A la passe de Khyber

Publié le par Ding

En zone tribale, au nord-ouest de Peshawar (Province frontière du nord-ouest)

En zone tribale, au nord-ouest de Peshawar (Province frontière du nord-ouest)

Peshawar, au nord-ouest du Pakistan, est une ville haute en couleur mais un peu inquiétante. Dans les rues étroites du bazar, une population commerçante s’affaire. Ici, tout est à vendre : des tissus, des épices, des bicyclettes chinoises de contrebande et des armes, du simple pistolet au fusil d’assaut Kalachnikov proposé à 1 800 francs. Je demande timidement à l’armurier si un permis est nécessaire. « Mais bien sûr, je vous l’établis tout de suite », me répond-il avec un grand sourire en proposant une tasse de thé.

Les Pathans à l’air farouche sont les plus nombreux mais on croise aussi des réfugiés afghans. Quelques uns parlent français. Peut-être l’ont-ils appris jadis au lycée français de Kaboul ? On a parfois la surprise de rencontrer des types à la peu claire, au nez droit et aux cheveux châtains. Peut-être des métis d’Anglais, peut-être des descendants de ces Grecs de Bactriane venus il y a 2 000 ans sur les traces d’Alexandre.

Un bouddha du Gandara venu de Peshawar (musée de Jaipur)

Un bouddha du Gandara venu de Peshawar (musée de Jaipur)

Au musée de la ville, le visiteur découvre sur plus d’un bas-relief des pilastres indo-corinthiens. Les bouddhas sont étonnants avec leurs traits européens si fins et un détail des muscles qui évoque la statuaire grecque, si différents de ces silhouettes épurées et sans expression auxquelles nous a habitué l’art bouddhique d’Asie orientale. C’est l’art du Gandara, témoignage pré-islamique d’une rencontre culturelle unique entre l’Europe et l’Asie.

Dès que l’on quitte Peshawar vers l’ouest, muni d’un permis et escorté d’un garde armé, le paysage change. Finies la plaine de l’Indus et la moiteur de la mousson. Ici commencent les contreforts arides des montagnes d’Asie centrale. Leur hauteur est médiocre comparée aux hauteurs du Khunjerab (4 700 m) par lequel nous sommes venus de Chine et aux pics de 7 et 8000 m qui nous dominaient sur la route du Karakorum. Ce début d’altitude n’apporte pas moins une fraîcheur bienvenue. L’Afghanistan est proche.

A la passe de Khyber

Dans les zones tribales, la loi des plaines n’est plus. Nous sommes chez les Pathans, ces guerriers pachtounes que les Anglais finirent par laisser tranquilles après trois guerres infructueuses. Ici, chaque homme ou presque porte un fusil d’assaut. Les femmes sont invisibles, recluses dans des maisons qui sont autant de fortins avec leurs murailles de pisé, leurs tourelles et leurs meurtrières. C’est le domaine du Pachtounwali, ce code d’honneur qui veut que l’offense la plus légère soit payée au prix du sang.

A la passe de Khyber

La passe de Khyber, défilé rocheux propice à toutes les embuscades, est la porte des Indes et fut le couloir de toutes les invasions, des généraux d’Alexandre à Gengis Khan et Tamerlan. Hérissée de forts et de défenses, tenue par les prestigieux Khyber Rifles formés à l’anglaise, elle demeure la porte de l’Afghanistan et de l’Asie centrale.

La frontière afghane

La frontière afghane

Passé le bazar de Landi Kotal, on découvre d’une hauteur le village-frontière de Torkham. Au-delà, les montagnes grises d’un Afghanistan en guerre. Des gamins cèdent pour cinq roupies pakistanaises des billets de mille afghani, décote symbolique de l’écroulement du pays voisin. Les Anglais sont partis mais les Pakistanais, les Russes, les Iraniens, les Ouzbek et les Saoudiens s’affairent autour d’un Afghanistan déchiré. Le grand jeu du siècle dernier pour la maîtrise de l’Asie centrale se poursuit, plus violent que jamais.

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