Meghalaya et Assam, nos vacances de Pâques

Publié le par Ding Thibaut

Meghalaya et Assam, nos vacances de Pâques

Meghalaya, "Scotland of the East" ?

En cette matinée du dimanche 27 mars, les cloches de Pâques rententissent dans toute la ville. Du balcon, on aperçoit de nombreux clochers parmi les toits des maisons et des immeubles. Dans les rues, des familles marchent à la sortie des églises. Nous traversons de nombreux villages aux petites maisons barriolées, et partout des églises, des cimetières. Nous sortons de la voiture une fois arrivés sur une sorte de haut plateau. Des hautes herbes jaunes et vertes battues par les vents s'étendent jusqu'à se perdre dans la brume. Un grand menhir se dresse vers le ciel, entouré de ce qui  ressemble à des dolmens. Il fait plutôt frais et nous nous habillons plus chaudement avant de pénétrer dans la forêt sacrée. Entre les arbres, le tapis de feuilles brunes oranges et rouges est parsemé d'alignements mégalithiques. Sommes-nous en Ecosse, en Bretagne ?

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Quelques heures plus tard, nous marchons au milieu d'une pinède. Il fait chaud, le soleil brille, on entend les criquets. L'odeur de pin est enivrante ! Notre beau sentier rétrécit et descend abruptement dans une gorge où coule une rivière dont l'eau bleue est presque turquoise. Sommes-nous en Provence ? dans les gorges du Verdon ?

 

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La nuit, un orage éclate: il pleut à verse, le tonnerre gronde et les éclairs illuminent le ciel presque sans répit. Au petit matin il pleut toujours, il fait froid et humide. On allumerait bien un feu dans la cheminée de notre maisonnette faite de pierre et de bois. Dans les champs qui émergent de la brume on peut distinguer des moutons et des vaches qui broutent l'herbe verte, ou jaune selon les endroits. La pluie et le brouillard ne cessent quasiment pas de la journée. Sommes-nous de retour en Ecosse ?

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Pourtant le lendemain, à une vingtaine de kilomètres, là où l'altitude est moins élevée, nous sommes plongés dans la forêt tropicale. Il fait un peu plus de 30°C, le taux d'humidité dans l'air doit avoisiner les 100%. L'odeur ambiante évoque de bons souvenirs. C'est l'odeur de mon enfance à Singapour. C'est celle de la serre tropicale où l'école de Washington nous emmenait pour étudier la "rain forest". La même odeur régnait dans la petite boutique de fleurs et de poissons d'aquarium où je passais beaucoup de temps à Pékin. Le chemin constitué de marches d'escalier en ciment descend dans les profondeurs de la forêt en serpentant au milieu d'immenses arbres. Les troncs sont torsadés de lianes. Parmi la grande variété de fleurs, il y a des hibiscus et des orchidées. Des papillons de toutes les couleurs volent autour de nous. Ils sont de la taille de petits oiseaux ! Le concert des insectes est tel qu'on ne s'étonne pas de trouver des spécimens de taille ou de couleur inhabituelle à nos yeux. On entend beaucoup d'oiseaux aussi, et des perruches s'envolent souvent à notre passage. Pas de doute, nous sommes bien loin de l'Ecosse, de la Bretagne ou de la Provence.

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Tous ces endroits très proches les uns des autres sont bien en Inde, dans la petite province du Meghalaya. On se situe dans le nord-est du pays, entre le Bangladesh et l'Assam, qui nous sépare du Bhoutan. La ville où nous étions le jour de Pâques n'est autre que Shillong, la capitale de la province. La forêt sacrée et les mégalithes sont situés sur le territoire des Khasis, près du village de Mawphlang. Le chemin menant dans les gorges aux allures provençales est une petite portion du "David Scott Trail" qui relie l'Assam au Bangladesh au terme de cinq jours de marche. Notre chalet arrosé par des trombes d'eau se trouve à Cherrapunji. Cette localité est réputée pour enregistrer les record de précipitations de la planète (11m à 12m de pluie par an concentrés sur la saison humide). Les habitants sont à plus de 75% des chrétiens, d'où les nombreuses églises. Cela se voit aussi aux étalages de boucheries dans les villages où l'on voit du porc, du boeuf, des chèvres etc. Les habitants sont réputés pour le système matriarcal qui régit leur société. Ici, la femme la plus jeune de la famille hérite en premier lieu. Les maris prennent le nom et la religion de leur épouse. Les travaux sont dirigés par les femmes (comme par exemple les hôtels dans lesquels nous avons séjourné). Pendant ce temps les hommes s'occupent des enfants. Il n'est pas rare de les voir dehors avec leurs enfants, un bébé porté en écharpe dans le dos.

