La route du Karakorum

Publié le par Ding

La route du Karakorum

Rédigé et mis en ligne en décembre 2016

Partis tôt le 7 août de Kashgar, au Xinjiang (75° 59’E, 39° 28’N, alt. 1 270 m) en voiture de location, nous faisons route au sud-ouest à travers un plateau aride jusqu’à ce que les montagnes enneigées apparaissent, après un peu plus de 100 km. La route nationale 314, plus connue sous le nom de route du Karakorum, suit la rivière Ghez (Ghaizi en chinois). Après un premier poste de contrôle où nos passeport et le permis de la voiture sont vérifiés, nous suivons le défilé de la rivière et traversons la chaîne de Kengtau . Deux montagnes majestueuses sur la gauche : le Kongur (7 719 m) et le Mustag Ata (7 546 m).

Kongur (7719m), Mustag Ata (7 546 m)
Kongur (7719m), Mustag Ata (7 546 m)

Kongur (7719m), Mustag Ata (7 546 m)

La route est bonne dans l’ensemble, sauf sur quelques courts passages emportés par des coulées de boue, qui justifient l’utilisation de 4x4. Ceci contraste avec les grandes difficultés relatées par les voyageurs de la fin du 19ème et du début du 20ème siècles qui devaient emprunter une mauvaise piste avec leurs poneys, au milieu des amoncellements de rochers. La route carrossable a en effet été construite dans les années 1960. Quelques campements de yourtes de pasteurs nomades kirghizes qui nous font bon accueil.

La route du Karakorum
La route du Karakorum

Nous déjeunons au petit lac Karakul (196 km de Kashgar, alt. 3 600 m), cette « jolie nappe d’eau bleu clair » avec « ses alentours absolument uniques » décrite par Francis Younghusband en 1891. C’est en effet un bel endroit au pied des montagnes, avec quelques touristes et de nombreux Kirghizes qui y font relâche avec leurs chameaux.

La plaine de Tashkurgan

La plaine de Tashkurgan

Après un col à 4 098 m au km 237, nous redescendons vers le sud et arrivons en milieu d’après-midi dans la petite ville de Tashkurgan (km 294, alt. 3095 m), chef lieu de l’arrondissement autonome tadjik du même nom. La vallée marécageuse tranche avec l’aridité ordinaire de la région. Nous sommes sur les traces de Sir Aurel Stein, qui visita la ville en 1906. Nous faisons ici nos formalités de sortie de Chine, bien que la frontière soit encore distante de 128 km.

Nous poursuivons notre route vers le sud, qui s’élève en pente douce dans une réserve naturelle. Au lieu dit Kalachik, une piste se détache vers l’ouest, en direction du col Wakhjir et de l’Afghanistan. Notre conducteur écarte fermement notre suggestion, faite sans grande conviction, de rouler quelques kilomètres sur cette route. Nous sommes en effet dans une zone frontière, qui est bien surveillée. Nos passeports sont contrôlés une dernière fois par un poste militaire à Pirali, une quarantaine de kilomètres avant le col. Quelques marmottes aperçues dans les alpages vers 4 500 m.

La borne-frontière du col du Khunjerab

La borne-frontière du col du Khunjerab

Nous atteignons le col du Khunjerab (km 412, alt 4 730 m) après avoir franchi la clôture frontalière à une centaine de mètres en contrebas et dépassé une tour de surveillance. Nous nous arrêtons à la borne frontière où nous sommes salués par trois policiers pakistanais de la Khunjerab Security Force. Un panneau nous souhaite la bienvenue au Pakistan, un autre nous rappelle que nous devons désormais conduire à gauche. Nous devons aussi reculer nos montres de quatre heures, ce qui est sans doute un record pour une frontière terrestre.

La descente du côté pakistanais est beaucoup plus raide que la montée côté chinois. Au plateau du Xinjiang succède une vallée encaissée entre des sommets à plus de 6 000 m. Il nous reste 81 km de route et nous arrivons à Sust à la nuit tombée. Le poste frontière pakistanais est fermé mais l’hôtel ne fait aucune difficulté pour nous accueillir. Notre voiture chinoise n’ira pas plus loin, nous allons louer une jeep pakistanaise pour continuer notre voyage.

Le glacier de Passu

Le glacier de Passu

Le 8 août, une fois les formalités faites, une courte étape nous conduit à Hunza (74° 39’E, 36° 19’N, alt. 2 500 m), alias Karimabad. Belles vues en route sur les sommets et les glaciers, notamment le glacier de Passu qui descend du pic de Passu (7 478 m).

Hunza

Hunza

A Hunza, ancienne capitale d’un petit état princier conquis par les Britanniques en 1891, nous visitons les anciens forts d’Altit et de Baltit (le fort de Baltit, ancienne résidence des mirs de Hunza, qui domine la ville, présente, en beaucoup plus petit, une certaine parenté avec le Potala de Lhassa) et nous promenons sur les chemins autour de la ville, avec de très belles vues sur les sommets environnants (Rakaposhi, 7 788 m).

Rakaposhi

Rakaposhi

Une courte étape nous conduit dans la matinée du 9 août de Hunza à Gilgit (74° 18’E, 35° 55’N, alt. 1 500 m), ville plus importante, capitale des territoires du nord. Au cimetière chrétien de Gilgit, nous nous recueillons sur la tombe du grand voyageur G.W. Hayward, assassiné à Darkut, près de Chitral, en 1870 , au cours d’une exploration des Pamirs.

 

De là, il nous reste près de 600 km et une grande journée de route, le 10 août, pour quitter les montagnes et rejoindre Islamabad. Nous descendons la vallée de l’Indus, voyons d’assez loin le Nanga Parbat (8 125 m) et  nous arrêtons brièvement pour admirer d’anciens pétroglyphes près de Chilas. Bien que l’on nous ait mis en garde contre une possible insécurité au Kohistan, dans la Province frontière du nord-ouest, tout se passe bien. Nous passons par Besham où fusils et pistolets se vendent comme des petits pains dans de nombreuses armureries et arrivons sans encombres dans la capitale pakistanaise au soir du quatrième jour, après 1 230 km de route.

Commenter cet article