Le port de Sunda Kelapa

Publié le par Ding

Le port de Sunda Kelapa
Le port de Sunda Kelapa
Le port de Sunda Kelapa
Le port de Sunda Kelapa

Abstract : Sunda Kelapa is Jakarta’s old harbour. Although it now handles a very small share of the capital’s seatrade, it remains fully operational. It is a great place to admire the pinisi, the wooden cargo ships built in the Celebes, which continue to ply the Indonesian archipelago.

Quelques heures à Jakarta, au retour des Moluques et de Pantar, ont été l’occasion de retourner sur le port de Sunda Kelapa, déjà visité plusieurs fois auparavant.

Sous des apparences pas toujours avenantes – les camions, les odeurs fortes des canaux – Sunda Kelapa (« les noix de coco du pays Sunda ») est un lieu chargé d’histoire dans une ville où les lieux anciens sont rares.  L’endroit est aussi connu comme Pasar Ikan, le marché aux poissons. A l’embouchure de la rivière Ciliwung aujourd’hui canalisée, il est attesté dès le 13ème siècle comme l’un des ports du royaume sundanais de Pajajaran dont la capitale se trouvait plus au sud, dans l’intérieur des terres. Les Portugais y arrivèrent en 1522 à la recherche d’épices et en obtinrent la gestion. Incorporé à partir de 1527 dans le sultanat de Banten, l’endroit pris le nom de Jayakarta. Il devint le port de Batavia en  1619, lorsque la Compagnie néerlandaise des Indes orientales (VOC) prit par la force le contrôle du port et rasa la petite ville de Jayakarta. Pendant la période coloniale, ce fut un port colonial par excellence (Kasteel Batavia, le château de Batavia), haut lieu du stockage et du commerce des épices, du bois et de toutes les autres denrées coloniales ainsi que des esclaves. Il le resta jusqu’à la construction du port moderne, tout proche, de Tanjung Priok , à la fin du 19ème siècle.

Les anciens entrepôts de l’ouest, aujourd’hui musée maritimeLes anciens entrepôts de l’ouest, aujourd’hui musée maritime

Les anciens entrepôts de l’ouest, aujourd’hui musée maritime

L’ancien chantier naval de la Compagnie des IndesL’ancien chantier naval de la Compagnie des Indes

L’ancien chantier naval de la Compagnie des Indes

Du 17ème siècle datent les entrepôts de l’ouest (Westzijdsche Pakhuizen) construits dans le style batave qui servaient au stockage des denrées et les anciens chantiers navals de la Compagnie des Indes (Gedong Galangan Kapal VOC). Les entrepôts ont été transformés en musée maritime et le chantier naval en café et restaurant, ce sont des havres de calme dans ce quartier portuaire.

Le port de Sunda Kelapa
Le port de Sunda Kelapa

De l’ancien port subsistent aussi un phare qui date de 1839 et une  petite redoute de la VOC qui braque ses canons inutiles sur les entrepôts voisins : la mer arrivait sans doute jusque là à l’époque.

Le port de Sunda Kelapa

Le port proprement dit est situé un peu plus au nord et s’étire tout en longueur. Bien qu’il soit visité par les touristes et ne traite plus que quelques pour cent du trafic maritime de Jakarta, c’est un vrai port en activité où il faut prendre garde au mouvement incessant des camions. Comme le port de Paotere à Makassar, aux Célèbes, il accueille les  pinisi bugis, ces cargos vraquiers très reconnaissables à leur proue très haute qui dérivent des voiliers traditionnels du sud des Célèbes (et auparavant des pinasses hollandaises de la Compagnie des Indes).

Le port de Sunda Kelapa
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Le port de Sunda Kelapa

Cette activité commerciale reste importante. Ces gros bateaux sont encore largement utilisés pour le transport des denrées lourdes à transporter en vrac, tels les grumes, le ciment ou des produits manufacturés.

Certes, les lignes de ces navires se sont alourdies quand ils sont passés de la voile au moteur (ou à la combinaison des deux)  dans les années 1970. Ils n’ont plus l’élégance des schooners d’autrefois avec leurs deux mâts et leurs sept voiles. 

Maquette d’un ancien pinisi à voiles (musée maritime de Jakarta)

Maquette d’un ancien pinisi à voiles (musée maritime de Jakarta)

Sur le port de Paotere à Makassar, janvier 1992 (photos de Michel Borysewicz)
Sur le port de Paotere à Makassar, janvier 1992 (photos de Michel Borysewicz)

Sur le port de Paotere à Makassar, janvier 1992 (photos de Michel Borysewicz)

Les châteaux arrière sont devenus plus massifs, parfois hypertrophiés. Si certains pinisi, repeints à neuf, portent encore beau, beaucoup accusent leur âge car l’entretien de coques en bois dans des mers chaudes demande un travail considérable. Mais ces proues immenses qui dominent le quai de dix ou quinze mètres leur donnent toujours fière allure.  Ce sont elles qui les distinguent le plus clairement des dhows du Golfe persique construits au Kerala (cf. journal de notre visite à Beypore le 5 décembre 2013)  auxquels ils ressemblent par ailleurs depuis qu’ils sont motorisés.

Le port de Sunda KelapaLe port de Sunda Kelapa
Le port de Sunda Kelapa
Le port de Sunda KelapaLe port de Sunda KelapaLe port de Sunda Kelapa

Ici pas de portiques à conteneurs, le chargement se fait à l’aide des petites grues des cargos eux mêmes, auxquels on accède par d’étroites passerelles au dessus du vide. Le fait qu’il s’agisse d’un vrai port en activité et non d’un port-musée contribue évidemment beaucoup au charme de l’endroit.

Le port de Sunda Kelapa

Moins anciens qu’on le croit parfois (leur construction a débuté au 19ème siècle ; selon certaines sources, le premier serait l’œuvre d’un Français de Malaisie), les pinisi des Célèbes n’ont pas un avenir assuré [1]. Outre qu’on peut s’interroger sur l’avenir de ce mode de transport d’une autre époque, la pénurie de bois de qualité menace cette construction traditionnelle : le « bois de fer » ou « bois des dieux »  (kayu besi ou kayu ulin, notamment de l’espèce Eusideroxylon zwageri) utilisé ne se trouve plus aux Célèbes et se fait rare à Bornéo (Kalimantan) où il est considéré comme une espèce menacée.

Les pinisi et leurs ports mythiques de Sunda Kelapa et Paotere sont donc peut-être en sursis. Raison de plus pour les admirer pendant qu’il en est encore temps, à défaut de s’en faire construire un pour sillonner les îles lointaines.

 

[1] : sur l’historique et la construction des pinisi, on se référera à l’article de Michael Kasten http://www.kastenmarine.com/phinisi_history.htm , 2001. L’auteur sait de quoi il parle puisqu’il en construit lui-même. Voir aussi, en français, les pinisi de Tana Beru .

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