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Les "ponts vivants de racine"

Ce chemin en escalier dans la forêt tropicale au sud de Cherrapunji conduit vers l'attraction phare du Meghalaya, les "ponts vivants de racine". Depuis des siècles, les Khasis ont élaborés ces ponts en déviant ingénieusement les racines des Ficus Elastica au cours de leur croissance, jusqu'à ce qu'elles se rejoignent au dessus de la rivière. Là où des ponts de corde ou de bois risqueraient de pourrir à cause des pluies exceptionnelles, ces ponts "vivent" comme des arbres et se renforcent naturellement avec l'âge. Toutefois ces ponts semblent aujourd'hui assez marginaux, à moins qu'ils soient plus répandus dans des zones moins accessibles aux touristes comme nous. Sur l'itinéraire constitué d'environ 3000 marches d'escalier sur 3-4 km, il y a deux ponts de racine dont le fameux "double decker" sur deux étages. Pour l'atteindre, on franchit aussi deux ou trois ponts suspendus bien plus modernes puisqu'ils sont fabriqués avec des câbles d'acier... Ce qui ne les empêche pas de se balancer au-dessus du vide lorsqu'on est au milieu ! Si les ponts vivants valent le détour, cette "rain forest" accessible en famille est en elle-même une des meilleures expériences depuis notre installation en Inde. Les enfants se sont amusés dans les rivières et je ne suis pas près d'oublier ma baignade dans l'une des piscines naturelles à l'eau bleue turquoise.

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En Assam, Adrien jette un bâton dans le Brahmapoutre

A l'issue de notre escapade au Meghalaya, nous repartons vers l'Assam, avec une étape à Guwahati où nous avions atterri cinq jours plus tôt, au terme d'un vol remarquable pour ses vues sur les plus hauts sommets du Népal (très certainement l'Everest). De Cherrapunjee c'est un long voyage en voiture que nous coupons par la visite d'une collection entomologique privée à Shillong. Elle vaut le détour même si les cottages et les promenades offrent déjà une belle variété d'insectes ! A Guwahati, j'ai réservé un appart-hôtel au sommet d'une tour avec une vue privilégiée sur le Brahmapoutre. Cela impose de traverser la ville avec tous les désagréments d'une ville indienne : une heure d'embouteillage dans la pollution, les klaxons, les à-coups du faufilement entre les voitures. Arrivés à destination, il faut attendre le lendemain matin pour découvrir le fleuve sacré. La nuit tombe de fait très tôt par rapport à Delhi. Au petit matin, le Brahmapoutre dévoile sa largeur impressionnante. Dans la brume on distingue à peine l'autre rive si bien qu'Adrien pense qu'on est arrivé à la mer. Dire que ce fleuve coule depuis les glaciers de l'Himalaya et qu'il s'étend sur 2900km jusqu'au Bangladesh... Aussitôt le petit déjeuner avalé, nous partons faire une petite promenade sur ses rives. Adrien jette un bâton dans le Brahmapoutre, et vient le moment de remonter en voiture pour 200km de route vers l'est.

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Sur la route des rhinocéros unicornes du Kaziranga

Une fois sortis de Guwahati, nous roulons entre 80 et 100km/h. Ce n'est pas courant en Inde. Mais on a vite fait de perdre tout le temps gagné à l'occasion de la traversée d'un village ou d'un barrage de police. Comme dans le Meghalaya, les routes sont larges et très bien entretenues. Mais contrairement à la veille, il n'y a pas de montagne. La route est droite et plate dans la plaine verte du Brahmapoutre (qu'on ne voit plus de la route). C'est un paysage d'Asie du sud-est avec des maisons surélevées et des rizières. Nous nous dirigeons vers la grande attraction de l'Assam, le parc national de Kaziranga. Il est célèbre pour sa population de 2400 rhinocéros unicornes, ce qui représente les deux tiers de la population mondiale de cette espèce. En longeant la limite sud du parc, nous voyons au loin depuis la route nos premiers rhinocéros sauvages !

Notre cottage est dans un petit resort à 20 km de l'entrée du parc, à l'issue d'un petit chemin carrossable de 7km depuis la route principale. Autant dire qu'on est soulagé de trouver notre resort. Nous ne nous attendions pas à être dans une contrée aussi reculée où le mode de vie ne semble pas avoir beaucoup changé depuis des siècles. En marchant au milieu des rizières, on voit des maisons sur pilotis avec des charpentes en bois couverts de torchis. Les toits sont souvent en chaume, mais la tôle ondulée rivalise. Sous les maisons vivent veaux, vaches, cochons, chèvres... Il est amusant de voir des pirogues et des filets de pêche rangés sous la maison pour servir lorsque les eaux de moussons recouvriront cette vaste plaine. Les habitants nous laissent entrer dans les cours des habitations. A cet égard, la présence de nos enfants aide à établir le contact. Nous passons un petit moment à observer une jeune femme manier un grand métier à tisser en bois. Dans la maison suivante, une autre femme prépare le fil pour elle.

