Du col de Shingo à Lamayuru, au Zanskar et au Ladakh

Publié le par Ding

Du col de Shingo à Lamayuru, au Zanskar et au Ladakh

Abstract : 22 days in the Indian Himalaya, mainly in Zanskar and Ladakh. Eleven high mountain passes. Magnificent but austere landscapes. Overwhelming cultural and religious infuence from neighbouring Tibet. Harsh living conditions that are likely to change to an extent with new roads that will – for better or worse – make Zanskar and Ladakh more accessible.

2 octobre, 12 h 35 : nous arrivons au col de Shingo (alt. 5 050 m) où nous franchissons la chaîne centrale de l’Himalaya. Pour moi l’aventure commence puisque je suis arrivé au col en voiture, par une mauvaise piste.

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Thibaut a déjà plus de 160 km, la chaîne du Pir Panjal et deux grands cols dans les jambes puisqu’il a chaussé ses rollers à Manali et a enfourché son vélo au col du Rohtang (3 978 m). Sa montée ce matin au col de Shingo relève de la performance athlétique. La piste carrossable s’arrête au col ou quasiment. Heureusement, nos trois chevaux sont au rendez-vous. Nous chargeons nos sacs et le vélo. C’est à pied que nous commençons à descendre et à découvrir le Zanskar.

Du col de Shingo à Lamayuru, au Zanskar et au Ladakh

L’ancien royaume du Zanskar (ou Zangskar), qui fait partie de l’Etat du Jammu et Cachemire, était à peu près coupé du monde jusqu’en 1980. L’été, il fallait une semaine de marche ou plus pour le rejoindre avec des cols à 4 ou 5 000 m. L’hiver, la seule possibilité (hors l’hélicoptère) était et reste le chadar, une marche aventureuse dans les gorges de la rivière Zanskar gelée, par – 20 à – 40°C. Une mauvaise route ravitaille aujourd’hui le Zanskar à partir de Kargil, au Cachemire. Une seconde est en construction par le col de Shingo. Lorsqu’elle sera achevée, elle contribuera au désenclavement du Zanskar pour le meilleur et pour le pire mais son intérêt est surtout stratégique : ouvrir à l’armée une nouvelle voie d’accès à ces zones frontalières du Cachemire pakistanais et du Tibet chinois.

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Le Tibet … Sans en avoir jamais fait partie historiquement, le Zanskar, comme le Ladakh en font partie humainement et culturellement. Nous allons vivre dans cet univers culturel et religieux tibétain, contourner (attention, toujours par la gauche) des centaines de chorten (stupas), visiter des dizaines de monastères des plus imposants aux plus modestes, accepter (ou décliner, c’est selon) des litres de thé salé au beurre, comme au Tibet.

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Au Zanskar puis au Ladakh, nous allons oublier l’Inde et nous croire au Tibet, nous ne compterons plus les photos du Dalai Lama tant il y en a. Ce n’est qu’à Padum, petite bourgade qui fait office de micro-capitale du Zanskar, que nous trouverons des Cachemiris musulmans, plus évocateurs de l’Asie centrale que de l’Inde des plaines, et même une petite mosquée. A cette exception près, le bouddhisme tibétain règne dans ces hautes vallées.

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Il faut franchir au moins dix cols pour arriver à Lamayuru : Shingo (5 050 m),  Parpi (3 900 m), Hanuma (4 710 m), Chapskang (4 200 m), Murgum (4 370 m), Netuksi (4 380 m), Kiupa (4 450 m), Sengge (4 960 m), Bumiktse (4 390 m), Sirsir (4 805 m) et, si l’on a encore du courage, Prinkti (3 730 m). Le passage de chaque col, avec stupas et drapeaux de prière, découvre un nouveau paysage grandiose de sommets et de vallées à perte de vue. Du haut des cols, c’est un désert minéral qui s’ouvre au regard, noir, ocre ou rouge. Les glaciers, de petite taille, sont perchés sur les pics de 5 700 à 6 200 m. Ils se réduisent hélas. C’est donc un désert minéral à perte de vue, stérile et magnifique, où le végétal est banni en apparence.

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Dès que l’on descend un peu, cependant, des buissons, des épineux et une herbe très rase, parfois à peine visible, font leur apparition. Cela semble insignifiant mais nos chevaux et nos ânes y trouvent une maigre subsistance. Un jour, d’un plateau qui semblait entièrement rocheux, j’ai vu surgir près de 600 moutons et chèvres qui descendaient … des pâturages.

