l'étranger et aux motivations avant tout commerciales n'est pas du goût de tous. Un article récent le dénonçait comme une culture mercantile pour une clientèle étrangère, porteuse de menaces pour les valeurs authentiques de l'art chinois.

Si la friche industrielle compte pour beaucoup dans le charme de l'endroit, le spectacle est aussi dans le public : on est au cœur du Pékin bourgeois-bohême, avec des jeunes intellectuels et des bourgeois argentés qui déambulent, fréquentent les cafés chics, et se photographient devant les statues les plus improbables. Je ne suis pas sûr qu'ils achètent beaucoup, car il faut au minimum des centaines et souvent des milliers d'euros pour la moindre oeuvre d'un artiste un peu connu.

Lieu emblématique du nouveau Pékin, le centre 798 n'a pas forcément l'avenir devant lui. Il a pu, grâce à la mobilisation des artistes et des mécènes, échapper jusqu'ici à la pioche des démolisseurs mais la spéculation foncière n'épargne rien et ce lieu unique pourrait un jour disparaître. Souhaitons que ce ne soit pas le cas et profitons-en en attendant.




Publié dans Nouvelles de Pékin

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