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L'après-midi nous partons en jeep pour notre premier safari dans la réserve de Kaziranga. La piste longe une rivière et la faune est très riche: échassiers de toutes sortes (aigrettes, marabouts, hérons...), aigles de diverses espèces, buffles indiens avec de très longues cornes... et les fameux rhinocéros unicornes ! Nous avons la chance d'en appercevoir un, immergé dans l'eau, ne laissant dépasser que la partie supérieure de sa tête, comme un hippopotame. Nous croisons aussi un éléphant sauvage. Le lendemain matin arrive enfin l'activité qui a fait la réputation de Kaziranga: le rhino-safari à dos d'éléphant. Nous montons tous les quatre sur le dos d'un jeune éléphant (15 ans environ) avec son maître. Ce mode de transport permet de progresser dans des hautes herbes et des marécages où n'irait pas une jeep. Du dos de l'éléphant on n'a plus à craindre la charge d'un rhinocéros ou de le bond d'un tigre qui se serait dissimulé dans les herbes. Enfin, l'éléphant est paradoxalement très discret ce qui permet de s'approcher très près des rhinocéros et des cervidés. Nous avons vu ainsi plusieurs rhinocéros en moins d'une heure, dont l'un n'était qu'à quelques mètres de nous. Le seul fait de "chevaucher" un éléphant (sur une selle améliorée et pas une nacelle) est en soi une expérience marquante quoi qu'inconfortable. On est soulagé lorsque la promenade s'achève !

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Au milieu des plantations de thé de l'Assam

Nous finissons notre séjour en Assam près de Jorhat, à environ 1h30 de voiture de Kaziranga. L'intérêt est de repartir en avion depuis l'est de la province sans parcourir de nouveau les 200 km pour Guwahati. Nous voulions aussi visiter la réserve de gibbons hoolocks de Hoollongapar, mais nous renonçons à ce projet pour épargner aux enfants des kilomètres supplémentaires. L'endroit où nous nous reposons jusqu'au départ est un peu surréaliste. C'est un resort intégré au milieu d'un grand parcours de golf très bien entretenu entouré de plantations de thé. La propriété est protégée par une grande grille sur tout son périmètre. Tout est fait pour lui donner un air de luxe avec un modèle "british en tête" semble-t-il. Le contraste entre les golfeurs d'un côté de la grille et les planteuses de thé de l'autre est saisissant. Le cadre est très agréable et confortable pour se reposer, mais on se sent un peu mal à l'aise lorsqu'on y revient après une promenade dans les plantations de thé. Des centaines de chapeaux de paille s'affairent au milieu des arbustes pour cueillir les feuilles qui seront transformées en granules dans les usines proches. Les contremaîtres veillent au grain pour que la cueillette aille bon train.

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Ainsi s'achèvent un beau voyage et une expérience très différente de l'Inde. Aller au Meghalaya et dans l'Assam au cours d'un même voyage avec de jeunes enfants était ambitieux, mais c'était déjà faire l'impasse sur les montagne de l'Arunachal toutes proches. Sans même parler de tout ce que nous n'avons pas vu dans le Meghalaya. Le safari en éléphant, la visite de villages traditionnels hors d'un cadre touristique, et la vision du Brahamapoutre ont plus que satisfait nos attentes vis à vis de l'Assam. Mais c'est le Meghalaya qui nous a le plus marqués avec ses ambiances écossaises, méditarrannéennes et tropicales si proches les unes des autres.

 

Souvenir aquatique...

Mon plus beau souvenir restera un court instant vécu entre deux eaux dans l'une des piscines naturelles de la forêt tropicale de Cherrapunji. Immergé dans l'eau fraîche à environ 5m en apnée sous la surface, j'étais en flottabilité nulle. N'ayant alors plus à lutter pour me maintenir sous l'eau, sans encore être attiré par le fond, il ne me restait plus qu'à profiter de cet instant d'apesanteur dans un silence à peine altéré par les bruits sourds de la chute d'eau. Je n'avais qu'à me laisser bercer par le léger courant de la rivière. Les yeux grands ouverts tournés vers la surface, j'ai admiré les rayons du soleil couchant pénétrer l'eau bleue azur. Puis en regardant de nouveau vers le fond, mon attention se portait sur des grandes masses claires se distinguant progressivement du grand flou bleu de la rivière pour s'y perdre de nouveau ensuite. En fait porté par le léger courant je survolais des roches ancrées plus profondément dans le lit de la rivière. C'était un état de grâce dont la fin n'avait rien d'amer puisqu'elle coïncidait avec le moment où le plaisir de l'apnée s'efface devant l'envie de de reprendre une grande bouffée d'air. Et de renouer en même temps avec la forêt environnante.

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Publié dans Nouvelles de Delhi

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Marie Cheniti 11/08/2017 13:54

Bonjour, Quel bel article qui me donne envie de voyager! Je souhaiterais partir dans cette région dans quelques mois. 2 semaines suffisent-elles pour visiter ces 2 régions?

Romain 03/05/2016 12:53

Des ponts comme dans Indiana Jones... j'en rêve depuis tout petit!!!

Sinon, désolé mais être sur le dos d'un éléphant ne protège pas de l'attaque d'un tigre: http://newshence.com/exclusive-video-tiger-attacks-elephant-rider.html

Ding 04/05/2016 18:57

La vidéo est impressionnante ! Je n'aurais en effet jamais imaginé une telle attaque. C'est bon de garder ça en tête quand on a l'impression que son guide exagère les risques...