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Que l’on descende encore un peu et on arrive dans les villages, comme c’est le cas au Tibet. Tout reste sec car la pluie est très rare (un peu moins au Zanskar, un peu plus au Ladakh). Mais beaucoup de labeur et un ingénieux système de canaux d’irrigation permettent de cultiver l’orge, de petites pommes de terre (délicieuses) et divers légumes. Les fruits sont en revanche inconnus, sauf à Padum où ils arrivent un peu défraichis en camion. Yaks et vaches fournissent la laine, le lait et la bouse, ce précieux combustible qui est la source d’énergie et de chaleur dominante. Le bois existe cependant : dans les fonds de vallées en dessous de 3 900 m, de petites oasis fournissent un bois dont pas une brindille n’est gaspillée. La corvée de bois peut prendre plusieurs jours à partir des villages qui en sont dépourvus. L’énergie solaire, si abondante, commence à être exploitée : les maisons ont presque toutes de petits panneaux solaires pour l’éclairage les fours solaires sont assez répandus et quelques centrales solaires sont aujourd’hui installées. Elles sont d’autant plus utiles que les barrages cessent de produire l’hiver quand les rivières sont gelées.

Kargyak, Purne.Kargyak, Purne.

Kargyak, Purne.

Qu’il s’agisse d’une vie rude, c’est peu dire. L’été, de mai à octobre, il faut semer, labourer, récolter et amasser le précieux combustible qui permettra de survivre au terrible hiver, quand le Zanskar et le Ladakh sont à peu près coupés du monde. Les autorités soutiennent les populations : riz, farine, sucre et kérosène sont distribués chaque mois, des missions médicales sont envoyées dans les villages, les routes et l’électricité gagnent peu à peu. Mais la vie reste dure et l’éducation des jeunes passe le plus souvent par un exil vers les grandes villes, Delhi, Chandigarh ou Jammu.

La Lamdon Model School de Pipiting, près de Padum

La Lamdon Model School de Pipiting, près de Padum

Etudier au Zanskar.

Plusieurs associations et ONG étrangères soutiennent des projets pour qu’une éducation de qualité soit possible au Zanskar même. Pour n’en citer qu’une : l’association AAZ soutient depuis 1988, à l’initiative d’un Français disparu en 2010,  une école qui compte aujourd’hui 286 élèves à Pipiting, à côté de Padum. C’est une belle réalisation qui mérite d’être soutenue : Association AAZ, BP 44, 92380 Garches, www.aazanskar.fr .

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C’est cette vie que nous avons un peu partagée en logeant dans les familles, en nous serrant le soir autour du petit poêle et en nous lavant … quand nous avons pu. L’anglais permet de parler aux plus instruits. Pour le reste, quelques mots de ladakhi, langue proche du tibétain, en commençant par julley qui signifie bonjour, au revoir et merci.

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Il y a plus défavorisés encore : les cantonniers du Bihar qui ouvrent et entretiennent les routes jusqu’à 5 000 m dans des conditions extrêmes. Ils dorment sous de mauvaises tentes en pleine montagne. Pour avoir campé trois nuits, je peux attester du froid et de l’inconfort de ces campements, surtout  en fin de journée quand le vent se met à souffler en furie. Contrairement aux villageois, ils vont bientôt redescendre car tout travail est impossible l’hiver.

Tous les jours en marchant et les nuits pendant les insomnies causées par l’altitude, j’ai repensé à ce qu’un moine de Spiti m’avait dit en 2006 : « les étrangers aiment nos montagnes parce qu’ils les trouvent belles mais ils ne se rendent pas compte à quel point les conditions de vie y sont difficiles. »

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Le 13 octobre, Clément aurait eu 28 ans. Peut-être aurait-il été du voyage tant il aimait ces montagnes. Au tout petit monastère d’Honupatta (alt. 3 900 m), deux moines ont organisé une petite cérémonie à sa mémoire. J’ai allumé une lampe à huile et ils ont lu des mantra en ponctuant leur scansion avec le tambour et les cymbales. Nous avons parlé de la fragilité de la vie.

La veille, en arrivant au même village, j’avais pris congé de mon dernier muletier, décidé à poursuivre seul, en portant mon trop gros sac, pour les 25 derniers kilomètres (en descente, rassurez-vous).  M. Tagpa n’a pas perdu une heure. Il m’a salué avec l’extrême gentillesse dont il ne s’était jamais départi. Puis, alors que la nuit approchait, il est reparti avec son âne, son ânesse (qui avait porté mon sac) et son petit ânon vers les cols et vers son village.

 Rédigé à Likir, Ladakh, le 17 octobre.

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Voyez aussi :

- le journal quotidien du voyage, de Delhi à Delhi;

- les photos du Zanskar et du Ladakh.

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